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Coutumes de Beauvaises
Philippe de Remi Beaumanoir (sire de)
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PHILIPPE DE BEAUMANOIR
COUTUMES
DK
BEAU VA ISIS
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CHARTRES .
IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT
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COLLECTION DE TEXTES
POUR SERVIR A L’ÉTUDE ET A I.’ ENSEIGNEMENT DE l’hISTOIRE
PHILIPPE DE BEAUMANOIR
12 ! i 7 I
COUTUMES
DE
BEAUVAISIS
Texte critique publié avec
une introduction , un glossaire et une table analytique
PAR
Am. SALMON
Ancien élève de l’École des Hautes-Études
TOME PREMIER
PARIS
ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
Libraires des Archives nationales et de la Société de l’Ecole des Chartes 82, Rue Bonaparte, 82
1899
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INTRODUCTION
§ 1er. — Philippe de Remi, sire de Beaumanoir; sa famille ; sa vie.
La première mention qu’on trouve clans les documents authen¬ tiques1 relativement à la famille de Remin ou Remi 2 à laquelle ap¬ partenait l’auteur de « l’œuvre juridique la plus originale, la plus remarquable de tout le moyen âge 3 », est celle d’un chevalier nommé Pierre de Remi, Petrusde Remin, miles (Bordier, pièces justifie., I), qui se distingua à la bataille de Bouvines4. Ce Pierre de Remi tenait
! . La plu» grande partie de ce que l’on sait sur Beaumanoir et sur sa famille a •ôté dit par H.-L. Bordier dans une étude biographique qui est un modèle du genre: Philippe de Remi, sire de Beaumanoir, jurisconsulte et poète national du Beauvaisis, ia^C- 129O, Paris, Techener, iM part., 18G9; a* part., 1873 (Cf. G. Paris, Revue critique, 3i oct. 187^). C’est aussi M. Bordier qui a démontré dans VAthenæum français , i853, p. 93a, l'identité de Beaumanoir avec l’auteur de la Manekine et de Jehan et Blonde qu’on appelait Philippe de Reins ou de Rins ( Histoire littéraire de la France, XX, 778- 782 et 8G'i-8ü8 ; Leroux de Lincy, éd. de Jehan et Blonde) ou Philippe de Reimes, de Raimes ou de Rames (abbé de La Rue, Essais hislor. sur les bardes, etc., Il, 3GG- : Fr. Michel, éd. de la Manekine ) en en faisant un poète anglo-normand. Nous résumerons souvent les renseignements recueillis par M. Bordier en y ajoutant ceux qui résultent de la publication de chartes qu’il n’a pas connues, de la découverte par M. A. Jeanroy des premières poésies de Beaumanoir (voyez p. îv et xm) et de plusieurs recherches personnelles. On consultera aussi avec fruit la pénétrante intro¬ duction littéraire placée par M. H. Suchier en tète de son édition des Œuvres poétiques de Beaumanoir, publiée pour la Société des Anciens Textes français, 2 vol. in-8", i88f|-»885.
2. Remy, i,oo5 habitants, dans l’Oise, arrondiss. de Compiègne, cant. d’Estrées- Saint-Denis. Les comtes de Saint-Pol en possédèrent jusqu’en i2 '|5 la seigneurie que Gaucher de Chàtillon vendit alors à Louis IX. Voyez sur ce village et son histoire Eug. de Lépinois, Recherches historiques et critiques sur l’ancien comté et les comtes de Clermont en Beauvaisis, 1877, p. 108, en rectifiant d’après notre texte, p. v, note 2, ce que dit cet auteur à propos d’Amaury de Montfort.
3. Paul Viollet, Histoire du droit civil français, 1893, p. 1 85.
f\. Guillaume le Breton, dans sa Chronique, éd. de la Société de l’Histoire do France, t. I, p. 278, et dans sa Philippide, liv. X, v. ^G5— /iGH, et liv. XI, v. m- * 1 3, t. II, p. 3oi et 322, de la môme édition ; Grandes Chroniques de France, éd. Paulin Paris, t. IV, p. 177.
I. a
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II
INTRODUCTION.
en fief de l’abbaye de Saint-Denis un domaine appelé la Terre Ber- nart, situé à une petite lieue au nord du village de Remy sur la rive gauche del’Aronde. Une pièce de juin 1389 (Bordier, II), contenant un aveu et dénombrement rendus à l’abbé de Saint-Denis pour cette même terre par Philippe de Remin, chevalier, montre que Pierre était décédé à cette époque et que son fds lui avait succédé dans ses biens. Nous y voyons aussi que sur la Terre Bernart s’élevait un château qui, dans une charte passée dix ans plus tard, en mai 12/19 (Bordier, V), est appelé de Bello Manerio. C’est dans cette charte de 12/19 qu’apparait pour la première fois ce nom des¬ tiné h devenir si célèbre. Autour du château étaient un hameau, une ferme et un moulin qui existent encore.
En 1287, Louis IA Ht don à son frère Robert du comté d’Artois et de la terre du Gâtinais. La môme année ou bien peu après1, Phi¬ lippe fut investi par le nouveau comte de la charge de bailli du Gâtinais, charge qu’il conserva au moins jusqu’en 1200 inclus, puisque dans la charte de mai 1249 précitée il est encore qualifié bailli du Gâtinais. La mort de Robert d’Artois à la bataille de la Mansourah (févr. 1200) fit rentrer le Gâtinais dans le domaine royal. Philippe, privé naturellement de sa charge, dut rester quelque temps sans emploi, car au mois de mars 1255, dans un échange de terre avec les religieux d’Ourscamps (Bordier, VI), il se désigne simplement comme chevaliers , sire de Beaurnanoir. Peut-être cepen¬ dant était-il déjà entré au service de la veuve de Robert, la comtesse Mahaut, remariée au comte de Saint-Pol, Gui de Chàtillon ? Nous le retrouvons en effet à la cour d’Arras le 10 janvier 1357, rendant une sentence arbitrale. D’après le vidimus qui est du même jour que la charte, il est chevalier de la cour de la comtesse d'Artois2. M. Tardif ajustement fait remarquer que le choix de Philippe de Rcmi comme unique arbitre dans une cause importante témoigne delà considération dont il jouissait. En 1259, il ligure dans un
1. C'est du moins ce qui résulte d’une enquête au parlement : Probatum est pro Imrgensibus de Lorriaco quod, antequam terra veniret ad comitem Atrebatensem predictum et antequam dominus Philippus de Remiaco esset ibi baillivus, burgenses de Lorriaco ducebant pannos suos fullandos ubi volebant (Saint Martin d'hiver [11 novembre] 1209, Olim, 1. 91, 1). Cf. même recueil, I, 1 58, vm, une autre enquête relative aussi à l'adminis¬ tration do Philippe de Remi et datée de 12O2.
2. Cf. le comte d’Héricourt, Titres de la commanderie de Haut-Avesnes antérieurs à i3ia,dans Mémoires de l'Académie d'Arras, 2" sér., t. X (1878), p. 48 (p. 44 du tirage à part), et E.-J. Tardif dans Bibliothèque de l École des Chartes, t. XL, p. 469- 470. Cette pièce met à néant la conclusion tirée par Bordier, p. 30i, note 1, d'un rapprochement cju’il fait entre le premier arrêt des Olim susvisé et celui de 1262 (note 2), à savoir que Philippe était encore bailli en 1259; il a mal interprété le premier arrêt.
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beaumakoir et sa famille.
111
plaid tenu à Arras pour la part de la succession de la comtesse Maliaut de Boulogne échue à sa cousine, Mahaut d’Artois1 2. En 1260 et 1262 (Bordier, IX et X), il traite encore avec l’abba>e de Saint-Denis* mais en 1265 il n’existait plus, car son fils aine Girard apparaît en février de la meme année (Bordier, XI), comme dominus de Bello Manerio , miles,... heres predicti Philippi [de Remi] militis et universalis ejiis successor existans.
Philippe de Remi s’était marié deux fois. Sa première femme, dont on ne connaît que le prénom, Marie, par la charte de 1249. lui avait donné plusieurs enfants dont trois vivaient encore en 1262 : Girard, Philippe, notre auteur, et Péronclle, mariée à Jehan Leschaus (Bordier, X). Girard était alors chevalier: il était donc l’aîné, sinon de Péronclle qui peut être nommée la dernière parce qu’elle était tille, du moins de Philippe que son père désigne simplement comme Jilius meus. On ignore la date de la mort de Marie.
La seconde femme de l’ancien bailli du Gâtinais, Alice de Bail- leul â, est mentionnée une première fois dans une pièce du 28 no¬ vembre 1262 (Bordier, IX), une seconde fois dans un jugement du Parlement 3 dont il nous faut citer le passage le plus important :
Preceptum est baillivo Silvanectcnsi quod nisi relicta domini Philippi de Remiaco velit procedere in questione rotagii et aliarum consuctudiiium que major et homines Pornponii petunt in domo ipsius juxta Pomponium, non obstante quod heres ipsius Philippi, de cujus hcreditate movet ipsa dormis, non habet etatem, dictus baillivus ipsos majore m et homines jure suo in dicta domo gaudero permittat .
D’après M. Bordier, p. 24, cet heres ipsius Philippi est le futur juriste ; d’après M. Suchicr, p. vu, ce serait Girard. A mon sens c’est bien Philippe qui est visé. Girard, chevalier en 1262, était majeur en 1267 puisque nous le voyons en 1205, dans une cir¬ constance qui lui est personnelle, agir seul comme heres predicti Philippi, sans bail, ni tuteur4 5 ; dans cette même pièce intervient sa femme, Béatrice6. En outre la maison juxla Pomponium 6, c’est le
1 . Léopold Delisle, Recherches sar tes comtes de Dammartin au nu* siècle, dans Mé¬ moires de la Société des antiquaires de France, 4* sér., t. I (1869), p. 2 54.
2. BalUeul-le-Soc, Oise, arrondiss. et cant. de Clermont.
3. Olim , I, 686, xxu, octave de la Toussaint (8 nov.) 1267.
4. Ajoutez que le i5 mai 1266, Girard, toujours en son propre nom, acquiert les droits de divers sur une terre qu’il avait échangée avec l’abbaye d’Ourscamp (Bor¬ dier, XII). Le 3o sept, de la même année il passe un acte confirmant cet échange (Bordier, XIII).
5. Sur l'identification faite par Bordier de cette Béatrice avec Béatrice de Ilenenghee (et non Revenghes) voyes ci-après, p. ri
6. Aujourd’hui Pontpoint, Oise, arrondiss. de Senlis, cant. de Pont-Sainte-Maxence.
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IV
INTRODUCTION.
Moncel, c’est-à-dire cette habitation que nombre d’actes montrent comme étant le séjour préféré de Beaumanoir lorsqu'il était bailli de Senlis, celle où il viendra mourir, par conséquent sa propriété. Girard avait hérité de Beaumanoir. Mais puisqu’il s’agit de Phi¬ lippe encore mineur en 1367, cette constatation se retourne contre la valeur de la date 1346 que M. Bordier fixe comme étant celle de sa naissance. La majorité de i5 ans étant en tout état de cause écartée, qu’il fut né « dans l’un des derniers mois de l’année I24f> ou des premiers de 1347 55 (Bordier, p. 25), en novembre 1367 Philippe eut été majeur ou si près de l’être que sa belle-mère n’aurait pas, pour refuser d’accepter le litige, invoqué une exception d’àge qui devrait disparaître au cours de la procédure.
Philippe naquit donc après 1347 e* j’incline à croire avec M. Su- chier que ce fut vers 1200. Il pourrait ainsi avoir vu le jour à Lorris. Ce qu’il dit dans son prologue ( pour ce que nous sommes de celui pais ..., $ 1 ; ce que nous avons veu user et jugier de nostre en¬ fance en nostre païs..., $ 4) ne contredit pas à cette hypothèse. Il a quitté Lorris très jeune ; rien d’étonnant à ce qu’il se considère comme réellement d’un pays où il avait passé son enfance, où vivait sa famille, où étaient ses biens patrimoniaux.
De son enfance nous ne savons rien. M. Bordier (p. 28) estime qu’il a visité l’Angleterre et l’Écosse de 1261 à 1265 et M. Suchier a fortifié cette conjecture par des raisons tirées du thème de la Ma- nekine et du conseil que, dans Jehan et Blonde, il donne aux jeunes gens de s’expatrier (p. \). C’est devenu aujourd’hui une certitude au moins quant au voyage, sinon quant à l’époque.
Dans la neuvième des chansons publiées par M. Jeanroy1 2, Phi¬ lippe s’adresse ainsi à une jeune fille qui « n’a pas .xv. anz en son aage » :
v. 3a Chançon, va t'ent. car tu es achevée, ...
Di a la bele que ele est recouvrée v. 36 El tenz d’esté et el tenz yvernage.
Que s'eîe vieut, je l’en menrai a nage En mon païs sans fere demoree, . 2
v. 4o Si la prendrai, s el veut, par mariage.
Pour offrir à celle qu’il aimait de l’emmener « par mer » dans son pays, il fallait que Philippe fût lui-même outre mer, et aussi il est nécessaire que ce soit après 1265. La situation serait tout à fait in-
1. Cf. p. xui.
2. 11 manque un vers dans le manuscrit.
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BEAUMANOIR ET SA FAMILLE.
V
vraisemblable si, son amie ayant i5 ans à peine, lui-même n’en avait pas 18 ou 19, peut-être 20. La sincérité du poète n’est d’ail¬ leurs pas douteuse, autrement, dit avec beaucoup de raison M. Jean- roy, il faudrait voir dans ces vers une ironie encore plus inexplicable que cruelle 1 * . Philippe avait donc alors environ 20 ans: ceci reporte son séjour à l’étranger, un peu avant 1270, en en faisant remonter le commencement à 1266 ou 1267 au plus tôt.
Quelles ont été les conditions de ce séjour ? Comment Philippe est-il parti ? Avec qui ? 11 ne peut plus, ainsi que l’avait admis M. Bordier, être question de Simon de Montfort, tué à Evesham en 1260*. Aussi bien toute hypothèse serait vaine. Je ferai seule¬ ment remarquer que Philippe connaissait très bien les côtes orientales de l’Écosse; il sait la situation exacte de Berwick, Perth, Dundee. Evoluic où se retire la mère du roi d’Écosse ( Manekine , 2^00 et 2^17) est York. Jehan et Blonde montre qu’il connaissait Londres et le chemin pour y aller de Douvres, de même que les routes directes pour se rendre de Berwick sur le continent. Mais il se peut qu’il n’ait fait que traverser Londres en allant en Écosse — sur cette route se trouve York — et sa connaissance de Londres me paraît moins caractéristique que celle de l’Écosse 3. Si l’on pouvait espérer que le nom d’un jeune homme inconnu ait subsisté dans quelque pièce, ce serait, je crois, du côté de ce dernier pays que devraient être dirigées les recherches.
La chanson III est envoyée à Girart de Saint-Omer. Fut-ce un des compagnons du poète en Angleterre P
1. La chanson VII est adressée à une jeune fille nommée Aeliz, la chanson VIII à une autre appelée Jehanete : l’une ou l’autre est-elle la même personne que celle do la chanson IX? La chanson à Jeannette s’accorderait très bien avec lX. Mais même si ce sont trois « beles » differentes, le caractère volage de l'amoureux n’est pas exclusif d’une sincérité momentanée.
a. 11 n’était pas d’ailleurs très vraisemblable que Philippe eût accompagné le comte de Leicester. Celui-ci n’avait pas de biens à Remi et son fils Amaury n’en était pas seigneur comme le disent dom Grenier (cité par Bordier, p. ao), Bordier (p. 307) et Léplnois (p. 109-110). Simon avait seulement une part assise « en la ville et les rentes do Remi » (Archives Nationales JJ 4 ■ * f° 83 r°) de la rente de 5oo livres parisis que lui avait accordée Louis IX après le traité de Paris (1269), peut-être en dédommagement de la confiscation des biens de sa famille opérée depuis près de 5o ans (Yoyes Ch. Bémont, Simon de Montfort, comte de Leicester, 188&, p. 76). Ainsi la famille de Philippe n’avait avec Montfort aucun lien visible qui pût jus¬ tifier l’hypothcse de M. Bordier, question d’année mise à part. Quelle probabilité aussi qu’un père laisse partir un enfant de 1 a à 1 5 ans dans un pays déchiré par les guerres civiles, et avec le chef d’un des partis ? La preuve tirée par Bordier (p. 3i) de la pièce justificative X n’est pas non plus suffisante. Absent ou présent, Philippe ne pouvait apporter sa ratification qu’à sa majorité.
3. Beaumanoir a pris comme plastron dans Jehan et Blonde un comte de Gloucester. Ce titre était alors porté par Gilbert de Clare (la^-iaqS^ qui était du parti de Montfort et fut sous Henri III et Edouard I<’r un très grana personnage. Si Beau¬ manoir avait été de la suite de Montfort, aurait-il pensé à ridiculiser, sinon un de ses alliés, du moins un ancêtre de celui-ci?
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VI
INTRODUCTION.
