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Say, Jean Baptiste, 1767-1832. ' '

Cours complet d'économie politique pratique i ^ ouyrap destiné à mettre sous les yeux des homme d état, des proprietaires fonciers et des capi- talistes, des savants, des agriculteurs, des manufacturiers, des négociants, et en général de tous les citoyens, l'économie des sociétés; par ean-Daptiste Say. 3. éd., augmentée de notes par Horace Say, aon fils ... Paris, Cuillausdn

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COURS COMPLET

D’ÉCONOMIE POLITIOCE

PRATIQUE.

AUTRES OUVRAGES DU MEME AUTEUR. Ooi se trouvent à la irêine Liirairie.

TRAITÉ d’écoromir POLITIQUE, OU Simple Exposition de la manière dont se Tor* ment, se distribuent et se consomment les richesses; 6* édition, i volume grand in-8°; prix, lO fr.

OEUVRES DIVERSES, Contenant : Catéchisme d’Èconomie politique ; Fragments et Opuscules inédits; Correspondance générale ; Olbie; Petit Volume; Mélanges de morale et de littérature^ précédées d’une Notice sur la vie et les travaux de l’ameor, avec des notes par CK. Comte, Bug. Dairè et Horace Say. i volsme grand in-s**, orné du portrait de l’auteur, gravé sur acier ; prix, lO fr.

CATÊGiiisuE D’ÉCONOMIE POLITIQUE , édition, publiée par Charles Comte, son gendre; i vol. in-i2 ; prix, 2 fr.

PETIT VOLUME» CORTERART QUELQUES APERÇUS DES HOMMES ET DE LA SOCIÉTÉ , édition entièrement refondue par l’auteur, et publiée sur les manuscrits qu’il a laissés, par Horace Say, son fils ; i volume grand in* 32; prix, 2 fr..

On trouve également chez les mêmes Libraires :

HISTOIRE DES RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LA FRANCE ET LE BRÉSIL, et Considérations générales sur les mounaif.<, les changest les banques et le com- merce extérieur^ par Horace Say, membre de la Chambre de commerce de Paris et du Conseil général du département delà Seine; i beau volume in-s*’, avec plans, cartes et tableaux ; prix, 7 fr. 50 c.

Typographie UERNUYER, rue Lemercier, 24. Balignolles.

PRATIQUE

OUVRAGE OKSTINÉ A RETTRE SOUS LES VEUX BES BOHES D’ÉTAT, DES PROPRIETAIRES FOSCIERS

ET DES CAPITALISTES ,

DES SAVANTS, DES AGRICULTEURS, DES MANUFACTURIERS, DES NÉGOCIANTS,

, el*er géhér^l'de* tous les ‘ci:oyens,

VÊCONOMIE DES SOCIÉTÉS;

PAR

JEAN-SAPTISTE SAY.

Troisième édition

auptotee de Dûtes

PAR HORACE SAY, SON FILS.

Après tout, ta soUdilè de Tespril consiste à vouloir s’insiruire exactement de ta manière dont se font les ebosM qui sont le fondement de la vie bumaioe. Toutes les plus grandes affaires roulent la-dessus.

FÉNELON.

TOME I.

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PARIS.

GUILLAUMIN ET C®, LIBRAIRES,

Éditeurs du Oic/iaHnaire de r Économie politique, du Journal des economi-Ues, et de la Collection des principaux Économistes,

Rue Richelieu, 14.

AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEIR

POi’R la seconde: édition ' .

L’auteur, en publiant un Cours complet d’ économie politi- que , ne s’était pas borné à donner une simple reproduction des leçons prononcées par lui pendant sa longue carrière de professeur ; il livrait, au contraire, au public un ouvrage pré- paré avec soin pour l’impression. Il avait pensé toutefois que les formes de style que comportent des leçons destinées à un enseignement oral permettraient de rendre plus nettes des explications qui, sans cela, auraient pu paraître ou trop ab- straites ou trop arides.

Conduisant à la fois divers travaux qui se prêtaient de mu- tuels secours, il puisait dans le Cours écrit les sujets, auxquels il donnait les développements qui convenaient à l’auditoire devant lequel il avait à parler. Pour les leçons au Conserva- toire des arts et métiers , il recherchait les applications qui convenaient plus spécialement aux diverses branches de l’in- dustrie, et justifiait ainsi le titre d’économie industrielle donné à la science pour lacpielle une chaire avait été élevée dans cet établissement. Au Collège de France, au contraire, l’ensei- gnement prenait une portée philosophique plus élevée et plus générale. L’effet que produisaient ces divers enseignements devenait ensuite chez le professeur l’occasion de nouvelles

* La troisième édition devait fort peu différer de la précédente; cei>endaiu quel- ques noies ont été ajoutées pour rattacher te texte aux faits nouveaux qui se sont produits.

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Vj AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR.

réllexions qui le portaient à perfectionner encore le Cours complet d'économie politique pratique; et cette œuvre enfin, la dernière que l’auteur dût donner au public, était aussi celle ses idées sur l’ensemble des sciences sociales et économi- ques devaient être le plus complètement développées.

La première édition de cet ouvrage a paru en six volumes, qui ont été publiés à des intervalles assez longs ; mais après chaque publication, l’auteur n’en continuait pas moins ses travaux ; son zèle pour la vérité et pour une science à laquelle il avait voué sa vie , le portait à perfectionner sans cesse son ouvrage. A peine un nouveau volume avait-il paru, que déjà des corrections et des additions étaient indiquées pour la réim- pression future du volume précédent, et c’est ainsi qu’une nouvelle édition se trouvait préparée à l’avance. Le travail de l’éditeur a été par suite rendu simple et facile ; cependant, quelques notes ont paru nécessaires jtour compléter particu- lièrement l’exposé des faits, et pour rattacher par l’ouvrage à 1 époque même il allait recevoir une nouvelle publicité.

Les principes de la science ne changent point d’année en année ; s ils sont une fois bien exposés, l’expérience des temps ne peut que démontrer sans cesse leur justesse. Ainsi, et pen- dant l’intervalle qui aura séparé la publication des deux édi- tions , de nombreuses révolutions politiques , industrielles et commerciales ont offert l’occasion de nouvelles études et ont fourni des preuves plus décisives encore pour des vérités déjà déduites ; mais on peut dire en même temps qu’aucun progrès lemarquable n a été signalé dans la science elle-même. Ce qui 1 end ce Cours propre à tous les temps et à tous les lieux, c’est qu il n est ni un ouvrage de statistique, ni un ouvrage de tech- nologie ; les procédés des arts, les données fournies par la sta- tistique ne sont invoqués que comme exemples, et viennent seulement fournir des preuves à l’appui des démonstrations. Cependant il ne saurait être indifféreni pour le lecteur de trou-

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AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR.

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ver dans une nouvelle édition la suite, les corollaires des don- nées recueillies et présentées par l’auteur ; c’est cette tâche que l’on a s’efforcer de remplir. Il n’est pas, en effet, sans utilité et sans intérêt de voir comment les événements ont pu venir confirmer ses prévisions , et donner ainsi une sanction plus forte aux principes qu’il avait su développer. Il en est des sciences économiques et sociales comme de l’histoire ; basées sur l’observation et l’étude du passé, elles peuvent faire en- trevoir l’avenir.

Cette nouvelle édition sera donc plus complète que celle qui l’a précédée; ce qui la distinguera en outre particulièrement, c’est qu’une table analytique très-détaillée se trouve placée à la fin de chaque volume, et qu’une table alphabétique géné- rale termine l’ouvrage.

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i:0?sSiDEHAïI0NS GÉNÉRALES.

L’économie politique n’est pas autre chose que l’économie de la société Les sociétés politiques, que nous nommons des nations, sont des corps vi- vants, de meme que le corps humain. Elles ne subsistent, elles ne vivent que par le jeu des parties dont elles se composent, comme le corps de Fin - dividu ne subsiste que par Faction de ses organes. L’étude que Fon a faite de la nature et des fonctions du corps humain, a créé un ensemble de notions, une science à laquelle on a donné le nom physiologie^. L’étude que Fon a faite de la nature et des fonctions des différentes parties ducoi ps social, a créé de même un ensemble de notions, une science à laquelle on a donné le nom ^Économie politique, et qu’on aurait peut-être mieux fait de nommer Économie sociale^.

* lîoxtç, civUas, la cité., la société, sont des synonymes*.

<c La physiologie de l’homme est l’exposition du jeu de nos organes, et con- te séqueniment du mécanisme de notre vie. 11 importe à tout être qui pense, de « savoir par quel artifice il vil et marche du berceau à la mort, et comment s’ac- « complissent ses actions. » (âdelon, Physiologie de T Homme,)

* Ici comme dans beaucoup d’autres cas, le nom a été donné avant que la chose fût bien connue ; mais je n’ai pas cru devoir changer légèrement une dé-

Toiites l('s nott*s qnt ne fvortpnl point d'indication contraire sont de l'auteur.

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CONSIDÉRATIONS C.ÉNÉRAI-ES.

Diigald Stewanl a fort bien remarqué, dans ses Éléments de la plnloso- phie de l’esprit humain, que l’on s’est imaginé beaucoup trop longtemps (jue l’ordre social est tout entier l’elTet de l’art; et que partout cet ordre laisse apercevoir des imperfections, c’est par un défaut de prévoyance do la part du législateur, ou par quelque négligence de la part du magistral chargé de surveiller cette machine compliquée. De sont nés ces plans de sociétés imaginaires comme \ix République de Platon, WtopieAe Morus, YOcéana d’Harrington, etc. Chacun a cru pouvoir remplacer une organi- sation défectueuse par une meilleure, sans faire ailention qu’il y a dans les sociétés une nature des choses qui ne dépend en rien de la volonté de l’homme, et que nous ne saurions régler arbitrairement.