A son retour en France, et sans doute peu après, Philippe de Remi composa scs deux grands romans, la Manekine et Jehan de Dammarlin et Blonde d'Oxford et sans doute aussi ses petites pièces. Dans les deux romans il se désigne par son surnom de Remi tandis que dans le Salu d'amours, il s’intitule de Beaumanoir. Ce poème est donc vraisemblablement le dernier de ceux qu’il composa avant d’oc¬ cuper des fonctions qui devaient lui prendre tous ses instants.
Quelles charges subalternes avait-il remplies avant d’ètre bailli de Clermont? nous l’ignorons. M. Bordier (p. 3i) infère d’une phrase de l’abbé Carlicr 1 2 3 qu’il avait été prévôt de la seigneurie de Nantcuil- le-Haudouin. Mais les seigneurs de Nanteuil n’avaient ni prévôts, ni baillis, et c’est en qualité de bailli de Senlis que Beaumanoir eut peut-être à remplir un office de judicature dans leurs terres a.
Quoi qu’il en soit, il entra en charge le n mai 1379 (Bordier, p. 34, et XXI, 1), et c’est à la même époque environ que se place la date de sa prise de possession de Beaumanoir, puisque dans son compte de l’Ascension 1380 il commence à se qualifier Philippus de Bellomanerio.
M. Bordier (p. 63) pense que Girard aurait cédé sa terre à son frère, parce qu’il considère comme étant le même personnage un Gérard de Remy mentionne dans une charte (XV) de janvier 1294 pour la part qu’il a dans les revenus d’une terre sise à Plivot*. Mais cette hypothèse me parait très hasardée. On ne s’explique pas en effet — quoique la chose soit possible — comment un homme dont la famille est si bien localisée dans le Clcrmontois et l’Ar¬ tois, a pu avoir un intérêt aussi direct dans la châtellenie d’Epernay appartenant alors aux comtes de Blois. M. Bordier n’a vu et il semble que nous n’ayons plus de la pièce XV qu’une copie faite au xv® siècle, dans le cartulaire de Blois4, d’une expédition copiée elle- même sur l’original. Un scribe de cette époque a fort bien pu lire et écrire de Remy pour de Remis ou de Reuei 5 6. Des érudits contem¬ porains ont bien lu Reins pour Remi. Un Gérard de Reims ou de Recy 6 serait tout à fait à sa place. Il est plus vraisemblable que
1. « Beaumanoir, ancien bailly de Scnli», qui avait aussi pris part au gouverne¬ ment de la terre de Nanteuil-le- Baudouin .. . » ( Histoire du duché de Valois, éd. x 70/1 , II, i'n.)
2. Cf. Carlier, lococilalo, p. 1 30, i5ti, ifii, et Suehier, p. vm-ix.
3. Marne, arrondis». d’Epernay, cant. d’Avize.
â. Archives Nationales Kk 89G (olim LL 176), P* 238 v°. M. Pélicier, archiviste de la Marne, a bien voulu m’écrire qu’il ne se trouvait à Châlons ni original ni
copie.
5. Je trouve cette formo dans un état des fiefs d’Epernay à la fin du xm* siècle, Archives nationales, J 202, n° 4 7. 11 y a d’autres fautes de toponymie dans la copie dn cartulaire de Blois.
6. Marne, arrondis», et cant. do Châlons.
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BEAUMANOIR ET SA FAMILLE.
VII
Girard était mort vers ou avant 1279 sans héritier direct1 et que Beaumanoir revint ainsi naturellement à Philippe*.
Celui-ci ne resta à Clermont que jusqu'à l'époque à laquelle expi¬ rait son troisième exercice réglementaire, c’est-à-dire jusqu'au 7 mai 1282, car il 11e porte plus son titre dans un acte souscrit en sa faveur par Amaury de Montfort le 22 juin 1282 (Bordier, \IY), acte dont les motifs, attribués à une part prise par Beaumanoir à la délivrance d* Amaury, restent obscurs.
Comme bailli il eut à se rendre au parlement de Parip lorsque dans la session était inscrite une cause intéressant quelqu’un de ses administrés 3. A plusieurs reprises il rappelle ces déplacements dans ses Coutumes qu’il commença alors à rédiger.
Son administration n’avait pas été exempte d’excès de pouvoir. La bibliothèque de Senlis conserve (Bordier, XXIV) 1 la copie d’un procès-verbal rédigé le 27 septembre 1 283 par le curé de Delincourt 5, « mes sires Hogiers », assisté de plusieurs autres prêtres de la région, à reflet de constater que « Phelippes de Biaumanoir, baillius de Clermont », et ses sergents qui avaient pénétré « a armes et par violence » dans le couvent du Trembloi « maison de religion qui est l’abbé et le couvent deChaalit6, de l’ordre deCitcau » et s’y étaient
1. C'est en effet à tort que M. Bordier (p. 64) a identifié la Béatrice nommée en ia65 avec Béatrice de Rcnenghcs (auj. Reninghe. en Belgique), fille de Jean d'Yprcs, seigneur de Renenghes. et de Mathilde, châtelaine de Saint-Omer, laquelle avait épousé un seigneur de Beaumanoir et unam peperit filiam qi ue nupta fuit domino de Sir ces ( Genetdogiæ ex Chronicis Hainoniensibus recollee lis per magistrum Baldninum de Avesnis, dans Recueil des Historiens de France et des Gaules, t. XIII, p. 564, note). Le seigneur de Beaumanoir (peut-être Beaumetz-lès-Aire) dont parle la chronique de Baudouin est Arnoul de Quiestèdo (Pas-do-Calais, arrondiss. de Saint-Omer, cant. d'Aire). Ceci résulte expressément des pièces citées par M. Giry dans son article sur les Châtelains de Saint-Omer ( Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, t. XXXV, 1874, p. 33a-333, et t. XXXVI. 1876, p. 99 et 10J-106). Si Girard avait eu une fille, la cession de Beaumanoir serait encore plus extraordinaire. Tout cela rend aussi bien ténu le lien par lequel M. Bordier a cherché à réunir la famille de Remi et celle d'Estrées- Saint-Denis à laquelle rien ne prouve qu'appartenait le beau-fils d’ Arnoul de Quies- tède. Il y avait d’autres familles d'Estrée et Estrées dans la région qui forme aujour¬ d'hui le Pas-de-Calais, le Nord et la Somme.
а. Cf. $ 4q4.
3. Cf. E. Boutaric, la France sous Philippe le Bel, VIII, 11 et 111, p. 186-196 ; Fél. Aubert, le Parlement de Paris de Philippe le Bel d Charles* VU, t. I, organisation, p. i5o-i5i ; le même, Histoire du Parlement de Paris de l'origine d François /", II, 176 ; et surtout Borrelli de Serres, Recherches sur divers services publics du xm* au xvii* siècle, 1890. notice II. Voyez ci-après 5 1775.
4. Bordier date à tort cette pièce de mai ia83. Elle porte : « ce fu fait en l*an de ITncernacinn Nostre Seigneur mil deus cent quatre vins et trois le lundi devant la Saint Michiel, entre none et midi, le jour de [lal fieste saint Cosme et saint Da¬ mien. » La mention de ces deux saints indique quil s’agit de la saint Michel d’au¬ tomne (39 septembre) et non de celle du printemps (8 mai). Le 37 septembre ia83 était un lundi, comme il est facile de le vérifier dans le Manuel de Diplomatique d’A. Giry.
5. Oise, arrondiss. de Beauvais, cant. de Chaumont en-Vexin.
б. Chaalis, commune de Fontaine-les-Corps-Nuds, arrondiss. de Senlis, cant. de
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VIII
INTRODUCTION.
emparés de Robert le Quantois, serviteur de ce couvent, avaient exécuté l’arrêt du Parlement qui les avaient condamnés à resaisir le lieu et à y ramener ledit Robert 1 .
Ce ne fut sans doute pas à cette affaire que Beaumanoir dut de ne pas être prorogé dans sa charge au delà des trois années régle¬ mentaires, mais elle put contribuer à le faire rester dans le pays, après le délai de 4o jours et l’empêcher d’être nommé ailleurs avant la décision du Parlement et la réparation. Pendant ces loisirs peut- être forces, il continua et termina les Coutumes.
Au milieu du mois de novembre 1284» Jean de Salenay, sénéchal de Poitou, ayant cessé d’exercer ses fonctions, Beaumanoir fut nommé pour le remplacer. M. Bordicr énumère plusieurs pièces relatives à son administration (XXV), les unes analysées dans le recueil de dom Fonteneau conservé à la Bibliothèque de Poitiers, la dernière dans l’Essai de restitution d'un volume des Olim par M. Léop. Delisle 2, une enfin aux Archives Nationales qu’il dit être en déficit. Nous n’aurions donc plus aucune pièce originale pour cette époque de la vie de Beaumanoir si mes recherches n’avaient pas été plus heureuses que celles de M. Bordicr. Cette charte, datée du mercredi avant l’An¬ nonciation 1280 qu’il croyait perdue, est encore aux Archives, cote J 180, n° 3i. En voici le passage intéressant pour nous :
Universis présentes litteras inspecturis Johannes Heraes, presbyter, gerens sigillum domini regis Francorum in senescallia Pictavensi apud Pictavos constitutum salutem in Domino. Noveritis nos vidisse et diligenter inspexisso quasdam litteras... Preterea Guido de Monteleonis, valetus, filius quon* dam Guidonis de Monteleonis militis defuneti, in nostra presencia persona- liter constituais, confessus fuit coram nobis se vendidisse et concessissc ad perpetuitatem pro se et suis, domino nostro régi Francorum, precio ducen- tarum librarum turonensium nigrarum intégré solutarum per inanum Philippi
Nanteuil-le-Haudouin. Petit prieuré de bénédictins fondé en 11 30. Louis VII en ûfc une abbaye qui fut reconstruite au xm® siècle.
1. A contre- coeur, car « il dirent ensi : Veez ci le sergant que nous primes laiens et dessaissiincs a lui de par le conte et le vos ramenons et resaisissons de par le conte. Et nos respondimes que ce extoit par le commandement le roi et les maistres de la court. Lors le prirent ils par les mains et le mirent dedans la porte et le menèrent en la chapelle et resaisirent la court et toutte la maison de laiens qu’il avoient des¬ saisi et violé sans reson qui est desous le roi et en sa garde... » — Beugnot, p. xx. applique à Beaumanoir un eus à peu près analogue a la suite duquel le bailli de Senlis fut obligé de rendre un homme que le prieur de Bazainville .voulait juger (Olim, I, 937, xxxi). Mais le jugement est de la Pentecôte 1278, le bailli de Senlis n’y est pas nominativement désigné et rien n’y prouve qu’il s’agisse de Beaumanoir. Beugnot a été induit en erreur par Louvet qui a confondu I2(j3 avec 1273 (Anciennes remarques de la noblesse Beauvaisine, iG'io, t. I, p. 91). Le bailli de Senlis en 1273 était Gilles de Gourcelles (Voy. Brussel, IS'ouvel examen de V usage général des fiefs en France, 1727, t. I, p. ^î8t>).
2. E. Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, p. ^o5, Collection des Archive» Nationales.
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BEAUMANOIR ET SA FAMILLE.
IX
de Bello Manerio, militis, senescalli tune temporis Pictavensis, ementis vice et nomme domini regis Francorum viginti unam libras et decem solidos turo* nensium, sitos... *.
A cette époque le sénéchal de Poitou était en même temps le re¬ présentant du roi en Limousin et il prenait même quelquefois le titre de sénéchal de Limousin et de Poitou. C’est ainsi que nous trouvons Beaumanoir qualifié dans une déposition faite à Saint- Léonard 2 en 1288, et qui vise un fait qui a dù se passer en 1285- puisqu’il s’agit de l’expédition d’Aragon sous Philippe III :
... Hommes et communitas ville Nobiliaci 3 dederunt domino régi ducentas- libras turonensium eo quod non irent in exercitu Arragonensi. .. Yidit eas solvi domino Philippo de Bello Manerio, militi, tune senescallo Lemovicensi et Pictavcnsi *.
Le 24 février 1287 5 Beaumanoir donne des lettres de non préju¬ dice aux religieux de Saint-Cybard d’Angoulême et peu après il est fait séuéchal de la Saintonge d’où, à l’Ascension de la même an¬ née, il envoie des comptes complémentaires ou rectificatifs de sa gestion en Poitou (Bordier, XXVI).
A la Pentecôte (16 mai) 1288, il apporte au Parlement de Paris une enquête par lui faite sur l’ordre du roi pour établir le bien ou le mal fondé des réclamations de Geoffroy d’Archiac, évêque de Saintes, et des églises de son diocèse, qui se plaignaient d’un système d’applègemcnts et contre-applègemcnts (pleiges et contre-pleiges) en usage, prétendaient-ils, depuis i4 ans à peine.
Depuis l’arrêt sur cette affaire0, qui est de la Toussaint 1288 et
1. Cet acte est à la fois une ratification et un complément consentis par Gui II de Montléon en faveur de Philippe le Bel, de la vente faite par son perc Gui I au roi Philippe III de la baronnie do Montmorillon et de la forêt de Chauvigny. Sur cette vente qui est rappelée dans la première partie de la pièce, voyez André Duchesnc. Histoire généalogique delà maison des Chasteiyners, 1 03 \ , p. 332-235, et Preuves du liv. III, cb. 111, p. iio-ii3.
3. Haute-Vienne, chef-lieu de canton, arrondissement de Limoges.
3. Ancien nom de Saint- Léonard.
4. Louis Guibcrt, la Commune de Saint-Léonard de . Xoblat , 1891, p. 178. C’est d’après cette pièce que M. A. Leroux, dans le catalogue qu’il a compilé en tète de P Inventaire sommaire des Archives départementales de la Haute- Vienne , série B, t. I, p. vin, enregistre Beaumanoir comme sénéchal du Limousin en 1288.
5. La date « 2/* février n88 » donnée par Bordier à celle pièce (XX Vil) est inexacte. Comme il était extraordinaire que Beaumanoir fût encore à cette époque dans le Poitou quand, à l’Ascension 1287, il s’intitulait sénéchal de Saintonge, j'ai demandé à M. de La Martinière, archiviste de la Vienne, do vouloir bien vérifier, ce qu’il a fait avec autant d’obligeance que de précision. Il faut rétablir ainsi la date qui est écrite en toutes lettres : « Dalutn apud Jarniacum, die lune in festo beati Mathie •posloli, anno Domini miilesimo ccu'° octuagesimo sesto ». Donc 2^ février 1287.
6. Olim, II, 277, v, et 287, xvi. M. Boraier cite d’après La Thaumassière (?) la première de ces pièces qu’il indique comme perdue.
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X
INTRODUCTION.
dans lequel l’enquête de Beaumanoir est rappelée, nous ne trou¬ vons plus de traces de son administration en Saintonge, qui régu¬ lièrement ne devait prendre lin qu’en 1290. Deux lignes dans La Thaumassière (Préface des Coutumes ) mentionnent le conte Phelippe de Biaumanoir, chevalier , baillif de Vermandois , fait dou voyage de Rome Van 1289. Jusqu’à présent il a été impossible de retrouver ce compte qui fut peut-être 1 communiqué à La Thau¬ massière par les conseillers à la Cour des Comptes Y von d’Hérouval et du Fourny. Mais la réalité du voyage n’est pas contestable. On pourrait admettre que La Thaumassière a mal interprété la pièce si la citation qu’il en fait n’était évidemment le titre même inscrit au verso du compte comme à l’habitude. Conte , Phelippe9 Biaumanoir , baillif dou sont des formes graphiques du \me siècle qu’il n’aurait pas eu l’idée d’employer s’il avait forgé le titre d’après le contexte de la pièce ; il n’aurait pas davantage employé une telle disposition de titre qu’on ne retrouve que dans les formules anciennes.
S’il est certain que Beaumanoir employa, sinon les derniers mois de 1288, du moins les trois ou quatre premiers de 1289 à une mis¬ sion près du Saint-Siège, nous restons sans renseignements sur les motifs qui l’y firent envoyer.
D’après une hypothèse de Laboulaye*, admise par Beugnot3 et par F. Lajard 4, cette mission se rapporterait au couronnement par le pape Nicolas IV de Charles 11 le Boiteux comme roi de Sicile, qui eut lieu le 26 mai 1289. Il ne me semble pas que cet événement prévu depuis la délivrance de Charles d’Anjou en 1286 ait pu motiver l’envoi d’un plénipotentiaire, sinon pour représenter le roi de France à la cérémonie. Et conjecture pour conjecture, je croirais plutôt que Beaumanoir fut chargé de négocier avec Nicolas IV la prolongation de la dîme sur les revenus des Églises de France concédée par son prédécesseur Martin W à Philippe le Hardi en 1285 pour pourvoir aux frais de l’expédition d’Aragon. Les bulles du pape accordant cette prolongation et en déterminant les conditions de perception sont du 3i mai 1289 5.
x. Je dis peut-être parce qu’il ne me semble pas prouvé comme à Laboulaye (voyer la note 2 ci-dessous) et à Lajard (Histoire littéraire de la France, t. XX, p. 359) que ce compte lui ait été communiqué comme le précédent et le suivant par ces deux conseillers. La Thaumassière ne le dit pas et la disposition du texte imprimé ne l’indique pas. Le champ des recherches n’en est que plus difficile à déterminer.
2. Bevue de législation et de jurisprudence, t. XI (i8'jo), p. 633-4G8, à la page hh** article érudit et utile à consulter.