Ce n’est point à dire que la volonté de l’homme n’influe en rien sur l’ar- rangement de la société ; mais seulement que les parties dont elle se com- pose, l’action qui la perpétue, ne sont point un effet de son organisation artificielle, mais de sa structure naturelle. L’art du cultivateur peut tailler un arbre, le disposer en espalier; mais l’arbre vit et produit en vertu des lois de la physique végétale, qui sont supérieures à l’art et au pouvoir de quelque jardinier que ce soit. De même les sociétés sont des corps vivants, pourvus d’organes qui les font exister; l’action arbitraire des législateurs, des administrateurs, des militaires, d’un conquérant, ou même l’effet de circonstances fortuites, peuvent influer sur leur manière d’exister, les rendre souffrantes, ou les guérir; mais non les faire vivre. C’est si peu l’organisation artificielle qui produit cet effet , que c’est dans les lieux elle se fait le moins sentir, elle se borne à préserver le corps social des atteintes qui nuisent à son action propre et à son développement, que les sociétés croissent le plus rapidement en nombre et en prospérité.

L’organisation artificielle des nations change avec les temps et avec les lieux. Les lois naturelles qui président à leur entretien dopèrent leur con- servation, sont les mêmes dans tous les j»ays et à toutes les époques. Elles étaient chez les anciens, ce qu’elles sont de nos jours; seulement elles sont mieux connues maintenant. Le sang qui circule dans les veines d’un Turc obéit aux mêmes lois que celui qui circule dans les veines d’un Canadien ; il circulait dans celles des Babyloniens comme dans les nôtres; mais ce

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nomination adoptée par les écrivains italiens, par les économistes français du dii-huitième siècle, par J. Sleuarl, par Adam Smith , et par la plupart des écri- vains plus modernes, qui ont répandu du nouvelles lumières sur telle science.

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES.

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n’est que depuis Harvey que l’on sait que le sang circule et que l’on con- naît l’action du cœur. Les capitaux alimentaient l’industrie des Phéniciens delà même manière qu’ils alimentent celle des Anglais; mais ce n’est que depuis quelques années que l’on connaît la nature des capitaux, et que l’on sait de quelle manière ils agissent et produisent les effets que nous obseï*- vons; effets que les anciens voyaient comme nous, mais qu’ils ne pou- vaient expliquer. La nature est ancienne, la science est nouvelle.

Or, c’est la connaissance de ces lois naturelles et constantes sans les- quelles les sociétés humaines ne sauraient subsister, qui constitue cette nouvelle science que l’on a désignée sous le nom ù' Économie politique. C’est une science parce qu’elle ne se compose pas de systèmes inventés, de plans d’organisation arbitrairement conçus, d’hypothèses dénuées de preuves ; mais de la connaissance de ce qui esty de la connaissance de faits dont la réalité peut être établie,

Dugald Stewart ne lire pas, ce me semble, d’une observation très exacte, la conséquence qui en découle naturellement. On n’accueille plus, dit-il , les projets de réforme, parce qu’ils décèlent dans leurs auteurs la préten- tion d’élever leur sagesse au-dessus de la sagesse des siècles. N’esi-ce pas bien plutôt parce qu’ils ont mis des plans de leur création à la place des découvertes qu’il s’agissait de faire, à la place des descriptions qu’il fal- lait donner? La sagesse des siècles n’est guère que l’ignorance des siècles, f^’expérience de nos prédécesseurs est mêlée de beaucoup d’observations incomplètes, mal faites, de routines, c’est-à-dire de méthodes adoptées avant qu’on ail pu rattacher les effets à leurs véritables causes. Leurs ins- titutions sont trop souvent gâtées par des préjugés absurdes. Si l’on dis- tingue quelques-unes de ces institutions que la raison peut approuver, il ne faut pas en faire honneur à la sagesse que je ne saurais séparer de l’instruction ; mais à quelques intérêts influents qui disposaient des forces matérielles de la société et qui, accidentellement, ne se trouvaient pas en opposition avec les intérêts du grand nombre. Telles étaient par exemple les institutions propres à maintenir la paix et les propriétés, et qui se trouvaient favorables à la fois aux gens en pouvoir et au public.

On doit convenir aussi que, même à des époques d’ignorance, quelques bonnes mesures ont pu être dictées par un certain bon sens qui, dans un petit nombre de cas, suffit pour faire apercevoir vaguement des inconvé- nients à craindre ou des avantages à espérer pour la sôciété. Mais il n’en est pas moins incontestable que les hommes du temps présent ont autant de bon sens nalurcl que ceux qui les ont préi'édés, et ils ont de plus une

4 CONSIDÉRATIONS CÉNÉRALES.

expérience que les premiers n’avaienl pas, eluii trésor de connaissances positives qui s’accoît journellement.

L’objet de l’économie politique semble avoir été restreint jusqu’ici à la connaissance des lois qui président à la formation, à la distribution et à la eonsommalion des richesses. C’est ainsi (pie moi-même je l’ai considérée dans mon. Traité d' Économie politique, publié pour la première fois eu 1803. Cependant on put voir, dans cet ouvrage même, que cette science tient à tout dans la société. Depuis qu’il a été prouvé que les propriétés immatérielles, telles que les talents et les facultés personnelles acquises, forment une partie intégrante des richesses sociales, et que les services rendus dans les plus hautes fonctions ont leur analogie avec les travaux les plus humbles ' ; depuis que les rapports de l’individu avec le corps so- cial et du corps social avec les individus , et leurs intérêts réciproques, ont été clairement établis, l’économie politique, qui sembait n’avoir pour objets que les biens matériels, s’est trouvée embrasser le système social tout entier.

En elfet, si nous mettons de côté les rapports intérieurs qu’ont entre eux les membres d’une même famille que Ton peut considérer comme formant un seul individu, parce que leurs intérêts sont communs, et les rapports purement personnels de l’homme avec son créateur que Ton ne saurait considérer comme faisant partie du coiqis social, toutes les questions so- ciales se rattachent à des intérêts réciproques susceptibles d’appréciation. 11 n’en faut pas davantage pour justifier la haute importance qu’on attri- bue chaque jour davantage à l’étude de cette science.

Cependant si nous ne voulons pas nous lancer dans une carrière infinie, il nous convient de circonscrire l’objet de nos recherches. Nous voulons connaître le corps social vivant, nous voulons savoir quelles sont la nature et les fonctions des différents organes dont il se compose; mais ce serait un travail immense que d’étudier la structure intime de chacun d’eux. Il ii’en est aucun qui ne puisse devenir l’objet d’une très longue étude. Ainsi, par exemple, la société doit à l’industrie de ses membres une portion con- sidérable des objets au moyen desquels elle pourvoit à ses besoins ; mais cette industrie se compose d’une foule d’arts dont chacun a des procédés particuliers, très compliqués, et qui ne peuvent être complètement connus que des personnes qui veulent en faire une étude spéciale et l’objet de

* Vovez le Triitê d'économie po’ilique. 11, chap. 13.

CONSI DKRATIO.NS CÉNÊRAKCS. S

lour profession. Ainsi pour savoir les ressources que la sociéié irouvc dans le commerce exiérieur, nous pouvons bien éludier lobjel qu’il se propose, ses procédés généraux et les effets qui en résultent j mais nous devons laisser aux personnes qui fout leur étal de ce commerce, l’élude des diffé- rentes marchandises qui sont l’objet de ses spéculations, et des moyetis qu’on peut employer pour les acheter, les transporter cl les vendre. Pour savoir respèce de secours que la société trouve dans les arts industriels, nous n’avons pas besoin deltidier l’art de fabriquer le fer, ni les étoffes. C’est la technologie qui doit entrer dans ces détails.

L’économie politique, en satlachanl à faire connaître la nature de chactm des organes du corps social, nous apprend à remonter des effets aux causes, ou à descendre des causes aux effets ; mais elle laisse à l’his' toire et à la statistique le soin de consigner dans leurs annales, des résul- tats dont elles sont trop souvent incapables de montrer la liaison, quoi- qu’ils s’expliquent aisément lorsqu’on s’est rendu familière réconomie des nalionîi.

La politique spéculative nous montre renchaînemcnl des faits politiques et rintluence qu’ils exercent les uns sur les autres. Elle repose sur des fondements beaucoup moins solides que l’économie politique, parce qu’ici les événements dépendent beaucoup moins de la force des choses, et beaucoup plus de circonstances fortuites et de l’arbitraire des volontés humaines qui tiennent à leur tour à des données fugitives; cependant les phénomènes de la politique cux-nièmes n’arrivent point sans causes, et dans ce vaste champ d’observations , un concours de circonstances pa- i‘cilles amène aussi des résultats analogues. L’économie politique montre rinlluence de plusieurs de ces causes; mais comme il en existe beaucoup d’autres qui sortent de la sphère de ses attributions, elle ïie considère en général les circonstances politiques d’un pays ou d’une époque que comme des données dont les conséquences ne lui échappent pas, mais qui, sem- blables au climat et au sol, échappent à l’action des causes qui sont l'objet de son élude. C’est ainsi, par exemple, qu’elle considéré la constitution politique d’un état comme un accident qui influe soit en bien, soit en mal, sur l’existence et le bien-être du corps social ; mais qui elle-même est le résultat d’un événement ou d’un préjugé national étranger à l’objet de ses recherches. Elle démontre que nulle grande société ne peut faire de progrès sans propriétés exclusives; mais elle laisse au législateur le soin de découvrir les moyens de garantir les propriétés en imposant aux ci- toyens, pour acquérir cet avantage, le moins de sacrilices qui! est possible

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CONSlDtRATIO.NS GÉNÉRALES.