3. Notice sur Philippe de Beaumanoir, en tète de son édition, t. I, p. xxviii.
h. Loeo citato, p. 35f|. En tout cas on no peut dire avec Lajard que c’était « un évé¬ nement important que Philippe le Bel avait intérêt d’empêcher. »
5. Elles ont été publiées par E. Bouta rie, Documents inédits relatifs « l'Histoire de France sous Philippe le Bel, dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques, t. XX, 2* partie, p. 88-io3.
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BEAUMANOIR ET SA FAMILLE.
XI
Quoi qu’il en soit de cette mission et de ses causes, Beaumanoir ne retourna pas en Saintonge 1 à son retour de Rome et il fut nommé bailli de Y ermandois.
Dès le mois d'aoùt 1289, il authentique en cette qualité divers contrats passés en la prévôté de Laon (Bordier, YYYIii).
Beugnot2 (p. wviij) avance qu’en 1290 Beaumanoir « n’exerçait plus les fonctions de bailli et qu’il reprit à cette époque son siège dans le Parlement », parce qu'il fut un des commissaires chargés de recevoir les pleiges qui s’engageaient à réintégrer dans les prisons du roi Jean Chapes, écuyer, condamné par un jugement antérieur 3. Cette époque de sa vie est une des plus abondantes en documents. Bordier en cite plusieurs et récemment M. Collinet a retrouvé dans les Archives des Ardennes et publié 4 deux chartes nous montrant, l’une Beaumanoir présidant une assise à Laon le Ier janvier 1291, l’autre le meme homologuant un acte de transaction un mois ou deux plus tard. Si donc à la session de la Pentecôte 1290 il fut choisi comme commissaire, c’est uniquement parce qu’il se trouvait assister à cette session comme il était tenu de le faire en vertu de sa charge 5.
Du Y ermandois6, Beaumanoir passa en Touraine. La plus an¬ cienne pièce connue relative à son administration dans ce pays a été publiée par M. P. Yiollet 7 : elle est de la saint Yincent 1291 (ier janv. 1292), et, comme le dit M. Yiollet, elle permet de rejeter définitivement une donnée suspecte fournie par La Thaumassière 8 et adoptée par Bordier (p. 38) et Suchier (p. xu).
1. El surtout il n’y retourna pas en 1292 comme le dit Maichin de Maisonneuve, Histoire de Saintonge, cd. 1 ('>7 ! , 1 part., p. 97. M. Bordier (p. 38) accepte cette •date et M. Suchier (p. xi, note 2) essaie de la justiHer contre M. P. Viollet. qui, dans les Notices et documents publies pour la Société de l'Histoire de France à l’occasion de son ;>o' anniversaire, p. 178, note 1. la considérait comme suspecte. Je suis tout à fait de l’avis do M. Viollet. Il est si facile de lire dans une charte du xiii* siècle :
m*. .oc*. iiiim. ..ni* au lieu de .5»0. .cc°. .1111“. lue pour v et inversement.
Les exemples ne manquent pas d’erreurs de ce genre.
2. Suivi per F. Lajard, loco citato , p. '107, et par M. Suchier, p. xu.
3. Olim, II, 3o8, xxvi, parlement de la Pentecôte (21 mai) 1290.
6. Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, t. XVIII (189'!), p. 697.
5. Un arrêt relatif à l’église de Braine et où le bailli de Vermandois est cité, a été rendu le même jour, Olim, II, 3o8, xxm.
6. Dans Y Essai de restitution d’un volume des Olim (Boutaric, Ad, du Parlem., I, 'i55), Beaumanoir est mentionné dans une des enquêtes expédiées au parlement de la Toussaint 1 295 comme bailli de Vermandois. C’est évidemment une erreur du scribe du greffe de la Cour qui a copié par fragments le Liber inquestarum de Nicçlas de Chartres. Le bailli de Vermandois était alors Gautier Bardin, qui mourut en t3o5 <Collielte, Mémoires pour l'Histoire du Vermandois, II, A 9 7 et 817; charte dans Carta- Jaire d’Ourseamps, publié par Peigné-Delacour, p. 523).
7. Notices et documents publiés par la Société de l'Histoire de France, etc., p. 177- 180.
8. Celle-ci : Philippus de Bellcmanerio, miles, Baillivus Silvanedensis, pro erpensis
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XII
INTRODUCTION.
Une charte du 29 août 1292 1 montre en outre que Beaumanoir n’avait pas quitte la Touraine dans l’intervalle, car à cette date, qualifié de bailli de cette province, il rend une sentence arbitrale qui règle un procès pendant en appel devant le roi entre le couvent de la Chaume près Machecoul 2 et Girard Chabot, seigneur de Retz et de Machecoul, au sujet des droits de justice, garde et obéissance de celui-ci sur l’abbaye et ses sujets. Bordier cite une autre pièce (XXXI) d’août 1292, sans quantième, où Beaumanoir agit encore comme bailli de Touraine.
Il ne resta d’ailleurs plus longtemps dans cette province, car le mardi avant la Toussaint 1292 il rendait comme bailli de Senlis un jugement en faveur de l’évêque de Beauvais contre l’abbaye de Saint- Denis.
Ce bailliage devait être le dernier où Beaumanoir put exercer son activité 3. Le 7 janvier 12964, il mourait, peut-être au Moncel qu’il aimait à habiter et d’où sont datées plusieurs pièces émanées de lui comme bailli de Senlis 6.
Il fut enterré dans l’église des Dominicains (plus tard des Jaco¬ bins) à Compiègne, où reposait déjà sa première femme et où la seconde fut aussi inhumée en i3o4 8.
La première femme de Beaumanoir est tout a fait inconnue. La
Jadis per ipsum apud Sanctum Quinlinum pro cxercilu Ilannoniæ, reddilis Baillivo Viro- mandiæ per compotum ejusdem ad Candelosam 1291 (2 févr. 1292). Il y a sans aucun doute confusion de la part de la Thaumassièro qui cile aussitôt après un compte daté delà Chandeleur 1292 (2 févr. 1293). 11 faut comprendre I2q3 et 1294 C’était aussi l’avis de M. Bordier à qui M. Viollet communiqua la charte (cf. loco cilato, p. 178, note 1). Brussel, loco citalo, t. I, p. 48G, dit que le bailli de Senlis comptait au bailli de Vermandois. P. 482, il doit faire erreur de date en disant qu’en 1292 le bailli de Senlis administra aussi la baillie de Gisors.
1 . Marchegay, Douze chartes originales et inédites en langue vulgaire du Centre et de l’Ouest de la France (1238-1299) dans Bibliothèque de l'Ecole des Charles , t. XLIV (i883), p. 394-297.
2. Chef-lieu do canton de la Loire-Inférieure, arrondissement de Nantes.
3. La dernière pièce connue, écrite par son ordre, est datée du 3o juillet i29.r> (Bordier, XVI).
4. L’an de grâce .m. .cc. .un**, et quinze lendemain de la Tiephaine (épitaphe con¬ servée par Dom Gillesson, Bibl. Nat. fr. 24oGG, P 1G8 r°, et 19842, P 379 r°). C’est donc à tort que Fél. Aubert, le Parlement de Paris de Philippe le Bel à Charles VU, sa compétence, ses attributions, p. 3o3, place Beaumanoir (d’après M. Suchier qui d’ail¬ leurs ne dit rien de pareil) parmi les conseillers ayant siégé au Parlement en 129G.
5. M. Borrelli de Serres, loco citalo, p. 218, note 9, dit que les panégyristes de Beaumanoir se sont bien gardés de faire remarquer qu’en dépit de sa science de juriste et de l'habileté de son administration, il est mort débiteur du Trésor pour des sommes considérables. Cette conclusion tirée, je crois, des comptes de Robert de Villefranche, successeur de Beaumanoir (Bibl. Nat. lat. 90G9, p. 889), est entachée de quelque exagération. Ces comptes me paraissent simplement prouver ou qu’une mort subite ou qu'une maladie longue et pénible avait mis le bailli de Senlis dans l’impossibilité d’apurer ses registres.
6. Cette tombe existait encore au xvif siècle. Dom Gillesson en a donné une des¬ cription. Cf. Bordier, p. 44*45.
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SES ŒUVRES.
XIII
seconde, Mabille de Boves, peut-être fille d'Enguerrand de Boves et dans ce cas la dernière héritière directe de la famille des sires de Boves, branche cadette de la maison des comtes d’Artois, mourut en 1304*.
Beaumanoir eut plusieurs enfants, car il est question d’un primoge- nitus domini Philippi de Bello Manerio dans un arrêt de la Toussaint 1 396 *. M. Bordier a rendu probable l’opinion que ce primogenilùs est Raoul de Remin , chanoine de Soissons, qui servit de secrétaire à son père pour la pièce de 1396 indiquée ci-dessus (p. mi, note 3). Deux autres fils de Beaumanoir seraient : Jean et Gilles de Remin , deux frères, tous deux chanoines de la cathédrale de Noyon, souvent cités dans les comptes royaux de i3oo à i3i6 (Bordier, p. 65). On ignore du reste absolument ce qu’ils sont devenus, et c’est sans preuves que Moréri et d’autres généalogistes ont fait des Beaumanoir du Cler- montois la souche de la famille de Beaumanoir-Lavardin.
§ 3. — Les œuvres de Beaumanoir.
Jüsqu’à ces dernières années, on ne connaissait des poésies de Beaumanoir que celles qu’avait publiées M. Suchier. M. Jeanroy, dont les méthodiques investigations sont coutumières d’heureuses découvertes, a retrouvé et publié récemment1 * 3 onze chansons, dont dix au moins sont certainement de Beaumanoir; dans deux d’entre elles son nom figure en toutes lettres : pour huit autres, l’examen critique qu’en fait M. Jeanroy ne laisse aucun doute. Nous avons déjà eu l’occasion d’en citer quelques-unes. Ce ne sont pas d’ailleurs des compositions bien remarquables ; la versification est négligée. On y trouve cependant de la grâce, une certaine chaleur et de la sin¬ cérité dans les sentiments, de l’aisance dans l’expression. Je crois avec M. Jeanroy qu’il faut considérer ces chansons comme des œuvres de début ; la déclaration que Beaumanoir fait au commencement de la Manekine :
... Moût petit sai de clergie Ne onques mais rime ne fis. (v. 32-33.)
n’est sans doute qu’un artifice de poète pour paraître modeste et donner plus de prix à son œuvre.
La Manekine , récit dont l’origine apparaît dans l'Angleterre sep¬ tentrionale et qui comprend 8590 vers, est une œuvre prolixe, où les transitions sont lourdes et les caractères vagues, mais les descrip-
1. Dom Gillcsson, Inco cilato.
3. Olim, II. 'ioi, ix.
3. Dans la Bomania, t. XXVI (1897), p. 617 9«q.
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XIV
INTRODUCTION.
tions sont d’un homme qui a une imagination riche et une bonne connaissance de la vie courtoise.
Jehan de Dammartin et Blonde d' Oxford (6282 vers) est le meilleur des ouvrages poétiques de Beaumanoir. 11 est plein d’une charmante fraîcheur, et il a « ce mélange de grâce et de vigueur qui est le propre de la jeunesse » (Suchier). La Manekine a été écrite vers 1270; Jehan et Blonde doit être placé un peu après 1 27^ (Suchier, p. îx, xx et en).
Outre ces deux pièces capitales, Beaumanoir a composé un Salu d'amours (io48 vers), un Conte d'amours en strophes de 12 vers, un récit moral, le Conte de foie largece l, deux fatrasies , un lai d'amours, une paraphrase de l'Ave Maria , un Salut à refrains 2.
Si Beaumanoir a été un poète aimable, souvent gracieux, parfois fin psychologue, de beaucoup au-dessus de la plupart des versifi¬ cateurs de son temps, il faut bien reconnaître que ce n’est pas à ses vers qu’il doit le plus sur et le plus éclatant de sa réputation, mais à son livre des Coutumes du comté de Clermont en Beauvaisis u.
La date de 1283 que donne l’explicit ne nous lixe que d’une ma¬ nière approximative sur celle de la composition de cette grande œuvre, qui, si elle a été écrite ou dictée dans le court laps de temps qui sépare les deux premières charges de Beaumanoir, a été certai¬ nement revue et remaniée à plusieurs reprises.
Il n’est pas bien difticile d’en trouver des preuves dans le texte môme. Toutes les fois que Beaumanoir a à se référer à une autre partie de son livre, il indique le passage antérieur par si comme il est dit ou il a été dit , le passage postérieur par si comme il sera dit ou nous en parlerons , ou toute autre formule analogue. 11 en résulte que le § 55o parait avoir été rédigé après le chapitre des sousaagiés (chap. xvi), car, faisant allusion à certains droits des mineurs, Beaumanoir dit : si comme il est dit, or c’est le chapitre suivant4. A la lin du § 75i,4il rappelle c\\ï usages ne vaut riens contre seigneur si comme vous orrés ou chapitre qui enseigne quel usage valent et liquel non. Or le chapitre des usages est le xxiv® et le § 75 1 est au chap. xxvi. La première phrase du § 1100 est tout à fait caractéristique : nous souvient il d'une fraude qui avint ou tans que nous fismes cest livre à.
1. Sur ces petites pièces, cf. Ed. Schwan dans les Romanische Studien, publiées par Ed. Boehmer, IV, 35i-4io.
2. Publié également dans le Recueil général des Fabliaux de MM. de Montaiglon et G. Raynaud, t. VI, p. 53-67. Cf. J* Bédier, les Fabliaux, p. 345-347.
3. C’est le titre exact qu’il convient de leur donner ($$ 1, 682). Nous avons cru cependant qu'il était mieux, pour ne pas troubler des habitudes respectables, de con¬ server celui sous lequel elles sont universellement connues, aucune confusion n'étant d’ailleurs possible.
4. Voyez aussi SS 602, 788, i337-i33cj, 1 536, i537, 1762, etc.
5. Il eût été intéressant et utile de retrouver la date à laquelle cette affaire est
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si:s CKÜVItES.
XV
Évidemment ce paragraphe a été ajouté un certain temps après l’achèvement de l’ouvrage. Le § 1 1 53 est aussi le résultat d’une ré¬ flexion tardive. Beaumanoir ne s’est plus rappelé exactement et n’a pas voulu rechercher où il avait dit alieurs que li jugemens de meins de .11. hommes ne doit pas estre tenus pour jugemens ne pour .1. seul tesmoing nus ne gaaigne sa querele. 11 a bien parlé du second cas au § 1 1^9, mais c’est au § 1 184 et dans le chapitre xl (ce qu’il annonce du reste au § 1 1^9) qu’il traite complètement de cette ques¬ tion, et quant au premier cas il s’en occupe seulement au chap. Lxvn, et c’est dans les §§ i883 et 188/4 qu’il pose le principe.
Pour une de ces additions, il est peut-être possible de fixer une date. De son séjour en Angleterre et en Écosse — on l’a déjà re¬ marqué 1 — Beaumanoir n’a rapporté aucun souvenir qui se réflète dans ses Coutumes : sa jeunesse assurément et son inexpérience en sont causes. Au début de son livre ($ 6) il indique soigneusement quelles autorités il citera à l’appui de son enseignement, et réelle¬ ment il n’en cite aucune autre, sauf en un cas et dans une digression* comme le dit M. Bordier, tirée de fort loin. Après avoir parlé des révoltes des communes (§ 885), il introduit tout à coup et d’une manière assez artificielle un exemple étranger à la France, — où il aurait pu en trouver de plus caractéristiques — et il l’expose d’une manière et dans des termes dont les inexactitudes donnent l’im¬ pression d’un résumé fait non d’après un texte, mais sur un récit entendu et répété. Ne semble-t-il pas légitime de voir dans cet exposé de la ligue lombarde un écho de ses conversations à Rome ? S’il en est ainsi, le § 886 a été écrit postérieurement au mois d’avril 12892.
Ces remarques, appuyées par celles que nous suggérera plus loin l’étude du texte tel qu’il résultera de la comparaison méthodique des manuscrits, montrent bien que nous nous trouvons en présence d’un livre qui, écrit d’un seul jet avec une sûreté et une rapidité plus d’une fois remarquées, a été complété à des intervalles plus ou moins éloignés, mais n’a jamais été l’objet de la révision dernière, attentive et soignée, qu’aurait faite un homme du caractère méti¬ culeux de Beaumanoir au moment de le donner à ceux pour qui il
venue en appel devant le roi. Malheureusement les Olim ne contiennent rien qui s’y rapporte et toutes mes recherches dans d’autres voies ont échoué également.
1. Bordier, p. 32.
a. M. Laboulaye qui admet aussi (p. khi-hk 3) que cette digression est une addition, dit: « Nous savons et lui-mème nous apprend quelles impressions il rapporta de ce vojage dans un pays où la liberté des villes se déployait alors avec tant d’énergie. Ce passage de son livre est un des plus curieux témoignages qui nous restent de l’eflet que produisit sur les seigneurs féodaux de France ce grand mouvement de liberté qui rappela les cités italiennes k la vie politique et de la conclusion pratique qu*ils en tirèrent. »
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XVI
INTRODUCTION.
•était écrit. En un mot l'œuvre de Beaumanoir, telle que nous la pouvons connaître, est un brouillon commencé vers 1280 !, achevé en 1283 2, ayant subi à des époques impossibles à déterminer, — sauf une en 1289-1290, — des additions et des corrections faites au hasard des souvenirs et des circonstances.