Tels sont les points de vue divers sous lesquels Téconomie politique et la politique spéculative envisagent le corps social. Le meme objet peut devenir le sujet d’études différentes. L’homme lui-même, ce premier élé- ment des sociétés, iTest-il pas différemment observé par le physiologiste et par l’économiste politique? De même il doit être permis à ce dernier de n’étudier les phénomènes que sous le point de vue qui peut jeter du jour sur sa science. Dans un gain frauduleux, il verra un déplacement de richesse, lorsque le moraliste y condamnera une injustice. L’un et l’autre regarderont une spoliation comme funeste ; l’économiste parce qu’un tel déplacement est nuisible à la production véritable; le moraliste parce qu’il porte une dangereuse atteinte aux vertus sans lesquelles il n’est point de solide bonheur, ni même de société. L’élude de l’économie poli- tique et celle de la morale se prêtent, comme on voit, sans se confondre, un appui mutuel. La suite de ce cours en offrira bien d’autres exemples. Toutes les sciences n’en feraient qu’une, si l’on ne pouvait cultiver une branche de nos connaissances sans cultiver toutes celles qui s’y rattacheut ; mais alors quel esprit pourrait embrasser une telle immensité!

On doit donc, je crois, circonscrire les connaissances qui sont en par- ticulier le domaine de l’économie politique.

Ses rapports avec l’économie privée sont quelquefois si intimes, qu’on a souvent confondu l’une avec l’autre, et qu’on n’a attribué de l importance à l’éeonomie politique qu’en raison des services qu’elle pouvait rendre aux intérêts privés. Il importe de les distinguer.

L’économie politique, en nous faisant connaître par quels moyens sont produits les biens au moyen desquels subsiste la société tout entière, in- dique à chaque individu, à chaque famille, comment ils peuvent multiplier les biens qui serviront à leur propre existence ; eu montrant suivant quelles proportions ces richesses créées dans la société et par ses travaux, se dis- tribuent parmi les membres dont elle se compose, elle les éclaire sur le genre de travaux auxquels il leur convient de s’adonner, suivant l’éduca- tion qu’ils ont reçue, le pays qu’ils habitent, les moyens dont ils disposent ; en développant l’effet des consommations, elle rend les individus capables de faire le meilleur usage de leurs biens acquis : mais elle n’entre pas au- trement dans les intérêts particuliers, car les richesses particulières ne se gouvernent pas suivant des lois générales. Un vol, une perte au jeu et d’autres accidents, font passer une portion de richesse d’une main dans une autre, sans qu’au total la société soit devenue plus pauvre ou plus riche. Un accaparement, un monopole enrichit une classe de citoyens aux

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES. 7

ilepeiis d’une ou de plusieurs autres classes; les fortunes particulières eu sont vivement affectées; les uns sont ruinés, les autres s’enrichissent : les héritages, les dispositions testamentaires, les dons entre-vifs, amènent de très grandes vicissitudes dans l’existence d’un certain nombre de par- ticuliers; mais ce n’est point en vertu d’une loi générale dont on puisse assigner la cause nécessaire.

Il y a même des cas les intérêts privés sont directement opposés à l’intérêt de la société. L’homme qui a découvert un procédé expéditif dans les arts, est intéressé à le tenir caché pour jouir seul des profits qui eu résultent; la société, au contraire, est intéressée à ce qu’il soit connu, pour que la concurrence fasse huisserie prix du produit qui en est le ré- sultat. On en peut dire autant de tous les gains beaucoup moins justi- fiables, qui sont acquis aux dépens du public. Ces événements ont des causes sans doute ; mais ces causes sont du ressort de la morale, de la lé- gislation , peut-être de la politique spéculative , aussi bien que du ressort de 1 économie politique. Ce qui blesse ou favorise un membre du corps social ne saurait être indifférent à la société ; mais c’est par des considé- rations compliquées avec celles qui sortent de notre sujet.

Si l’on demande pourquoi ces connaissances n’ont pas été acquises plus tôt, je répondraique c’est parceque l’arf d’o6*errer, comme tous les autres arts, se perfectionne à mesure que le monde vieillit. Être instruit, c’est connaître la vérité, relaliveineut aux choses dont on veut s’instruire ; c’est se loriner des choses une idée conforme à la réalité. Le fondement de toute vérité est donc la réalité des choses, et le commencement de toute instruc- tion est de s’assurer de celle réalité par tous les moyens que la nature nous a donnés. Autrefois on regardait ce qu’avait dit Aristote comme beaucoup plus incontestable que ce qu’on voyait de ses yeux , ce qu’on touchait de ses mains, ce qu’on jugeait être réel eu consultant le simple bon sens'. 11

Les aueieus, c'esl-à-dirc les jeunes de la civilisation , u ont quelque supé- riorité sur les modernes que dans les beaux-arts, le goût et une observa- tion superficielle sutïisent pour atteindre à la perfection. Ils ne sont d’aucune autorité dans les sciences qui exigent des expériences rigoureuses et des analyses complètes. La science semblait être pour eux , non la connaissance de ce qui esi , mais la connaissance de ce qui était cru ou supposé. Pline dit : On rapporte, et jamais, J'ai vérifié. Il fait gravement la description d’un poisson qui s’élève dans la mer eu forme d arbre dont les branches sont tellement étendues, qu’il n'a