Si cette constatation n’a pas d’importance pour la langue de l’au¬ teur, elle en a une très grande au point de vue de la composition et de l’unité de son œuvre, car elle en explique les incorrections, les répétitions et les contradictions 3.
Elle explique aussi que les savants distingués qui ont discuté du plan de l’auteur n’aient pu s’entendre sur une chose à première vue aussi simple, les additions qu’il a faites en ayant dérangé l’ordon¬ nance et obscurci la clarté.
Elle ne nuit d’ailleurs pas a la valeur de la doctrine ni ne dimi¬ nue l’estime que méritent à Beaumanoir sa science profonde du droit, son amour ardent de l’équité, sa sollicitude éclairée pour les droits et les intérêts de tous, son humanité, provenant d’une piété solide et éclairée, sa tolérance, son dédain des superstitions, son horreur des querelles et des procès, sa haine vigoureuse du mal4.
Ces qualités, ces vertus, évidemment entretenues, développées par <le nobles traditions et par l’éducation familiale, sont dans la nature même de l’homme qui en a fait un si bel usage.
Mais cette connaissance si complète de coutumes parfois obscures, d’usages souvent contradictoires, d’une procédure compliquée et tra- cassièrc, cette connaissance qui, à son époque, ne peut être que le résultat d’une très longue pratique, comment un homme de 29 à 3o ans a-t-il pu l’acquérir et se l’assimiler aussi profondément ?
1. Le S 1 a été écrit évidemment pendant que Beaumanoir était bailli: pour ce g ne nous nous sommes entremis de garder et de fere garder tes drois et les coustumes de ladite conleè.
2. U y a lieu de remarquer tout au moins que les jugements du Parlement que nous avons pu retrouver (SS A3'» et 1779) appartiennent à l’époque de sa judicature à Clermont : il les avait donc vu rendre à une dos assises où il assistait en raison de sa charge, puisque le second n’intéresse pas le Clermontois. Le duel entre Renaut de Beaurains et Gillot de la Iloussaye a eu lieu en 1282 ou 1283 (ou tans gne nous fesions cest livre, $ 1770). U en est très probablement de même pour les cas jugés dans les châtellenies ou los prévôtés voisines. Le plet du conte de Gaines, $ 1977, pourrait avoir quelque rapport avec un jugement qu’on trouve dans les Olim , 11, i/|6, xxii, à la date de la Toussaint 1279, mais il est trop brièvement rapporté pour l’identifier avec certitude.
3. SS 935-909, 970 et 983, sur lesquels cf. Glasson, Histoire du droit et des institu¬ tions <le la France, Vil, 298-299; $$ 73g et 10/19, etc.
!i. Voyez surtout SS 3» 336, 533, 5'ig, i535, i53g, 1647, 1099, iGo'i, 1600, 1982. Beaumanoir est le premier écrivain profane du moyen âge qui ait employé le mot d’Au- manilé (S 1 5^7 et 1299) avec la signification de a sentiment actif de bienveillance pour tous les hommes », cette vertu qui est le fondement même du christianisme. Voyez Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française, t. IX, p. 776, sub verbo.
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SES ŒUVRES.
XVII
M. E.-J. Tardif1 a supposé que le père de Beaumanoir avait été son premier et peut-être son unique maître. Probablement en effet le premier Philippe de Remi était un homme de haute valeur et il dut prodiguer ses enseignements à son fils, mais nous le voyons exercer pendant 10 ans dans le Gàtinais, puis enjambant le Beauvaisis, ré¬ sider à Arras. 11 ne semble pas qu’aucune des positions où nous le trouvons ait pu lui permettre d’étudier et de connaître parfaitement les coutumes du comté de Clermont. D’un autre côté nous ignorons totalement ce que Beaumanoir fit depuis l’époque présumée de son retour en France, vers 1270, jusqu’à celle où brusquement nous le voyons occuper une charge des plus importantes. 11 n’a pu arriver au bailliage de Clermont sans avoir passé par des emplois infé¬ rieurs 2. C’est là sans doute qu’il s’est perfectionné dans la science et dans la pratique des coutumes du Clermontois auxquelles il avait déjà été initié par la situation de sa famille établie dans le pays de¬ puis au moins trois générations.
Ces conjectures fort probables permettent de comprendre en partie comment le praticien s’est formé, mais elles n’expliquent pas com¬ ment, par quelles lectures, le juriste s’est préparé à écrire. Nous n’avons pas à entrer ici dans la discussion d’une question qui est du domaine de l’histoire du droit. Controversée depuis 1840 et non encore résolue, elle a été résumée en ces termes de la façon la plus spirituelle par un des savants qui y ont pris part * : « Beaumanoir a eu sous les yeux l’Ordo judiciarius de Tancrède, écrit Daniels 4. Les divisions de ces deux ouvrages se ressemblent fort et cette ressem¬ blance trahit une imitation de la part de Beaumanoir. — Je crois que ce sont les grandes divisions du Digeste qui, en partie du moins, l’ont guidé, assure à son tour notre regretté H. Bordier*. — Non pas, reprend M. Gross. 11 avait lu un certain Ordo judiciarius que je viens de découvrir et de publier. Le plan des deux auteurs présente certaines analogies. Je retrouve de part et d’autre les mêmes pro¬ cédés littéraires. Enfin je crois être en mesure de signaler quelques emprunts*. — Un quatrième critique suggère une observation indé¬ pendante des précédentes. Beaumanoir, suivant lui, a dû lire les Établissements de saint Louis. 11 aperçoit dans l’ouvrage quelques traces de cette lecture 7 . — Un cinquième et dernier critique se hâte
1. Bibliothèque de V Ecole des Chartes, t. XL (1879), p. 470.
а. Noua avons vu qu'il faut en tout cas écarter celui ae prévôt de Nanteuil-le- Haudouin.
3. P. Viollet, Histoire du droit civil français, p. 186-187.
4. Daniels, System and Geschichte des franzôsischen Civilprocessrcchtes, 1849, t. I,
p. 37.
5. Loco citato, p. 376-384.
б. Gross, Incerti au cloris Ordo judiciarius , Innsbrûck, 1870, p. 76.
7. Etablissements de saint Louis, I, p. 33a-335.
I. b
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XVIII
INTRODUCTION.
de rejeter celte conjecture1. » Si à ces cinq études nous joignons les articles déjà signalés de MM. Laboulaye et Lajard5, nous aurons donné au lecteur l’indication à peu près complète des travaux qu’il est utile de connaître pour apprécier la portée et la nature du Livre des Coutumes du comté de Clermont.
Un point sur lequel tout le monde du moins est d’accord, c’est pour reconnaître à ce livre qui n’est pas une rédaction officielle des Coutumes, mais à proprement parler un traité de la doctrine et de la pratique de ces coutumes, un caractère d’originalité et de per¬ sonnalité, résultat de la lucidité et de l’indépendance d’esprit de l’auteur, que l’on trouve bien rarement dans les œuvres juridiques du moyen âge.
§ 3. — Les manuscrits des Coutumes.
Des nombreuses copies faites de l’œuvre de Beaumanoir, onze seulement, — treize si l’on compte celles qui ont été exécutées au xvu® siècle d’après des manuscrits conservés — nous sont parvenues. Aucune n’est l’original. Ces copies sont :
A. Bibliothèque Nationale 11602 (anc. supplém. franç. 3o83). Hauteur, 398 millimètres; largeur, 310 millimètres. Ms. en par¬ chemin ; 246 feuillets à 2 colonnes par page. Cahiers de 8 folios avec réclame, sauf deux ou trois exceptions. Une place a été réservée eu tète de chaque chapitre pour des miniatures qui n'ont pas été exé¬ cutées. Écriture gothique régulière. Ce ms. est de l’extrême fin du xiiic siècle, peut-être des premières années du xive siècle. Bien que l’un des plus anciens, il est postérieur à la mort de Beau¬ manoir puisqu’au fol. 2i4d (§ 1722) il donne à Louis IX le titre de « saint » 3. Après l’explicit commun à tous les mss. le co¬ piste a ajouté : Ilic liber est scriptus. — Qui scripsit sit benedictus. — Explicit liber iste. Col. d. Fl. cl. s. li. i. Comme ce ms. a certaine¬ ment été exécuté dans une région limitrophe du Beauvaisis et de l’Ile-de-France, je crois qu’on peut interpréter les abréviations ainsi : Collibertus (ou Colinus ) de Floriaco \ clericus , scripsit librum istum. Acheté par la Bibl. royale en 1847 à la ven^e du marquis de
1. Rod. Dareste, dans Journal des Savants, 1889, p. 6/47-G48.
2. Ajoutez encore Paillard de Saint- Aiglan, dans sa Notice sur J. Boutillier, Bi¬ bliothèque de l’Ecole des Chartes, 2* sér., t. IV (i8'i6-i8&8), p. 123-12G.
3. Au $ 1701, il dit simplement « le bon roi ». Peut-être pourrait-on admettre qu’il a été commencé avant la canonisation do saint Louis et terminé après. Voyez ci- après, p. 2, note 2 du $ 1.
fi. Fleury, canton de Chaumont-en-Vexin, arrondissement de Beauvais.
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LES MANUSCRITS DES COUTUMES.
XIX
Coislin *, dans la famille duquel il était entré lors de la vente de la bi¬ bliothèque du président Chrétien-François de Lamoignon, marquis de Boisvillc, au commencement de ce siècle, le ms. A avait été acquis par celui-ci, alors qu’il était avocat général 2, de M. de Louettière, avocat au Parlement. La Thaumassièrc suppose qu’il a été auparavant entre les mains de Loys Charondas Le Caron, « et, dit-il, si je me trompe dans ma conjecture, au moins il est certain qu’il a appar¬ tenu a Benjamin Charondas Le Caron, procureur du roy a Clermont en Beauvoisisa. » Je ne sais sur quoi La Thaumassière appuyait cette conjecture que rien ne justilie dans le ms. même ni à l’égard du fils, ni à l’égard du père ; tout au contraire l’examen des quelques citations de Bcaumanoir qu’on trouve dans les œuvres de Loys Le Caron conduit à admettre qu'il possédait un ms. apparenté à G1. Quoi qu’il en soit, À a été utilisé par La Thaumassière pour son édition. Exécuté avec beaucoup de soin, collationné et corrigé comme l’indiquent les annotations en marge qui correspondent à des mots grattés et refaits, écrit presque régulièrement dans le dialecte de l’Ile-de-France, c’est un des mss. les plus rapprochés de l’original. Il a peu de lacunes, n’omet aucun paragraphe entier et n’a que deux interpolations (§§865 5 et 987) dont la dernière en commun avec B. Il contient la conclusion .
B. Bibl. royale de Berlin, Hamilton iq3. Hauteur, 26 centimètres : largeur, 18 centimètres. Parchemin ; 246 folios à 2 colonnes par page ; les trois premiers et les deux derniers non numérotés sont restés en blanc ; 74 miniatures. Plusieurs scribes ont collaboré à sa confection, mais il y a tant de ressemblance entre leurs écritures qu’il est difficile de déterminer par leur seule comparaison où finit le travail de l'un et commence celui de l’autre. L’écriture est, sauf en
1. Cf. Bibliothèque de l’Ecole des Chartes , 2e série, t. IV, p. 192, et Léop. Delisle, Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, II, 299.
2. C’est du moins ce qui résulte des termes dans lesquels La Thaumassière en parle. Coutumes de Beaavoisis, avertissement.
3. Coutumes de Beauvoisis, avertissement.
4. Voyez ci-après, p. xxix.
5. Si on considérait ce pa*«nge comme authentique, son omission dans C et dans 3 pourrait à la rigueur s’expliquer parce qu’il est très court et se termine par les mêmes mots que le $ 805. Mais une lacune analogue dans *" serait beaucoup plus -difficile à comprendre. Considérée en elle-môme, la phrase parait bien comme inter¬ calaire, car elle n'est guère dans la manière de Beaumanoir. Et s’il est constant que 4es roturiers pouvaient aux xn* et xiu* siècles acquérir des fiefs ( voyes Paul Vlollet. Histoire du droit civil français, 2* édit., p. 6Vi-643, et Glasson, Histoire du droit et des institutions de la France, VII, 25), il ne faut pas oublier que Beaumanoir répugne à cette faculté contre laquelle il invoque l'autorité d’une ordonnance ($ 1 '4 9 G et ia3o). Il est donc peu probable qu'il ait prévu la punition d’un cas qu’il considérait comme ne devant pas se produire. Le $ 8G7 qui envisage un homme de poosté manant eu franc fief est la suite logiaue du $ 806, mais il n’y a pas la même corrélation entre .'e passage en question et le S 865, puisque le premier ne fait que gloser le second.
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XX
INTRODUCTION.
un passage écrit après coup, une bonne gothique de la fin du xiir® siècle ou du commencement du xive, mais aucune indication de date ne permet de préciser l’époque de l’exécution l. Des réclames indiquent des fins de cahiers aux fol. 12 v°, 96 v°, i32 v°, i63 v°, 2o5 v° ; mais comme ces réclames ont été aux deux tiers rognées par le cou¬ teau du relieur, il est très probable que les autres l’ont été complè¬ tement ; ainsi au fol. 178 doit commencer un nouveau cahier, la différence des écritures étant très accentuée ; de môme au fol. 194. car la fin du ch. lx manque et le scribe du fol. 193 a écrit aussi serrées que possible les dix dernières lignes sans cependant pouvoir terminer son chapitre. La grosseur des cahiers varie entre 8 et 13 folios. Les fol. i38 r° à i54 v® forment un cahier intercalé à une époque indéterminée, écrit par quatre ou cinq copistes et ayant des blancs provenant de la non concordance des feuillets originaux avec la copie. La fin de la colonne c et la colonne d du fol. 162 sont d’un autre scribe que le commencement du fol. ; le fol. 1 54 a été écrit par trois copistes et aucune colonne n’est complète ; le même fait sc renouvelle aux fol. 176, 177, 178, 179. Chaque scribe a sa graphie particulière pour certains mots, mais la fréquence des formes telles Jilg , perilg, conseilg dans les différentes parties du ms. en atteste l’unité de direction et la communauté d’origine, en môme temps qu’elle indique qu’il a dù être exécuté à Senlis ou dans la région *, localisation qui 11’est pas démentie par les caractères linguistiques généraux qu’on y peut observer et qui sont à peu de chose près ceux du nord de l’Ile-de-France. Ce ms. a été acquis par la Bibl. royale de Berlin à une des ventes de la collection Hamilton ; j’ignore comment il était entré dans cette collection. D’après une note autographe3 collée au commencement du volume il appartenait, en décembre 1784» à M. Bucquet de Bracheux (1731-1801), alors procureur du roi au bailliage de Beauvais, qui avait entrepris avec le chanoine Danse et le lieutenant civil Borel, depuis président du tribunal, une
1. L’absence de l’épithète do saint à Louis IX n’est pas probante pour un terminux a quo.
a. Cf. Paul Meyer, dans la Romania, XXI, 627, et XXVI, i^5.
3. Voici cette note très intéressante par la mention qu’elle fait du ms. J : « Coû¬ tâmes de Beauvoisis, par Philippe de Beaumanoir, né à Remi près Pont-Sainte— Maxence, diocèse de Beauvais, grand bailli do Clermont en Beauvoisis du tems de S. Louis. — Les savans qui ont vu ce ms. le jugent nécessaire pour procurer une édition plus ozacte que celle de 1690, in-folio, de cet ouvrage si précieux pour l’his¬ toire de notre droit public. — On regarde ce ms. sinon comme original, au moins comme approchant extrêmement du tems de l’auteur. (1 existe d’ancienneté et on a lieu de croire qu’il a toujours existé dans sa Province. — Si l’on travailloit a une nouvelle édition, je pourrois communiquer un autre ms. moins ancien, mais qui a son mérite, joint surtout aux notes du savant professeur, M. Danse, docteur de la maison et Société de Sorbonne, chanoine de l’église do Beauvais. — Bucquet de Bracheux..
— Xbrei784. »
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LES MANUSCRITS DES COUTUMES.
XXI
Histoire du Beauvoisis1 * 3 4 *. Une autre note de Bucquet, au v° du troisième folio, apprend qu’il tenait l’ouvrage « de M. le mareschal de Pri- court, lieutenant particulier au présidial de Beauvais, son parent et oncle de Mme Bucquet, mort le ... 177... » Ce ms. a été signalé pour la première fois et sommairement décrit par M. Blondel dans la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, t. VII, p. 21 1-223. Outre les Coutumes (fol. i-234b), il contient: une poésie pieuse en 6 strophes de 5 vers octosyllabiques rimant en -er, plus un en -ir, et une strophe finale de i5 vers rimant en -ir* (fol. 234e-234d), écriture duxiv®-xv® siècle; les Coutumes de France dia- loguées3 (fol. 235a-239d), écriture du xiv®-xv* siècle; une Coutume de Veulquessin le François (f° 2 4oa-24ic), publiée par M. Blondel dans l’article précité, écriture du xv® siècle. Ce ms. qui est complet, sauf l’omission du g 1 i4 et celle qui a été signalée déjà au chap. lx (^§ 1706 en partie, 1707 et 1708), est avec A l’un des meilleurs. Il n’a que l’interpolation du § 987 et contient la conclusion.