CONSlDÊRATiOiNS GÊNÉRAUiS.

fallut le génie de Bacon pour avertir les hommes des moyens qu’ils avaient de s’assurer de la vérité ; ces moyens sont les expériences^ lorsqu’on peut répéter à son gré les faits qu’on étudie, et Yobservationy lorsqu’on ne peut les étudier qu’à mesure qu’ils nous sont présentés par la marche naturelle des événements. C’est ainsi que des expériences chimiques nous ap- prennent ce qui résulte du mélange de deux substances, et que des obser- vations astronomiques nous instruisent de la marche des corps célestes.

On resta près d’un siècle avant de convenir que Bacon avait donné un conseil judicieux, tant il faut que les hommes disputent longtemps contre la raison avant de s’y soumettre! Mais enfin le génie de Bacon, que celui de Galilée, de Descartes, de Newton et de plusieurs autres sut apprécier, l’emporta sur les doctrines de l’école et sur les systèmes arbitraires qui avaient régné jusqu’à eux. Les sciences lui durent d’éclatanls progrès ; car la méthode expérimentale a cela de bon qu’elle corrige elle-même les erreurs elle a pu conduire : une expérience faite avec plus de soin , répétée en différents temps , par des hommes de différents pays , corrige une expérience imparfaite, à plus forte raison elle ruine une hypothèse qui ne peut se concilier avec un fait positif. La science n’est plus dès lors la connaissance de ce que tels ou tels ont imaginé : le maître obtient nos respects quand il nous aide dans la recherche de la vérité ; mais il n’a de m'érite que celui qu’il lire de la vérité même ; son assertion ne sufïil plus ; il est tenu de fournir des preuves, et toutes ses preuves doivent être fon- dées sur rexpérience ou l’observation , c’est-à-dire sur la réalité.

Les sciences naturelles, physiques et mathématiques on les pre- mières participer aux progrès que proinettait celte méthode : les faits sur lesquels elles reposent frappent plus immédiatement les sens* ; ils sont plus difficilement contestés; leur investigation ne blesse aucun intérêt; on peut étudier la physique dans les états autrichiens sans alarmer le prince, les grands, ni le clergé. Il n’en est pas de même des sciences mo- rales et politiques. Leur étude est proscrite dans tous les pays gouvernés

jamais pu passer le détroit de Gibraltar. 11 croit que les néréides existent, de meme que les tritons (Pline , liv. I\ , chap. A et 5).

* Les mathématiques même ne sont une science abstraite que lorsqu’on rai- sonne sur les formes et les grandeurs des corps en faisant abstraction des corps ; mais les formes et les grandeurs des corps se manifestent aux sens. Le calcul des forces non tangibles, elles-mêmes, raisonne sur des actions qui se manifestent aux sens par leurs effets sur les corps.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

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dans l’intérêt du petit nombre, et Napoléon, aussitôt qu’il fut tout-puissant, la fit disparaître de toutes les institutions de la France*.

Vains efforts. Si les sciences morales et politiques sont, aussi bien que les autres, fondées sur des réalités, elles participent aux progrès que l’es- prit humain devra aux méthodes expérimentales; mais sont-elles fondées sur des réalités ?

Si l’on consulte l’expérience et des observations l'épélées, beaucoup de faits moraux peuvent acquérir une certitude égale à celle de beaucoup de faits physiques. On les voit; ils se renouvellent mille fois ; on les soumet à l’analyse; on connaît leur nature, leur formation, leurs résultats; il n’est pas permis de mettre en doute leur réalité. Après avoir bien des fois pesé comparativement l’or et le fer, on s’est convaincu que l’or est plus pesant que le fer ; c’est un fait constant ; mais un fait non moins réel, c’est que le fer à moins de valeur que l’or. Cependant la valeur est une qualité pure- ment morale et qui paraît dépendre de la volonté fugitive et changeante des hommes.

Ce n’est pas tout : le spectacle du monde physique nous présente une suite de phénomènes enchaînés les uns aux autres ; il n’est aucun fait qui n’ait une ou plusieurs causes. Toutes (choses d’ailleurs égales, la même cause ne produit pas deux effets différents; un grain de blé que je mets en terre, ne produit pas tantôt un épi, tantôt un chardon ; il produit tou- jours du blé. Quand la terre est ameublie par la culture, quand elle est fertilisée par des engrais, dans une saison également favorable, le même champ produit plus que si le terrain n’avait pas reçu ces diverses façons. Voilà des causes toujours suivies des mêmes effets. Or, on ne tarde pas à s’apercevoir qu’il en est de même dans l’économie politique. Un fait est toujours le résultat d’un ou de plusieurs faits antérieurs qui en sont la cause. Les événements d’aujourd’hui ont été amenés par ceux d’hier, et influeront sur ceux de demain ; tous ont été des effets et deviendront des causes ; de même que le grain de blé qui étant un produit de l’année der- nière, enfantera l’épi de l’année présente. Prétendre qu’un événement quel qu’il soit, dans le monde moral comme dans le monde physique, arrive sans cause, c’est prétendre qu’une lige pousse sans avoir eu de semence ; c’est supposer un miracle. De celle expression commune : la chaîne

* La classe des sciences morales et politiques fut supprimée dans ITnsiitut de France, et renseignement de ces sciences, même celui de Tbisloire moderne, fut supprimé dans toutes les écoles.

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CONSIDERATIOiNS CÉNÊRAI.ES.

des événements , qui nous montre que nous considérons les événemenls comme des chaînons qui se rattachent les uns aux autres.

Mais quelle certitude avons-nous qu’un fait précédent soit la cause d’un fait subséquent, et qu’une suite de chaînons bien liés rattachent entre eux ces deux anneaux ? Nous attribuons un événement dont nous sommes té- moins à telle circonstance qui a eu lieu précédemment; mais nous nous trompons peut-être; la circonstance qui a précédé l’événement n’en était peut-être pas la cause. C’est faute de connaître les véritables causes des é\énements, que 1 esprit inquiet de l’homme en cherche de surnaturelles, et qu il a recours à ces pratiques superstitieuses, à ces amulettes dont J usage est si fréquent dans les temps d’ignorance ; pratiques inutiles, nui- sibles quelquefois, et qui ont toujours ce fâcheux effet de détourner les hommes des seules voies par lesquelles on puisse parvenir à ses fins Une science est d autant plus complète relativement à un certain ordre de faits, que nous réussissons mieux à constater le lien qui les unit, à rattacher les effets à leurs véritables causes.

On y parvient en étudiant avec scrupule la nature de chacune des choses qui jouent un rôle quelconque dans le phénomène qu’il s’agit d’expliquer; la nature des choses nous dévoile la manière dont les choses agissent, et la manière dont elles supportent les actions dont elles sont l’objet; elle nous montre les rapports, la liaison des faits entre eux. Or la meilleure manière de connaître la nature de chaque chose consiste à en faire l’ana- lyse, à voir tout ce qui se trouve en elle et rien que ce qui s’y trouve.

Longtemps on a vu le lïux et le reflux d(!S eaux de la mer, sans pouvoir l expliquer, ou sans pouvoir en donner des explications satisfaisantes. Pour être en état d’assigner la véritable cause de ce phénomène , il a fallu que la forme sphérique de la terre et la communication établie entre les grandes masses d’eau fussent des faits constatés; il a fallu que la gravita- tion universelle devînt une vérité prouvée; dès lors l’action de la lune et du soleil sur la mer a été connue, et l’on a pu assigner avec certitude la cause de son mouvement journalier.

De même , en continuant une comparaison dont je me suis servi tout à I heure, quand l’analyse a dévoilé la nature de cette qualité qui réside

* I n bon musulman dit « Pourquoi prendrais-je celte précaution ? Si Dieu veut que la chose arrive, la chose arrivera ; s’il ne le veut pas, pouiquoi me con- sumerais-je en vains efforts? » Il ignore cette autre maxime qui vaut toutes celles de l’Alroian : « Aide-toi, le ciel faidora.

CONSIDERATIONS GENERALES ii

dans certaines choses et que nous avons nommée leur valeur, quand le même procédé nous a fait connaître de quoi se composent les frais de production et leur influence sur la valeur des choses, on a su positivemeni pourquoi l’or était plus précieux que le fer. La liaison entre ce phénomène et ses causes est devenue aussi certaine que le phénomène est constant*.

« Sous le règne de Louis XI , dit un historien , la peste et la famine « ayant tour à tour désolé la France , le seul remède qu’on sut opposer à M ces fléaux, fut d’ordonner des prières et des processions*. » Il est évi- dent que depuis que l’on connaît mieux la nature de ces fléaux, on par- vient à s’en préserver, puisque la peste ne paraît plus parmi les nations éclairées, et que l’on n’y éprouve jamais de véritables famines, quoique la population ait doublé presque partout en Europe. Il y a eu des pro- grès faits au profit de la société, parce qu’on a mieux su rattacher les effets à leurs véritables causes.

La nature des choses ne nous dévoile pas seulement le lien qui rattache un effet à ses causes : elle nous montre l’impossibilité d’un rapport quel- conque entre deux faits qui se suivent, mais ne s’enchaînent pas. On lit dans le ployage en Norwége de Fabricius, que le poisson ayant, en 1778, considérablement diminué sur des côtes qui n’ont de ressources que dans la pêche, les habitants altribuèreni celle calamité à l’inoculation de la petite vérole, qui s’introduisait alors dans ces contrées. Ils prétendaient que le ciel avait voulu, en privant la Norwége de ce qui lui est le plus nécessaire, la punir d’un attentat contre ses décrets. Mais ce qui range celte opinion dans la catégorie des préjugés, c’est le défaut de liaison qui existe entre les deux faits de l’inoculation des hommes et de la multiplication des habitants de la mer, quoique ces deux faits soient arrivés à la suite l’un de l’autre.