C. Bibl. Nat. 45i6 (anc. 9440 6, Colbert i658). Hauteur, 32 cen¬ timètres; largeur, 24 centimètres ;# 2 56 folios en parchemin à 2 co¬ lonnes par page. Réclame à la fin des cahiers qui sont en outre numérotés jusqu’au cahier 20, sauf le premier, le trentième, le trente et unième et le trente-deuxième qui n’ont ni réclame, ni numéro ; 8 folios au cahier, le dix-septième par exception a 10 folios et le der¬ nier seulement 6. « Escrit par le main Bauduin l’enlumineur de Noyon 4 », ce ms. est franchement picard. En bas des fol. 25o v° à 205 v° et sur le fol. 256, on a copié au xv® siècle les Gieus de nature le roy Salemon que il envoia a la roine Sebile (ms. Seblie). C’est un recueil de recettes médicales et autres. Après l’explicit de Baudouin on lit ; « C’est a A[ndré] Petit p[restre] », écrit au xve siècle ; au¬ cune autre indication ne permet de retrouver par quelles mains il a
1. Cette rédaction qui s’arrête au xi® siècle se trouve aujourd’hui dans la Biblio¬ thèque de M. le comte Caron de Troussuros à Troussures (renseignement obligeam¬ ment communiqué par M. l’abbé Renct, chanoine honoraire de Beauvais). Bucquet de Bracheux avait, sur un exemplaire de l’édition des Coutumes par La Thaumassière, aujourd’hui en ma possession, commencé une collation du texte imprimé avec B et J. Voyez mon article dans la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger , 4. XXIII, p. 655, et sur Bucquet, voyez Mémoires de la Société académique de l’Oise, 4. I(i863), p. 43-5o.
1. Elle débute ainsi : « Qui veult en paradis aler — Pour avoir joye sans finer — Et le sentier ne scet trouver — Icy pourra considérer — La voye qui lui doye mener — M[aisJ qui le veulle retenir. » Fin : « Se tous les poins veulx acomplir — Ne pourras a grant bien fallir. — Et sit finis, s
3. Voyez Bordier, dans Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, a® série, t. V (18&9), p. 45. Le texte du ms. de Berlin est plus exact que celui de B. N. lat. 46 43, mais ÏJ n’a pas les deux derniers paragraphes.
4. Après Noyon on lit, à l’encre bleue et d’une écriture très rapprochée de celle
du ms. : Gyllet son, puis un mot gratté commençant par une 5 ou une f.
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XXII
INTRODUCTION.
passe avant d’être acheté pour Colbert. C’est un ms. fortement rema¬ nié et interpolé (§979» etc.) ; il a de nombreuses lacunes et omet en partie les §§ n3, 344* 349* en entier les §§ 345 à 348, 565 à 567, 1930. Il parait cependant avoir seul conservé la leçon de l’ori¬ ginal au § 1923 et peut-être au § 1909 C II a la conclusion. Utilisé par La Thaumassière, il a été connu de Beugnot qui le désigne par la lettre B (i°) et en a tiré des variantes souvent peu heureuses.
D. Bibl. Nat. 8357 (anc. 9850). Ms. du xvic siècle ; 242 fol. in-4°. Textuellement copié sur C dont il reproduit jusqu’à la graphie, et par conséquent sans utilité. Il n’a d’ailleurs que les 49 premiers chapitres. Beugnot lui donne le n° 20 ; mais rien ne me prouve, quoiqu’il en dise (t. I, p. cxxvm), que ce soit le ms. dont La Thaumassière a eu connaissance en premier lieu.
E. Bibl. du Vatican, fonds de la reine Christine io55. Ms. de i4o fol. vélin, de 280 millimètres de hauteur sur 202 de largeur, à 2 colonnes par page ; les cahiers sont de force variable et non numé¬ rotés. Écrit en i3oi par plusieurs copistes qui ont travaillé sous la direction de l’un d’entre eux quc.l’explicit nomme seul : « Durant le Normant, clerc, de la cauchiede Pinkcgni2. » Plusieurs ex libris indiquent qu’il a appartenu à des Beauvaisins dont les noms sont devenus illisibles, avant de passer entre les mains du conseiller au parlement Paul Petau ( 1 568- 1 6 1 4) dont la bibliothèque fut en grande partie acquise par la reine de Suède Christine. A la mort de celle-ci il entra à la Vaticane avec ses autres collections. Signalé une première fois par Mont faucon 3, mentionné par Paul Lacroix 4, il a été décrit d’une façon plus exacte par M. Ern. Langlois 5. Picard par son origine, ce ms. l’est aussi par la langue. Il est assez fidèle et m’aurait rendu d’utiles services s’il ne présentait de nombreuses et importantes lacunes6: $ 1 1 4 ; du § 806, est a la fois..., jusqu’à l’explicit du chapitre xxix 7 ; §§ 846, 847, 921 : du § i368, Veusl
1. Je n’ai pas admis à ce paragraphe la leçon de C, bien que la phrase soit un peu obscure, parce que entent peut très bien signifier entent dire et que ce n’est pas sur ce point, le seul douteux, que porte l’addition de C.
а. Picquigny. chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Amiens (Somme). C’est le ms. ancien dont le lieu d’origine est le plus éloigné de la région où Beaumanoir passa la plus grande partie de sa vio.
3. Bibliotheea Bibliothecarum manuscriptorum nova, éd. 1789, t. I, p. g3 A.
/j. Bapport sur les manuscrits relatifs à V histoire de France et d la littérature française conservés dans les bibliothèques d'Italie, p. 67.
5. Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothè¬ ques, t. XXXIII, a" partie, p 96-96.
б. Une lacune qui comprenait les fol. 37 à 03 (S bien est rcsons quil, jus¬ qu’au $ 70a, estimaçions doit estre fete a la, la fin de la colonne c et la colonne d sont restées inutilisées) a été comblée au xiv" siècle d’après un ms. apparenté à la famille j3.
7. Voyez ci-après t. I, p. fn4, var. n.
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LES MANUSCRITS DES COUTUMES.
XXIII
acheté , cil .... jusqu’au § i635,... justicié comme ataint de rat ; §§ 1637 à 1639; ^ 1640 jusqu’à veut fere fere ; 1 644 * i883. Ces
lacunes exceptées, E présente un texte bon dans son ensemble. 11 contient la conclusion.
F. Bibl. du Vatican, fonds Ottoboni 1 1 55. Ms. in-4°du commen¬ cement du xive siècle ; i43 fol. en parchemin non numérotés, à 2 colonnes par page. Sur le feuillet de garde plusieurs cotes anciennes, mais aucun nom de propriétaire. Il a appartenu à Auguste Galland, ou du moins il a été entre ses mains *. An début une miniature re¬ présentant un clerc agenouillé devant la Vierge et l’enfant Jésus qui sont assis sur le même siège ; la page est encadrée d’ornements avec en bas des sujets de chasse. Cahiers de 4» b ou 8 folios avec réclame : le relieur a mal plié la feuille formant le premier et le dernier folios du cahier fol. 43 r°-3i v'\ de sorle que le chap. x\ commence au fol. 5i r° et que le chap. x\i qui commence au fol. 5i v° se con¬ tinue au fol. 43 r°. Pas d’explicil de copiste. L’écriture et la graphie sont picardes et l’œuvre de plusieurs scribes. Ce ms. a été signalé par Montfaucon * qui indique la cote S. \. G7 encore existante, et som¬ mairement décrit par M. Ern. Langlois3. Il omet les ii4» G33, 1098, 1 1 1 3 (Guillaumes fust...) à 1127 (... celui (jui ele estoit ) 4, i4 1 2 ( doivent estre moies ...) à i45i (naturelment si comme...), et, comme E, les §$ 1637, iG38, 1(139, iG4o jusqu’à veut fere fere..., le g 1644. Quelques annotations et le récit de deux jugements rendus à Clermont en i3o3 (f« 20 v», § 263-2G5) et i32i (f° 33 v°, § 49b) sont écrits en marge. Texte assez exact, de la même valeur que E ; contient la conclusion 5.
G. Bibl. Nat. 24o5q (Missions étrangères 1 33) . Petit in-4° de 263 fol. papier; 27 centimètres de hauteur sur 193 millimètres de largeur. Explicit : Completus fuit anno Domini .m°. .iih°. .xliii0., die .xiii°. mensis decembris. Au-dessous la signature du copiste : Mo -
1. En effet Galland cite dans son Traité du franc-alleu, éd. 1637, p. 89, le $ 70^,011 drus et prîtes (vnr. af , , autre (var. ai), rapprochent ce ms. do U et de E ; à la page 9O, il donne lo $ H>88. ou la var. o et la var. t> propres à F et reproduites identiquement dans son texte montrent que son ms. et F ne font qu’un.
2. Laeo citato, t. Il, p. 187 B.
3. Même recueil, p. a83.
4. Cette lacune est due à la perte par le rolieur ou à l’arrachement du double folio du milieu du cahier.
ê. Je dois beaucoup de ces renseignements sur E et F à MM. de Mantevcr et Puybaudet. archivistes-paléographe», qui pendant leur séjour à l’Ecole fr nçaise do Rome ont bien voulu me faire diverses collations jusqu'à ce que j’aie pu avoir la pho¬ tographie complète des deux mss., photographie que MM. Picard et tils ont fait exé¬ cuter à leurs frais avec un désintéressement dont je leur sais un grand gré. Je joins dans les rcmerciments que je leur adresse ici à tous, M. Poupardin, confrère de MM. de Manteyer et Puybaudet, qui m’a donné plusieurs indications complémen¬ taires
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XXIV
INTRODUCTION.
masi (?) pr[esbytero], puis un ex libris : Cet livre apartient à J. Le Hundoyer , demeurant au molins de Creil. Ce J. Le Hundoyer qui na¬ quit en i4a6 à Saint Just en Beauvoisis 1 et fut conseiller en court laie, a rempli le v° du fol. 262 et le r° du fol. 2 63 de notes sur lui et sa famille. Ms. exécuté avec assez de soin, mais non exempt d’in¬ terpolations, de modifications, d’omissions ni même de grosses lacünes (§§ 1169, iq34, 1935, 1936). La graphie est picarde, la langue parfois rajeunie ; la conclusion manque ainsi que dans tous les manuscrits suivants. Beugnot donne à ce ms. le n° 6° et le désigne par la lettre C ; il s’en est d'ailleurs à peine servi.
H. Bibl. Nat. 18761 (anc. Saint-Germain, Harlay 425). Hauteur, 3i centimètres ; largeur 22 centimètres. Ms. vélin de 198 fol. à 2 colonnes par page. Cahiers de 8 fol. avec réclame. Sur le premier folio une miniature représentant un comte (Robert de Clermont ?) recouvert d’un manteau bleu, assis sous un portique tapissé de losanges d’or et d’azur avec une fleur de Iis ; devant lui un clerc assis sur une chaise basse écrit sur ses genoux, paraissant copier un jugement dont on peut lire le commencement: A tous chax ql ches p 8 ; derrière ce clerc, d’autres debout, au nombre de 9 dont 4 sur le premier rang, vêtus de robes bleues, brunes ou rouges ; autour de la page un encadrement orné de figures d’animaux, en bas quatre animaux à figure humaine, costumés et dans des postures diverses ; l’un deux porte une banderolle sur laquelle on lit : Je sui U rnesagiers des bestes. Écriture picarde du milieu du xive siècle au plus tôt 2. Aux pages 35 bis, 37, 45, 5g, 82, 85, 87, 89, 91, 95, 1 55, i5q, 160, 171, 216, 217, annotations qui paraissent être delà main d’Ant. Loisel. Aux pages 99, 120, 123, 218 et à plusieurs rubriques que j’indique au courant du texte, notes écrites par Fauchet. Parla note de Pithou sur le ms. M, nous savons que H appartint à Ant. Loisel qui le communiqua non seulement à Pithou et à Fauchet mais aussi à Bignon 3. La description donnée par Peiresc dans I montre que H vint ensuite à Gui Loisel, deuxième fils d’Antoine. Avant d’entrer dans la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, il avait passé par celle du président Achille de Ilarlay. C’est dans ce ms. emprunté à Saint-Germain-des-Prés, que Du Cange a pris les nom¬ breux extraits de Beaumanoir cités dans son Glossaire de la basse latinité4. Exécutée avec peu de soin, probablement dans la région
I. Saint- Just-en-Chaussée. Voyez la note du $ 13^3.
3. Voyez p. xxxui.
3. « De civilibus quoque negotiis iltud ipsum Philippus de Beaumanoir testatur, cujus verba sant hæc cap. n, ex codice oplimi doclissimique viri Ant. Oiselli : Se li ajornemens est fais a relevee ou as vespres, l’eurre de la presenlacion... » ( Marculji monachi for- mularum libri duo, éd. i6i3, p. 533.)
4. Cf. vu Amendamentum, Assecuramentum, Bajulus, Campio, Bescussa, Vadium. Les
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LES MANUSCRITS DES COUTUMES.
XXV
Nord de Beauvais, ayant de nombreuses omissions, beaucoup de leçons fautives, cette copie a été choisie par Beugnot comme base à son édition où il lui donne la lettre A (4°).
I. Bibl. de Carpentras i838 (anc. Peiresc LXIH, tome a). Copie incomplète d’un ancien ms. qui appartenait à Gui Loisel, conseiller clerc au Parlement, chanoine de Paris, puis de Beauvais, mort le 20 décembre i63i. Il contient : le titre du ms. copié, une partie de la table, une description faite par Peiresc de son original, des extraits du prologue, des chap. 35 et 53 et l’explicit, le tout de la main de Peiresc, puis d’une autre main le prologue, la table, les chap. i, 46, 58 à 67. Montfaucon le mentionne l. Bien que la description minutieuse donnée par Peiresc de la miniature qui ornait le premier folio de son original donne immédiatement l’impression que cet ori¬ ginal est II, il y avait lieu d’hésiter à l’identifier avec ce ms. parce que Peiresc ne parle pas des autres ornements de la page. Mais diverses particularités appuient cette identification. Certaines abré¬ viations incomprises sont écrites dans I exactement comme elles apparaissent à l’œil dans H : dans pour d’aucuns (§ 1467), le pour terre (§ 1727, var. c), nestoit pour li estoit (§ 1892). Dans ce dernier paragraphe les noms propres sont abrégés ou entiers de la même manière que dans II. Au titre du chap. lxi, terminé par Fauchet, Peiresc 2 a lu: a et comment le pnt il fit appelé.... » C’est exactement ce qu’on lit h première vue dans H. Les rubriques des chap. lxvi, lwii, etc., incomplètes dans II le sont également dans I. L’iden¬ tification est donc assurée.
J. Bibl. du Tribunal de Beauvais, armoire C, 4« Volume in-4° ; 27 centimètres de hauteur sur 19 de largeur ; 353 folios en papier ; il manque 3 folios qui devaient contenir le prologue et la table jus¬ qu’à eslre mis hors et du péril de les enfraindre... (ch. lx). Les folios 346 et 345 ont été intervertis ainsi que 347 et 348. Écrit au xv® siècle, pas de signature de copiste, aucune indication d’origine. Langue cor¬ recte, très rajeunie. C’est le ms. du chanoine Danse dont parle Bucquet de Bracheux dans sa note du ms. B 3. Sur le verso de la couverture, on lit, écrit par le chanoine Danse : Ce manuscrit est de
légères différences graphiques s'expliquent soit par des fautes d’impression, soit par des erreurs de lecture et d’interprétation des abréviations, soit par un rajeunissement involontaire et instinctif des formes. Au mot Campio, après la citation du $ 1891 Du Gange dit encore: « Id etiam habel idem Bellomanerius cap. i3 : Li sires qui ses campions est recreans pert respons en court. » Je n’en fais pas état parce que je n’ai pu retrouver ce passage ni dans le texte, ni dans H, ni dans J K, pas plus dans le chap. i3 que dans les autres. Du Cange a dû ici faire erreur de source.
• 1. Loco cilaio, t. II, p. 1187 B-
a. Ce passage est de sa main.
3. Voyex ci-dessus, p. xx, note 3, et mon article. Notice sur les mss. de la Bibl . du Tribunal de Beauvais, dans la Bevue des Bibliothèques, 8e année (1898), p. 36 1.
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XXVI
INTRODUCTION.
1 3 1 5. V. la page xxvi v°, art. b a la fin *. Danse , chan e de Beauvais . Du même, sur la première feuille de garde: Composé en 1383. V. la dernière ligne de ce volume. Bucquet de Bracheux avait rédigé pour ce ms. une notice qui a été collée par un coin au plat de la couver¬ ture, et qui, sauf l’omission de « en Beauvoisisdu temsde S. Louis » et l’addition de « ce manuscrit est de 1 3 1 5 » après « du tems de l’auteur », est identique à celle du ms. qui lui appartenait ; elle s’arrête à « dans sa province ». Au verso de cette notice un extrait de Y Essai sur Y histoire générale de la Picardie par Devérité, t. 1, p. 4^8, relatif aux Coutumes de Beaumanoir et h l'utilité qu’en a tirée Montesquieu. Ce ms. n’avait pas été signalé et risquait de rester encore longtemps enfoui dans les armoires du Tribunal de Beauvais si M. Bourde de la Rogerie, archiviste du Finistère, n’avait pas eu à faire pour sa thèse de l’Ecole des Chartes des recherches au cours desquelles il entendit parler de l’existence probable d’un ms. de Beaumanoir à Beauvais ; la personne qui lui donnait ce renseigne¬ ment n’en parlait elle-même que par ouï-dire. Apprenant que je faisais des recherches pour arriver à découvrir quelque copie encore inconnue des Coutumes , M. Bourde de la Rogerie s’empressa de me communiquer ce qu’il savait. Ln voyage fait immédiatement me confirma l’exaclitude du renseignement dont je témoigne à son au¬ teur toute ma reconnaissance. Comme on le verra dans la classifi¬ cation des manuscrits, celui-ci est venu fort heureusement permettre de déterminer avec plus d’exactitude que par ses caractères paléo¬ graphiques l*àge du ms. H.
R. Bibl. Nat. 3^060 (Notre-Dame 13 1, olim F 18). Volume in-4° (396 millimètres sur 310), de 3i3 folios en papier dont 3 en blanc à la lin et 4 au commencement non numérotés. La table qui est re¬ portée après le texte se termine par : Hic liber Philippi de Beauma¬ noir fuitscriptus per me, Johannem Boullard, presbyterum, annoDomini .m°. .im°. nonagesimo tercio, in vigilia sancti Andree peractus , perti- nens viro venerabili Johanni de Mercadé (juondam maiori civitatis aime Belvacensis. En i656, le ms. appartenait à Augustin Vacquerie lequel mentionne qu’il a été conservé de temps immémorial dans sa famille. C’est donc par la suite qu'il vint à la Bibliothèque de l'Église de Paris. Les trois folios écrits précédant les Coutumes contiennent un dénombrement fourni à MRr de La Roche-Guyon pour le fief de Fresnes-l’Esguillon 2 par le bailli du lieu, alors Mar- cadé3, qui l’a écrit de sa propre main et signé, puis diverses notes
1. Il a été trompé par la date du modèle do procurât ton, $ 1^0. a. Arrondissement do 13eauvais, canton de Cbaumont-en-Vexin. 3. C'est ainsi que lui-mème orthographie son nom.
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LES MANUSCRITS DES COUTUMES.
XXVII
de procédure également de la main de Marcadé, l’ordonnance de Blois contre les blasphémateurs (a4 mars idio), enfin un itinéraire pour aller de Beauvais h Romesquam1. Les Coutumes viennent en¬ suite, sans prologue, et se suivent sans interruption. Marcadé y a fait plusieurs annotations et rectifications provenant d’une collation attentive. Les folios 3o3 r° à 5o5 r° contiennent, écrits par Mar¬ cadé, des notes de procédure, des préceptes juridiques, etc. Beugnot donne à ce ms. le n° 5°.
L. Bibl. d’Orléans 4oi (anc. M 343). Hauteur, 3oa millimètres; largeur, i83 millimètres. Ms. de 4*5 fol. en papier. Copié par une douzaine de personnes. M. Cuissard le date du xvnie siècle2 3, mais les fers délicats du dos de la reliure sont bien plus probablement du xvir siècle. Il n’a ni le prologue ni la table et s’arrête avant la fin du cliap. lxviii, au $ 1936 inclus. Il a été copié sur lv, mais comme il ne contient pas les gloses de K sur le $ 5oo, on ne peut le confondre avec le ms. Cliuppé2.
M. Bibl. de Troycs 6i5 (anc. bibl. du collège de l’Oratoire, fonds Pithou I E. a3). Petit in-folio carré de 245 fol., formant un recueil factice dont la première partie, du ix° siècle, est une exposition sur les Psaumes4. Les Coutumes commencent au foi. i38 r°, lequel a a colonnes par page ainsi que les suivants. Gothique mixte du xiv® siècle. Le texte est très remanié et incomplet ; il manque le ^ i a io et la fin depuis le § i343 (var. a*), milieu du chap. xliii. Ce ms. n’a d’ail¬ leurs jamais été continué, car le bas de la colonne c et la colonne d du fol. a45 sont vides. Au-dessous de la dernière ligne des Cou¬ tumes, Pithou a écrit: a Chc livre contient lxx tiltres ou chapitres en l'exemplaire de M. Loisel en fin duquel sont escrits ces mots : Chi fine Phi. de Biamanoir son livre quil fist des Coustiunes de Biavasis en Fan de rincarnacion Are Seigneur mil ,nr. .nu**. et .ni. Cix Diex li oiroit bonne fin qui régné et régnera sans fin . Il estoit bailly de Cler¬ mont comme il appert aux chap. 34 et 55. » Ce ms. signalé par M. Ravaisson en i84i 5. est mentionné par Beugnot, 1. 1, p. cwvij, note i.
Tel est l’état actuel et, autant qu’il m’a été possible de l’indiquer.
i. Aujourd'hui Romcscamps, arrondissement de Beauvais, canton de Formerie*.
a. Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de France, série in-8% départements, t. XII, p ao'j.
3. \ o ves ci-après, p. xxvm.
V Xoyez Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques des départe¬ ments, série in-'i®, i. II, p. aGo.
5. L’Institut, journal général des Sociétés et Travaux scientifiques de la France et de l’Etranger, II* section (sciences histor., archéol. et philos.), G* année n° Gy,
p. i5o.
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XXVIII
INTRODUCTION.
ancien des mss. aujourd’hui connus des Coutumes de Clermont. Il s’en faut que cet état représente le nombre exact des copies qui en ont été faites. Indépendamment des intermédiaires perdus dont la répartition en familles oblige à admettre l’existence, nous pouvons retrouver les traces d’un nombre respectable de mss., et cette consta¬ tation est utile à faire, car elle montre, étant donné que ces mss. sont tous anciens, l’autorité dont jouissait l’œuvre de Beaumanoir pendant toute la période qui a précédé le renouvellement de la Cou¬ tume au xv® siècle, et la diffusion vraiment remarquable de ses en¬ seignements avant même les études plus méthodiques des grands jurisconsultes des xvie et xvn® siècles. Beaucoup d’entre ceux-ci ne se sont pas contentés de citer Beaumanoir ; ils en ont donné des extraits plus ou moins étendus que j’ai comparés avec les passages correspondants des mss. conservés, en tenant compte bien entendu des erreurs de lecture et des différences de graphie toutes naturelles sous la plume de gens qui s’attachaient plus à l’esprit qu’à la lettre et qui par conséquent étaient portés à moderniser les formes. Après avoir fait le même travail pour Du Cange et pour Dom Carpentier ; je suis arrivé à constater la perte des mss. suivants :
n. Ms. de dom Carpentier, lui appartenant. A l’art. Campio, Car¬ pentier rectifie le § 1713 cité par Du Cange. Son texte porte article ou d'autre, de tierchaine ou de quarlaine comme C. Y° Baticius, il a, avec quelques différences appréciables de graphie, bateillieisses et 6a- telieresches des §§171 et G4 7 de C ; également v° Atornare, § 979, v° Attenantia, § 1G92, etc. Son ms. avait la meme origine que C, mais il ne peut lui être assimilé puisque celui-ci était à la Bibliothèque royale en 1766, que I) n’a que 4s chapitres et que Carpentier dit dans son index : ex codice ejusdem ætatis in museo meo. En outre, v° Attinentes, Carpentier s’efforce de définir un mot attains pris dans Beaumanoir : c’est une faute de son ms. pour antains (§ 433). Cette faute qui n’est pas dans C, très lisible et sans abréviation à cet en¬ droit (f° 5ab), prouve encore la non-identité des deux mss.
O. Chopin, De civilibus Parisiorum moribus ac institutis libri III, éd. i6o3, et De legibus Andium municipalibus, éd. 1600, cite dans le premier ouvrage, 1. 1, titre 1, n° 19, titre 11, n° 24, etc., dans le se¬ cond, 1. I, ch. ni, nos 4 et i3, etc., les § 674, 763, 853, 85 1, etc., qui classent son ms. avec H J K, indépendamment de chacun d’un.
p. Ms. de l’avocat Chuppé l, qui a été copié sur K puisqu’il a la glose du § 5oo 2 et qui n’est pas L puisque celui-ci n’a pas cette glose.
1 . La Thaumassière, Introduction.
2. Id., p. 84.
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LES MANUSCRITS DES COUTUMES.
XXIX
q. Loys Charondas, Commentaires sur la Coutume de Paris, éd. i6i3, f° 26 r°, cite les §§ 476, 477. 478, conformément à G sauf la fin où il donne revenir a partie du descende ment au lieu de revenir a la partie au descendement , Les citations des §§ 674, 677, 678 au f° 74 r° classent ce ms. avec G. En autruy lors le justice au f° 58 r°(§ 85a), si ce n’est pas une faute d’impression, montre que q n’est pas G, car celui-ci est trop lisible à ce passage pour qu’on se trompe. La cita¬ tion du fol. aoi r°: cil qui sont en un meisme degré , etc., est presque conforme à A, § 5oa. Si donc Charondas a connu A comme le sup¬ pose La Thaumassière, il aurait connu aussi G. Il est peu probable qu’il se soit servi alternativement de deux mss., et bien plus vrai¬ semblable que son ms. était différent des deux.
r. Pithou, Commentaire sur la coutume de Troyes , cite un autre ms. que le sien puisque M n'a pas les § i45i et 170a. Les citations qu’il fait aux art. 108 (§ 579), 117 (§ 1 435) , 1 ( g 1 45 1), ia4 (§ 1702) montre que son ms. appartient au môme groupe que G, H, JK, et qu’il diffère cependant de chacun d’eux. C’est donc un ms. perdu.
8. Ricard, Traité des Donations, éd. i685, p. 12 1, donne un extrait du § 4o5 qui classe son ms. avec GHJK mais indépendam¬ ment de chacun d’eux. Ce ms. n’est pas L, car La Thaumassière dit dans sa préface que Ricard « l’avait copié entièrement de sa propre main » et L a été écrit par plusieurs personnes.
t. François de Launay, dans son édition des Institutes coutumières de LoiseL 1688, cite à la règle 24, le § 1 45 1 où son texte paraît se rapprocher de H J K.
U. Dans les Coutumes de Vermandois, éd. i63o, art. 262, Buridan mentionne la thèse exposée par Beaumanoir au § 5i3, mais il ne donne que le titre du chapitre xii : des bans et des lourdes.
V. D’après La Croix du Maine, Bibliothèque françoise, 1587, p. 371, Nicolas Bergeron aurait possédé un ms. de Beaumanoir.
X et y. Deux mss. mentionnés par Montfaucon, loco citato, t. I, p. 29 C, n° 705, et p. 3i A, n° 785, comme se trouvant au Vatican dans le fonds Christine et qui n’ont pas encore été retrouvés.
Ainsi i3 mss. conservés, 10 ou 11 perdus, mais dont on a quel¬ ques traces, plus 1 1 intermédiaires perdus et dont on ne connaît l’existence que par le classement en familles, au total 34 ou 35 mss., sans compter ceux dont on pourra encore retrouver quelque extrait dans les ouvrages qui ont échappé à mes recherches, et sans compter ceux qu’ont connus Jean du Tillet, Charles du Moulin et autres qui ne donnent pas de citations.
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XXX
INTHODUCTION.
§4- — Rédactions abrégées.
Mais ce n’est pas seulement le grand nombre des copies faites de l’œuvre de Beaumanoir qui mérite de retenir l’attention, c’est aussi, fait resté inconnu jusqu’à présent, les abrégements de ces coutumes laits à des époques très voisines par deux auteurs différents. J’ai étudié ces deux rédactions abrégées dans un article spécial et j’ai l’intention de reprendre la question au point de vue des rapports de ces rédactions avec la Coutume de Clermont du xv® siècle1. Je ne m’occuperai donc ici que de leurs rapports avec les mss. de Beau¬ manoir, seule partie de la question qui soit importante pour l’éta¬ blissement d’une édition critique.
I. Rédaction de Richard Cavelier , ms. Hoche. M. Hoche, avocat à la Cour d’appel de Paris, est possesseur d’un ms. qu’il a bien voulu me confier depuis le commencement de ce travail. C’est un volume in-4° de i48 fol. en papier, plus en tète 4 fol. non numérotés ou sc trouve la table des chapitres avec l’explication y relative. Les Cou¬ tumes occupent les 118 premiers fol. ; suivent un style du Châtelet (fol. 1 1 9 r°-i39 v°), une formule « pour faire une protection et sauvegarde » (fd 1 89 v°-i4i r°), l’ordonnance rendue le 28 février i435 sur le fait des aides 2 (f° 1 4 1 v°-i48 r°), puis sur le dernier fol. un quatrain et un tercet en latin et un quatrain en français. Ce ms., qui en 1587 appartenait à Charles Delacre, notaire apostolique et procureur en cour d’église, demeurant à Beauvais, passa par la suite dans les mains de Bucquet de Bracheux. La seconde partie du ms. ne doit pas avoir été écrite par l’auteur de la première, Richard ■Cavelier, bailli de l’église Saint-Lucien de Beauvais, qui la composa et l’écrivit entièrement de sa propre main, ce qu’il témoigne par l’apposition de son « seing manuel ». Il la termina le 23 juillet 1498 3, l’ayant entreprise « par fourme et par manière de passe temps et pour abreviacions de prolixion de langage et aussi pour l’introduction et instruction des joines gens advenir » (fJ 1 r°). Rich. Cavelier a pris avec son original de grandes libertés : par ci par là il reproduit presque textuellement son texte, mais le plus souvent il abrège sans méthode. Les extraits que j’en donne dans l’article ci-dessus indiqué
1. Deux rédactions abrégées des Coutumes de Beauvnisis de Philippe de Beaumanoir , -dans la Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, t. XXIII (1899), p. 653- GG'i.
2. Voyez Ordonnances des Rois, XII, 21 1.
3. Le lendemain du jour où Jean Boullard achevait au même Beauvais le ms. K, rapprochement curieux et fertile en enseignement sur l’importance de Beaumanoir.
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RÉDACTIONS ABRÉGÉES.
XXXI
permettront de juger de sa manière. Sur quel ms. a-t-il travaillé ? La solution de cette question eût présenté un grand intérêt si elle avait établi que ce ins. ne pouvait être rangé dans aucun des grands groupes ot et p entre lesquels se répartissent nos mss. Malheureuse¬ ment il est certain qu’il doit être rangé avec G. Ainsi au § q3o. Beau ma noir dit que pour le méfait de la femme le seigneur n’em¬ porte pas la part des immeubles ; C a supprimé la négative, ce qui donne une leçon absurde reproduite par Gavclier qui dit : « Se une femme commet cas a raison duquel elle forfait, elle ne puet forfairc <jue la moitié des mueblcs que elle et son inari ont ensemble et si forfait tous les héritages qui sont de par elle » (f° 64 v°). Au chap. xxvi, G et Gavelier (f° 67 r°) donnent également le titre du chap. xxxvi ; toutefois Gavelier s’est ensuite aperçu de l’erreur, car il a ajouté au-dessous : « et de mesure », aussi n’a-t-il pas répété comme G la même faute au chap. xxvu. La phrase de Gavelier « que marchandise peust courre et aler de lieu a autre par tout sau- vement par les pays » (f° 54 r°) a été inspirée par la var. c de G au au § 718. Les var. s (g 4n). / (§ 673), p (§ 677), 0 (§ 683), h (§706), etc., correspondent à des fautes analogues dans Gavelier,
48 v°, 49 v°, 5o v", 53 v°. G n’est pourtant pas son original, car il présente au S 879 une lacune (var. t ) que Gavelier n’a pas. Si donc cette rédaction, dérivée d’un texte analogue à G, ne peut être utilisée pour le texte, elle nous servira pour établir la filiation de celui-ci.
II. Rédaction abrégée anonyme. Elle est contenue dans le ms. Bibl. Nat. 5358 (anc. 9850 *) dont on n’avait pas encore reconnu le véritable état et que Beugnot ne paraît pas avoir même examiné puisqu’on lui donnant le n° 3, il ne fait aucune observation sur son contenu. C’est un volume in-4° de i43 fol., écrit au xvi® siècle. Au¬ cune indication sur le nom de l’auteur ou du copiste. A la lin de la table, f° 5 r°, on lit : « fin de ceste présente table, Guillaume Vault (?) Héron », mais ces mots sont d’une autre main que le texte ; il en est demèinc de la mention : « Gomme nostre amé Jehan Lienart, bailli d’Aucerre », au verso du fol. i43. Peut-être peut-on induire de quelques bourdons et de diverses autres fautes dont on trouvera des exemples dans les extraits que j’en ai donnés, que ce ms. est une réplique d’un autre qui serait un brouillon. Il a dû être exécuté dans l’Ile-de-France. Le prologue est supprimé. Le travail n’est pas plus méthodique que celui de Cavelier ; il y a pas mal de contre-sens. Cette rédaction se range avec 6' et plus près de G. C’est ce que montrent les leçons qu’il a en commun avec G aux §§ i4, var. h ; 5o8, var. f ; 728, var. a. Mais il n’intervertit pas comme G les §§ 319 et 3ao, en sorte qu’il se trouve à l’égard de G dans la
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XXXII
INTRODUCTION.
même situation que la rédaction de Cavelier à l’égard de C. Inutile pour le texte, il servira à fixer la place de G.