Ce vice de raisonnement , bien sensible dans l’exemple qu’on vient de voir, se montre fréquemment dans les questions d’économie politique. Combien de fois n’a-t-on pas dit que les progrès de la richesse en Europe sont dus au système prohibitif adopté par la plupart des gouvernements ! On a cité ces deux faits comme un argument sans réplique parce qu’ils se suivent, sans avoir approfondi la nature des choses, qui montre que le premier fait incontestable tient à d’autres faits incontestables, et nulle- ment à celui auquel l’ignorance l’attribue.

* Voyez le [>résenl ouvrage, partie II, chap. 3.

ChastelluK, de la Félicité publiqtic^ xoxne FI , page 62.

CONSIDERATIOMS GÉNÉRALES.

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Il laul convenir que la chaîne qui lie les effets à leurs causes se diirobe quelquefois, dans Tétai de nos lumières, à notre investigation. La chaîne des événements traverse quelquefois des nuages que nous n’avons pu par- venir à dissiper. Nous savons seulement dans certains cas qu’elle iTesl pas interrompue, et que les anneaux dont elle est composée se tiennent, que d’ordinaire run entraîne l’autre, sans que nous puissions nous rendre compte du lien qui les unit. La chaîne existe, mais plusieurs chaînons demeurent cachés, jusqu’à ce que de nouvelles découvertes lésaient mis en lumière.

C’est ainsi , pour puiser un exemple dans la physiologie du corps hu- main, que l’on sait , par l’expérience setdeincnt, que la vaccine préserve, du moins dans le plus grand nombre des cas, de la petite vérole, sans que l’on puisse dire pour quelle raison, de quelle manière cet effet est opéré*. On ne peut du moins énoncer à cet égard que des hypothèses, et Ton est hors d’état de rien pi ouver, si ce n’est le fait lui-méme. C’est toujours un avantage que de savoir empiriquement, ou du moins d’avoii'de fortes rai- sons de croire que tel fait en entraîne un autre. C’est meme un avantag(^ que de pouvoir constater qu’ils ne se suivent pas nécessairement. L’igno- rance où nous sommes sur un point n’empéche pas que nous soyons par- venus à quelque certitude sur beaucoup d’autres j et c’est une partie de la science que d’eti connaître les limites. Mais après qu’un fait a été bien observé, après que l’analyse nous a fait connaître tout ce qu’on peut y trouver et rien de plus, si alors nous voyons la liaison qui le rattache à tous les autres, nous pouvons en déduire une loi générale qui n’est que l’expression de ce (jui se passe dans tous les cas semblables.

Une loi générale bien constatée, devient un principe lorsqu’on l’invoque comme une preuve, ou comme la base d’un plan de conduite. Il convient seulement de ne pas en pousser les conséquences trop loin, sans s’appuyer de nouveau sur l’expérience. Outre que dans une longue chaîne de raison- nements il peut s’introduire des chaînons vicieux, ou mal rattachés, qui en altèrent la force , le résultat des faits peut différer beaucoup de celui du calcul, par rimpossibilité nous sommes de tenir compte de toutes les circonstances, quelquefois peu remarquables, qui inlluent sur le ré- sultat déiliHlif.

On doit donc, chaque fois qu’on le peut, vérifier si le résultat l’on a été conduit par le raisonnement est coniirmé par la réalité. C’est ainsi (|u’agissent les marins. Ils cherchent, par ïestime^ à connaître le point de la carte iis se trouvent, et rectifient leur roule chaque fois qu’ils

louchent une terre dont la position leur est connue par des observations antérieures*.

Celle méthode qui constate à la fois ce que nous savons et ce que nous ne savons pas, cette méthode qui exclut nécessairement tout charlatanisme (car le charlatanisme consiste à faire croire que l’on sait ce qu’on ignore) , cette méthode, dis-je, qui a fait foire de si grands pas aux sciences phy- siques, une fois qu’elle a été appliquée à l’économie politique, l’a tirée de la région des hypothèses, des doctrines systématiques et purement conjec- turales; elle en a fait une science positive. Ses lois n’étant plus des systèmes imaginaires, mais des vérités fondées sur des faits que tout le monde peut constater, il a été possible de les coordonner, de les développer dans un ordre qui les éclaircît les unes par les autres ; on a pu en faire un corps complet de doctrine qui en facilite l’étude et la rendra bientôt générale*.

C’est donc à tort qu’on a dit que l’économie politique était une science fondée sur des hypothèses et non sur l’expérience ; elle est au contraire tout entière fondée sur l’expérience ; mais elle veut que dans les jugements que l’on porte, on