§ 5. — Classement des manuscrits .
En somme, les manuscrits qu’il y a lieu d’utiliser sont : A, B, C, E , F , G , H, J, K, M. Aucun n’est l’original ni n’en procède direc¬ tement : nous avons donc à rechercher comment ils se groupent entre eux, les leçons communes dans des familles différentes devant nous fournir le texte de l’auteur altéré par les copistes successifs. Nous allons examiner ces groupements en recherchant quelles sont les fautes et les lacunes propres à tels et tels de ces manuscrits, et nous commencerons par les rapports les plus simples.
Un coup d’œil superficiel donne l’impression que J et K sont très rapprochés l’un de l’autre : la langue est très rajeunie et d’une manière analogue, les expressions devenues archaïques sont chan¬ gées (serviteur au sens d cserjant1, arbitre pour meteur (§ 1782), de- mourant pour manant, etc.), la graphie est semblable. L’examen des détails fortifie cette impression. Au § 669 J et K lisent se veult ayder querelle ayt esté faite, au lieu de se veut aidier quele ait esté fete ; ÿ 64 1, ils transforment sans riens retenir en sans revenir ; au g 642, aportent en la compaignie aucune chose en aportent aucune chose en compaignie ; § 83q, avoir aler sauf aler montre que leur original avait le premier aler et qu’ils ne sont pas copiés l’un sur l’autre, car le premier aler fautif étant souligné dans J, souligné et bifle dans À , le scribe de J ne l’aurait pas écrit, averti qu’il était, et réciproque¬ ment ; § 1098, ils remplacent teus lions baillis de Clermont par tel bailli de tel lieu. Detrier étant devenu hors d’usage, ils modifient au § 1172 la phrase iXe pourquant l'en ne doit pas detrier, etc., et la transforment ainsi : Ne pourquant on ne doit pas laisser a oïr les tes - moins et leurs dis mettre en escrit ; au § 1 3 1 2 , ils lisent peine au lieu de plevine ; au § 1527, var. g, qui se veut aider au lieu de qui veut dire ; ils changent au § 1811 et il mesfont li un vers les autres il doivent en et s'il le fait l'un a l'autre et doivent ; enfin au § 1768, l’omis¬ sion de sont hors du tesmoignage. Mes, dans leur original leur fait remplacer ne demeure pas devenu incompréhensible par forclost en sorte que la phrase dans ces deux mss devient : cil qui par bonne cause en est déboutés ne forclost pour ce que cil ... Si l’on ajoute que tous deux donnent la date i3i5 à la fin du modèle de procuration du § i4o, on conclura que J et K ont eu un original commun. Cet ori-
1. Voyez t. I, p. &i3, note 1.
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CLASSEMENT DES MANUSCRITS.
XXXIII
ginal peut-il être l’un des deux ? Tout d’abord J n’a pas été copié sur K car au § 6i3 il porte caute toile qui n’est pas dans K ; il a au £ 85a la bonne leçon tandis que K a modifié la lin de ce paragraphe, modification amenée par une faute qui leur est commune (celui qui ne') au commencement de la phrase. Parallèlement, aux §845, 846, 847» K a des fautes qui lui sont propres ; au § 1696, il donne avec GH la variante celui qui fu asseurés tandis que J omet tout le pas¬ sage il le doit... quil asseura ; au § 1887, il a tous autreteus... essoi- nemens et omis par J. Donc ces deux mss. n’ont pas été copiés sur l’autre et proviennent d’un même manuscrit.
Ce manuscrit est-il perdu ? Est-ce H? J et K ont en commun avec lui la date i3i5 du § i4o et tant de fautes semblables qu'il est impossible de les énumérer toutes. Citons seulement les §§ 5o6 (var. /*), 5o8 (>ar. f), 5a8 (var. x) l, 643 (var. u), 759 (var . f, omission de la moitié du §), 8o5 (var.p etr), io5a (var. 0), 1294 (var. d), i453 (var. a, p. 2 36), 1 474 (var. c), etc. Comme H est plus ancien que J K, que sa graphie et sa langue sont aussi plus archaïques, il ne serait pas étonnant qu’il fut le prototype de J K. Il n’en est cepen¬ dant rien, car au § 644 (var. a) et dans la rubrique du cliap. xlu il a des fautes qui ne se retrouvent pas dans J K. Les rubriques des chap. Lxiii, lxiv, l\v, lxvi, lxvu, lxviii, lxix et lxx, incomplètes ou même absentes dans //, sont régulières dans J K. Enfin les fautes de ceux-ci que nous avons énumérées plus haut ne sont pas de celles que deux copistes peuvent commettre indépendamment l’un de l'autre (bourdons, confusion de lettres à peu près semblables). D’autre part H ne peut pas avoir été copié sur l’original de J K puis- qu'au § 17 1 il a la bonne leçon balelces tandis que J K ont bassetes. Nous concluons donc que J et K ont été copiés directement et indé¬ pendamment l’un de l’autre sur un ms. perdu que nous appellerons et que ce {*" provient d’un autre ms. également perdu, sur lequel, directement ou non, — cela n’a pas grande importance, — // a été copié à son tour. Cette constatation nous amène à une autre qui est celle-ci ; H que Bcugnot 8 considérait comme étant du xme siècle malgré la date de i3i5 au § i4o et ensuite comme étant de cette même année i3i5, n’a été exécuté ni au xme siècle, ni en i3i5, mais plus tard et très probablement seulement dans la seconde moitié du xive siècle : l’écriture ne contredit pas cette constatation.
G appartient à la môme famille que ff. Pour en avoir la preuve il suffit de constater les fautes des 56 1 (var. Z), 6 1 4 (var. a), 787 (var. j), 1095 (var. m), 1198 (var. a), 1268 (var. a), etc.
1. Il faut & celte ta riante supprimer M. a. T. I, p. cxxviii-cxxix, et p. 77, note 4.
I. C
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XXXIV
INTRODUCTION.
G et p" omettent avroit pouoir de rescourre au § i3gi et pour cor¬ riger ajoutent se offre après le jour passé ; ils omettent en son devant eritage au § i4o2, ce qui rend la phrase incompréhensible; au § i4«4, il» changent Et pour ce jugierent li homme en Et par cel jugement li homme dirent . Au § i4&7» ils omettent le second en moût d'autres païst omission qui donne à la phrase un sens tout différent et qui ne peut provenir que de ce que leur original com¬ mun, ne comprenant pas, a cru voir une faute dans cette répétition. L’omission de en la terre (var. c), de fu donnés (var. e), l'addition de en soy (var. h) au § 1467 sont également caractéristiques. La faute la plus grave peut-être, avec dire omis au § 1472 (var. e), est celle qui leur fait ajouter soit pies (var. J) entre garde et d’aucune au § 1469 et qui a amené dans p* le changement de qui Va en garde en qui a le garde. Au § 1627, var. d, G et p* portent communautez au lieu de commandes, au § i536, var. i (page 277) soit au lieu de suefre ; la var. a au § 1697 constitue également une grosse faute, ainsi que gans pour nans 1 au § 1610 var. e. Citons enfin les var. d, f et g du § i845 qui modifient entièrement la phrase. G et pff sont donc bien de la même famille, mais ils ne sont pas copiés l’un sur l’autre. En effet p* ne peut avoir G pour prototype puisqu’il a au § 1296, var. e. le passage et creoit quil . . . bonne foi qui manque à G, et réciproque¬ ment G n’est pas copié sur p* puisqu’au même paragraphe, var. f, il a selonc le mesfet absent de p*. Les var. / et u § 1026 ; l, m et n § io34 ; t § 555, etc., confirment leur indépendance réciproque à ce point de vue.
11 résulte de toute cette discussion que G d’une part, pff de l’autre remontent à un ms. commun perdu p' ; la date relativement récente de G et la remarque que nous avons faite sur l’origine de la rédac¬ tion abrégée anonyme doivent nous faire admettre au moins un intermédiaire entre p' et G qui conserve cependant un caractère archaïque assez prononcé.
Comme je l’ai dit, M est un ms. où les remaniements sont nom¬ breux ; il est cependant précieux car en bien des endroits il conserve la bonne leçon contre p'. 11 appartient à la même famille que nous appellerons dès à présent p. Au § 226, var. h, il rectifie comme p* la leçon de p reproduite dans G, titre de O n’avait pas en effet été compris de p; il a, § 237 (var. m), 242 (var. y*) les mêmes bour¬ dons que p' : du tant que, var. g, § 262, provient de la même faute de p que dusqua tant que de p' ; également le bourdon de la var. g
1 . C’est celle forme du pluriel de an employée plutôt avec des objets qui root par paire comme les gans. qui a trompé ,3 et F.
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CLASSEMENT DES MANUSCRITS.
XXXV
au § 370 ; les var. c et e du § 273 1 ; leur pour lieus au § 289, var. e; le bourdon noté à la var. a du § 297 ; l’addition de leur homes ou au S 3o2, var. g ; l’omission de ou a autre § 383, var. I. U ultime part, $ 434» var. q, a aussi pour origine une faute de (B que |B' a gardée, le huitiesme, et qui se reproduit à la var. v. La var. r, Venjes pour li fiés, § 533 ; le renvoi à la ligne au milieu du § 558, ce qui coupe la phrase en deux ; le puis tant regarder a du § 56 1, var. I, modifi¬ cation heureuse de la faute de |B reproduite dans fi, si poi regarder ; mon mennoir à côté de mon manoir dans fi, § 707, var. m ; l’addition de hors des viles, après voieries, ce qui cause dans fi une répétition évitée par M qui a supprimé le premier, § 723, var. y et ab ; vent pour veut ravoir au § 864. var. r ; ami pour nului, au § 919, var. t ; convenances pour condicions, § 1024. var. q ; l’adjonction dénuée de sens de sans aus après convenance, § i3o6, var. 0; sires au lieu de sers § i32i, var. j, ne laissent aucun doute sur la communauté d’origine de fi et de M. Il n’est cependant pas dérivé de fi puisqu’il n’a pas les lacunes que l’on observe dans celui-ci aux §§ 557, var. i, 1020, var. d et g, 1296, var. e et J, etc. Malheureusement ses nom¬ breuses modifications au texte permettent de croire qu’il y a au moins un intermédiaire entre JB et lui, et diminuent bien l’utilité qu’on en pourrait tirer.
Les cinq mss. que nous venons d’examiner auxquels se joignent / et L forment donc une famille dans laquelle nous reconnaîtrons trois familles et dans l’une d’elles un sous-groupe : cette famille peut se représenter par le schéma ci-dessous :
1. A la variante c du S 273, il faut ajouter : M requeroit qu'il fust contrains par jusliche a ckes .x. Ib. paicr, ligne tombée au tirage.
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XXXVI
INTRODUCTION.
11 reste à se rendre compte des rapports entre eux de ABC EF que nous avons tout d’abord mis de côté parce que seuls ils contien¬ nent la conclusion.
Les cahiers intercalés dans E au xiv® siècle (f° 3y à 63, § 4 a 4- 702) 1 ont été certainement copiés sur un ms. apparenté à C’est ce que montrent les var. q, § 5p4 ; /et g, § 5g5 ; e, § 61 4 ; v, 61 5 ; c et g, § 628 ; r, § 632 ; c, § 637 ; l, § 674 ; y, 677. Mais si l’on néglige ces 27 folios, on constate facilement que E et F ont une même ori¬ gine. L’omission des §§ 1637, i638, 1639 et i64o jusqu’au même endroit, puis celle du § 1 644 sont très caractéristiques à cet égard, car de semblables lacunes ne peuvent se produire par hasard dans deux mss. différents. 11 en est de même du bourdon du § 9, var. n, et de l’interversion des §§ 1240-1 24a qui a amené l’addition d’une phrase au commencement du § 1243. fnjure contre enfrainte dans AB et enfrainture dans C et (3, § 3o3, var. d ; maintenir pour ranien- tevoir, § 335, var. m ; l’addition de si comme fai dit par dessus h la fin du § 703 ; escusês de mon damage pour autruiy § 735, var. s, qui est amené par la mauvaise leçon de la var. m de ce paragraphe ; la modification de la fin du § 789, var. n , de la phrase mes sires ne me
puet . , § 795, var. c, et de celle qui commence le § 916, la longue
variante l du § io3o, confirment amplement ce classement. D’autre part F n’est pas copié sur F puisqu’il a les §§ 633, 1098, i4ia à i45 1 qui manquent à F, et réciproquement celui-ci n’est pas copié sur le premier puisqu’il a les §§ 806-822, 846, 847, 921, i885 absents de F. Nous appellerons oc'" leur prototype commun.
Ceui-ci ne peut pas être B. Les var. / et g du § 191, a et 6 du § 236, p et q du § 367, n du § 762, z et aa du § 98b, g du § 903, j du § 1243, j du § i3i4, b du § 1777, classent bien B avec a"', mais B n’a pas été copié sur oc"' puisqu’il a tous les paragraphes que F et F omettent simultanément (1637-1640, 1 644) et inversement a"' n’est pas copié sur B puisqu’il a les §§ 1706-1708 qui manquent à ce dernier. B et a'" dérivent donc d’un même ms. perdu oc".
L’adjonction si singulière et nepourquant il en parlera encore , etc., à l’explicit du chapitre xxxm, montre que A et oc" sont dans un étroit rapport 2 ; c’est ce que confirment le reelee (corrigé dans (•>'") des §§ 228, 23o, 23i, 233, le de soi meismes du § i34a, var. p, le ne le veut du § 1784» var. /, etc. Mais oc" n’est pas copié sur A puisqu’il n’a pas les lacunes de celui-ci aux §§ i537» var. c; *44o, var. p; 1600, var. a; 1609, var./; 1660, var. t, etc. A ne peut pas provenir d’oc"
1. Voyez page nu, note 6.
a. E a modifié de façon très naturelle cet cxplicit insolite et F n’a pas d’explicit ; ceci ne prouve donc rien contre l’origine commune de A et a”.
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CLASSEMENT DES MANUSCRITS.
XXXVII
car il ne présente pas certaines de ses lacunes, par exemple : var. v, S 1002 : var. u, § io53; var. i, § 1207 ; le § 1 1 4 entier, etc. ; ni des leçons de ce ms. telles que et aussi feroit uns autres procureres, § ioo4. var. a et 6; sont .11. maniérés, § 1029, var./. Toutes deux remontent donc à un même original a.
C se rattache-t-il à a ou forme-t-il une autre famille ? L’omission de es mains des procureurs, § i46, var. i; li clers au lieu de il, îi 352, var. n; comme j’ai dit dessus a ceus, § 8g3, var. m; l’omission de qui se pruevent, § 1 169, var. n ; de soi meesme pour de sa mesnie, $ 1187, var. i ; chastiaus pour chauciees, § i5i2, var. h1, montre qu’il a la même origine que a. La faute humilité *, § i53q, var. m, pour humanité, est de telle nature qu’on ne peut l’attribuer qu’à un original commun à C et à a', d’autant plus que G a humaine nature, que // donne simplement humaine , et que par conséquent si ($'" a hu¬ manité, c’est en vertu d’un raisonnement qu’il s’était fait, à peu près semblable à celui par lequel j’ai rétabli humanité dans ce passage 3. Le bourdon de a, § 1027, var. k, que C et a" ont tenté de réparer chacun à sa manière, atteste encore a contrario l’identité d’origine de C et de x\ Nous appellerons a ce ms. type de la famille que nous ve¬ nons de constituer.
À cette famille, comme nous l’avons vu à propos de la rédaction de Richard Gavelier \ C ne se rattache que par une série d’inter¬ médiaires que nous représenterons par x. 11 n’est pas douteux d’ail¬ leurs que x soit indépendant d’a', car nous constatons dans celui-ci des omissions que nous ne retrouvons pas dans celui-là : § 463, var. p ; § 718, var. b: 980, var. h : § 1 i44. var. g. Et d’autre part C a des bourdons qui n’existent pas dans x, §§ 1 1 3, 344-349» 565-567» iq3o. J’ai déjà dit que D avait été copié directement sur C.
Ainsi nos treize manuscrits se répartissent en deux familles abso¬ lument indépendantes l’une de l’autre : a et p. 11 est peu probable a priori que ces deux mss. aujourd’hui perdus procèdent indirecte¬ ment de l’original 0. Si, comme j’essaierai de l’établir, les Coutumes de Clermont n’ont été données au public qu’après la mort de Beau- manoir, il s’est écoulé trop peu de temps entre la date de la confec-
1 . Ce passage manque dans E.
n. E fait également défaut pour ce passage.
3. Le copiste de 3"' voyant humaine dans 3" s’est dit que ce mot tout seul ne signifiait rien, il l’a très naturellement corrigé en humanité. J’ai de mon côté rétabli humanité , non parce qu’il était dans 3” » niais parce que le mot mal lu par « devait forcément se terminer par tè en raison de l’accord de «' et de C. et que d’autre part, comme humilité n’a pas de sens ici. le commencement du mot devait être à peu près ce que gavait lu, c’est-à-dire human. Humanité est d’ailleurs dans tous les mss., sauf H, au $ 1599, pour exprimer une idée analogue.
A. Page xxxi.
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XXXVIII
INTRODUCTION.
tion de A, B, E, F , p' et même d’une part et 1296 de l’autre pour qu’il y ait eu beaucoup d’intermédiaires entre a et p d’une part et O d’autre part. Également les fautes que nous trouverons dans O peuvent toutes s’expliquer par l’état particulier du ms. dicté ou écrit par Beaumanoir. Nous pouvons donc admettre que a et p ont été copiés directement sur O. Le schéma suivant représentera alors les rapports des mss. entre eux et avec O, la longueur relative des lignes verticales et horizontales indiquant d’une manière approximative le
O
I
P
/
(§§ 1-424. gg 703-fin).
■7
/
/
/
G
I i
D /
la
fi'
r
H
K
E
(§§425-702).
Rich. Cavclier. Rédact. anonyme abrégée.
plus ou moins d’éloignement à son original direct et à O de chaque ms. suivant ses caractères propres : âge, graphie, langue, interpola¬ tions, lacunes.
Indépendamment de ses autres qualités, a est seul à nous donner la conclusion et ce dans tous ses mss. C’est donc lui que nous choi¬ sirons comme base de cette édition.
L’accord de a et de p nous donne sans conteste l’original. Il en est de même lorsque a est d’accord avec p' contre M ou avec M contre p\ et quand p est d’accord avec x contre C ou avec C contre a. Mais nous pouvons avoir divergence complète entre a et p, ou x -h M contre p' C, ou encore a -h p' contre C et M.
Dans le premier cas le choix est subordonné à l’intelligence de la pensée de l’auteur, en considérant cependant que x offre presque
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LE TEXTE OKIGINAL DES COUTUMES.
XXXIX
toujours plus de crédit. Dans le second cas nous donnerons aussi la préférence à % -+- A/, et dans le troisième à a -h fi.
11 est encore des combinaisons plus délicates : par exemple au § 1739, var. d, Taccord de A, B , C et G, tous quatre évidem¬ ment fautifs, contre fi' qui a la bonne leçon et E remanié. On voit facilement que cet accord singulier est factice et repose sur une erreur de lecture, lun et hui pouvant facilement se confondre surtout si le texte est mal écrit, — erreur corrigée de la façon la plus naturelle par fi f et d’une manière un peu plus recherchée par E. Nous trouvons aussi (§ 1067, var. i) A -+- G contre ot" -+- C -f- fi1 -h M ; ici A et G ont un et fautif. 11 est très légitime d’admettre que cet et est aussi le résultat d’une lecture douteuse dans O, rectifiée indépendamment et naturellement par les autres mss. C et fi 1 présentent au § 71 1, var. e , le même bourdon ; nous n’en devons pas conclure cependant qu’ils appartiennent à la même famille ni adopter leur leçon, car on sait que des bourdons reposant sur la répétition de deux mots semblables, ici embler, sont faciles à commettre et peuvent se rencontrer dans des copies tout à fait indé¬ pendantes.
Toutes ces combinaisons demandent à être examinées de très près et dans plusieurs cas elles exigent une solution particulière reposant sur une étude historique et comparative du droit coutumier du \me siècle.
§ 6. — Le texte original des Coutumes.
Grâce à cet examen méthodique, à cette comparaison minutieuse de chaque mot, nous reconstituons sûrement un texte qui présente toute garantie d’exactitude et de conformité à l’original perdu. Mais ce texte ainsi reconstitué est obscur en bien des endroits ; la phrase est embrouillée, entortillée, pleine de répétitions, amphibologiques ; le nombre des anacoluthes et des syllepses douteuses dépasse de beau¬ coup la moyenne observée dans les écrivains du moyen âge. A côté de ces imperfections on note des expressions vives et soudaines, sou¬ vent remplies d'une émotion communicative, et la pensée, sauf dans deux ou trois cas au plus, reste toujours claire et pénétrable. D’où > ient donc cette dissemblance entre l’idée et le mot ? Elle ne nous étonnerait peut-être pas autant si nous avions affaire à un autre auteur. Pour « delitable » que Brunet Latin 1 trouve la « par-
1. Li livres don Trésor, p. 3, éd. Chabaille. En 1376, le vénitien Martin da Canal dit auui que lengue franceise... est la pins delitable a lire et a o(r ( Cronique des Venieiens, dan* VArchivio storico italiano, t. VIII (i845). p. aô8).
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XL
INTRODUCTION.
leüre » française de son temps, la phrase présente chez les prosateurs de la fin du xmc siècle « une période traînante, longue, embar¬ rassée de particules, de conjonctions, de pronoms relatifs, de parti¬ cipes présents 1 ». Elle n’a pas encore été assouplie par les penseurs qui ont dédaigné la langue vulgaire incapable à leurs yeux de porter le poids des hautes dissertations spéculatives, et ce ne sont pas les traductions de textes de droit romain, ni le livre de Philippe de Novare ou celui de Pierre de Fontaine qui auraient pu atténuer les tâtonnements et les obscurités de style d’une science pour ainsi dire naissante. A cet état général, il est cependant des exceptions et Beaumanoir en est une : plus d’un passage de ses poèmes montre qu’il était maître de sa langue et de son style. Si nous le trouvons inférieur dans sa prose, c’est qu’en réalité son livre, retouché et aug¬ menté, n’a jamais été fini : dicté, il n’a pas été relu par son auteur.
Les nombreuses incorrections que nous avons relevées dans l’ori¬ ginal en sont la preuve. Combien de fois le verbe est-il à la troisième personne du singulier pour la troisième du pluriel, quand la con¬ sonance est la môme ! Ce sont là des fautes habituelles à un secré¬ taire écrivant sous la dictée (§ i, 534, 547, 55o, etc.). La dernière phrase du § r4q^ présente une incorrection due à la même cause : après tierciés, Beaumanoir a commencé une phrase par et il i a pluseurs enfans ou et s'il i a..., puis il s’est repris et a voulu exprimer la même idée d’une autre manière ; le scribe a omis de corriger le début de la proposition qui correctement devrait être quelque chose comme : « et s’il y a chaque fois plusieurs enfants, par des partages aussi fréquents les fiefs les plus grands sont morcelés ». La phrase est compréhensible, mais elle est incorrecte, et dans tous les mss.; par conséquent elle l’était aussi dans O. L’incorrection dans la première phrase du § 1272 est duc à une inattention du scribe : il faudrait par conséquent, donc, cest pourquoi ou une autre conjonction de même classe entre quant l'en parle haut qui dépend de sont il toutes voies... et il ne doivent. Au § 1669 cens par (pii consentement rentre dans le même ordre de fautes. Au § 1727 (var. c), O avait toute la conteé le conte ; par une étourderie du copiste, A l’a reproduite ; oc" et C ont corrigé ; mais £ n’ayant pas compris a cru que O avait omis en la terre qu’il voyait plus loin et qui ici n’a pas de sens. Parent, §1711 (var . f) à la fois dans Cet dans fi (corrigé maladroitement par fi'"} prouve que la graphie de O était douteuse. Aux §§ 1027 et i5q6, il y avait certainement une lacune dans O; probablement aussi au § 1820 entre ou comme et de chose emjaqice. Au § 1269 cil pour s'il, au § 1491 se li ou li pour celi sont encore des fautes d’ouïe. Au
2. Aii. Darmestoter, Grammaire historique, ire partie, p. 48, ircedilion.
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LA LANGUE.
XLI
§§ 755 et 760 nous avons eles pour il, deux fois dans le dernier. O a\ait omis le participe passé après seroit 3m § 866 (var. 0) ; A et p' ont laissé la faute que rend évidente la diversité des corrections dans i\ C et M. Comment cil qui sont en gages pour comment que cil soient en gages , au § 1906, est encore une faute d’inattention.
La conclusion à tirer de ces remarques qu’il serait facile de multi¬ plier, c’est — nous l’avons déjà dit — que le texte auquel nous a amené l’examen critique des mss. est le brouillon même dicté si rapi¬ dement par Beaumanoir à son secrétaire, amendé par lui à plusieurs reprises, réservé pour une correction définitive que la mort, venant le frapper dans toute la force de l’âge, l’empècha d’exécuter.
§ 7. — La langue.
Une autre conséquence de ces observations, c’est qu’on ne peut pas, a priori, déterminer le dialecte dans lequel a écrit Beaumanoir, par la seule comparaison des formes graphiques des mss. Comment en eflet distinguer ce qui est propre à Beaumanoir de ce qui est le fait de son secrétaire ? Les chartes que nous avons de lui peuvent-elles nous guider ? Mais elles appartiennent à des régions diverses et ont pu être écrites par des secrétaires originaires de ces diverses régions. Si, à défaut de la graphie, nous essayons de trouver quelque indice dans les conditions de vie et de famille de l’auteur, que voyons- nous ? Un homme, né probablement à Lorris, ayant voyagé à l’étran¬ ger pendant plusieurs années, ayant peut-être séjourné ensuite à Arras, pourvu de charges dans chacune desquelles il reste peu de temps et qui le conduisent de Çlermont-en-Beauvaisis à Poitiers, à La Rochelle, à Saintes et à Limoges, de là en Picardie sans dépasser Saint-Quentin, puis en Touraine, le ramenant enfin sur la marche de l’Ile-de-France, le tout en 16 ou 17 ans. Un fonctionnaire ambu¬ lant comme lui peut-il avoir conservé dans sa langue des caractères dialectaux bien tranchés ? La solide instruction qu’il avait reçue, ses fréquents séjours à Paris ne devaient-ils pas contribuer encore à les lui enlever, si même il en a jamais eu ?
Cependant la Picardie réclame Beaumanoir comme un de scs plus illustres enfants. M. Auguste Morel, dans une étude assez ingénieuse et parfois bien informée1, le rattache autant qu’il le peut à Beauvais même et trouve malencontreux le choix fait par Beugnot d’un ma-
1 • Etude historique sur les coutumes de Beauvoisis par Beaumanoir, dans Je Bulletin de l'Athénée de Beauvaisis, 1 85 1 , p. 129-32'! (tirage à part, p. i-q5). Voyez sa note additionnelle.
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XLII
INTRODUCTION.
nuscrit écrit dans le dialecte de l’Ile-de-France, manuscrit qui d’ail¬ leurs est plus picard que francien1. M. Bordier considère aussi Beaumanoir comme proprement Beauvaisin. Il l’appelle le « poète national du Beauvaisis » et c’est au Bulletin de la Société des Anti¬ quaires de Picardie 2 qu’il donne « une note contenant l’esquisse du sujet, lequel par les lieux où les faits se sont passés appartient plus spécialement à l’histoire du Beauvaisis3. » Sans doute le domaine du comte de Clermont comprenait à l’époque qui nous occupe des villages comme Fricamps, Courcelles, Saulchoy-sous-Poix 4 5, situés au nord de Beauvais et beaucoup plus rapprochés d’Amiens que de Beauvais. Mais la famille de Beaumanoir a son origine, ses biens, sa résidence habituelle fort loin à l’Est de Beauvais, tout près de Compiègne, sur le Valois ; mais lui-même séjourne le plus vo¬ lontiers au Moncel B, sur la rive gauche de l’Oise, aussi dans le Va¬ lois, tout près de Pont-Sainte-Maxence, patrie de Garnier dont la langue n’est pas beauvaisine, encore moins picarde. Toutes les cir¬ constances de sa vie écartent Beaumanoir de la Picardie et même de la région de Beauvais. Pourquoi donc cette localisation étroite? Ecartons la raison trop facile de l’amour du clocher : si elle existait probablement pour M. Morel, elle était sans valeur pour M. Bordier et d’autres. La vraie raison, je crois, c’est qu’on s’est laissé influencer par un titre inexact, grâce auquel on a donné une extension exagérée à la portée du livre 6 ; peut-être aussi par l’alliance brillante, mais non absolument prouvée, qu’aurait con¬ tractée Beaumanoir par son second mariage7.
Et la vérité, c’est qu’à raison de toutes ces circonstances que j’ai rappelées, la prose du bailli de Clermont renferme un mélange de formes picardes et franciennes, mélange qu’on trouve dans d’autres écrivains placés dans les mêmes conditions 8, le fond de la langue étant francien. C’est la conclusion à laquelle était arrivé M. Sucliier en considérant uniquement les poésies 9. C’est celle que
1. J’enlends par co mot le dialecte propre de l’Ile-de-France.
2. Année i855, p. 3oG.
3. Bordier, p. 8 ; voyez aussi p. 375.
4. Tous trois aujourd’hui dans la Somme, arrondiss. d’Amiens, cant. de Poix.
5. Bordier, passim.
G. Voyez Aug. Morel, p. i3a-i33, i63, iG$, 167, etc. (p. G-7, 3ç), /»o,63, etc., du tirage à part). Pour lui Beauvaisis et comté de Clermont c’est tout un ; voyez ch. tv.
7. Bordier, p. 8.
8. Cf. par exemple Gaston Paris, compte rendu de l’édition du tai de C Ombre par J. Bédier, dans la Romania, XIX, 61 3.
9. Aussi A.-C. Albert, Die Sprache Philippes de Beaumanoir in seinen poetischen Wcrken, dans Münchener Beitrâge zur romanischen und englischen Philologie , de Breymann et Kœppel, V, Erlangen, 1893.
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LA LANGUE.
X LUI
j’ai adoptée aussi dans une étude comparative des poésies et des Coutumes, étude qui ne peut trouver place ici et qui sera publiée à |>art 1 .
Je n’ai donc pas hésité à ramener au francien le texte des Cou¬ tumes, sauf à laisser subsister quelques formes spéciales, telles que fius (filz), parce qu’il m’a paru démontré que dans les mots familiers et usuels comme celui-là Beaumanoir ne s’était jamais dégagé des habitudes de son entourage immédiat.
Beaumanoir a un vocabulaire abondant, même dans une matière qui prête peu à la variété du style. Il emploie volontiers des mots rares: celle (celui-ci d’ailleurs technique), deteur (créancier), detè , escoulourjant. Il en a même qu’on ne trouve pas ailleurs, par exemple le pronom personnel neutre et masculin loi, que M. Suchier (p. cxliv) a rapproché de lei employé dans la Vie de saint Thomas de Cantor- béry de Garnier de Pont-Sainte-Maxence 2.
11 observe encore assez régulièrement la déclinaison. On trouve cependant déjà barons pour bers 3, seigneurs pour sires, sereurs pour suers , etc., tous mots appartenant à la déclinaison imparisyllabique. Pour les adjectifs il se sert des formes féminines refaites sur le mo¬ dèle de la première déclinaison.
Dans la conjugaison, il emploie indifféremment les formes tradi¬ tionnelles et les formes analogiques, parfois même l’une à côté de l’autre (port et porte, § i653). Quelquefois, il ajoute Ve atone à la première personne du présent de l’indicatif de la conjugaison faible (loue, § 1018). Il conserve pour les pronoms des formes enclitiques qui sortent déjà de l’usage (Ven pour li en est fréquent), ou qui en sont sorties depuis longtemps ( mes pour me les, §§ 102 3, 1 iq3,dans ce dernier par pléonasme) ; il emploie li pour le à l’accusatif singulier masculin et neutre (li fereloial, § 601 ; li soufrir, § 729), et les pour leur (^ 63a, dont cil les apartient). Celi au masculin pour celui (si ma restitution est bonne, § 1^91) est particulier et rappelle peut- être l’article féminin li pour la en picard.
Il se sert de la particule augmentative par avec une tmèse peu habituelle ($ iba3, 1972). Enfin il fait de ne ne (— ni ne) une locution conjonctive qui prend le sens des copulatives simples el, ou (65, io35, io/|i, etc.) et qui ne se retrouve pas ailleurs, à ma connaissance.
1. Voyez aussi J. Bédier, les Fabliaux, p. 3g5, et A. Jeanroy, dans Romania, xxvi , 3a3, note à.
a. Au sens de « seigneur ». Au sens de « mari » c’est toujours et déjà avant Beau- manoir, barons.
3. Sans entrer ici dan* la discussion de l'origine de cette forme, ce qui n’est pas le lieu, je remarque que A a lei pour loi au S 5 1 a .
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XLIV
INTRODUCTION.
§ 8. — Les éditions des Coutumes. Conclusion.
Malgré la grande autorité de leur auteur, les coutumes du comté de Clermont ne furent pas imprimées au xve ni au xvi* siècle. On se contenta de les consulter dans les manuscrits. Cependant Loys Cha- rondas, en i6i3, exprime bien l’espoir « qu’on en verra en brief le livre imprimé avec quelques annotations » 1 * et Loisel peu après an¬ nonce * qu’il l’a donné au libraire Douceur pour l’imprimer. Il est présumable qu’il s’agit d'une seule et meme édition qui d’ailleurs ne vit jamais le jour, non plus que celle qu’avait préparée l’avocat Ricard (1622-1678), l’auteur du Traité des Donations , et qu’il avait remises « entre les mains des sieurs Guignard et Seneuze, libraires de Paris 3 * 5. »
C’est à La Thaumassière que revient l’honneur d’avoir donné la première édition de ce grand ouvrage qui parut en 1690 \ Cette’ édition n’a pas été surveillée avec assez de soin ; elle n’est cependant pas aussi mauvaise qu’on s’est plu à le dire. La Thaumassière avait l’excellent ms. A , le ms. C et une copie de K. Il s’est servi presque exclusivement de C B — ce qui explique le caractère picard de la pu¬ blication, — mais il l’a souvent corrigé avec A avec beaucoup d’in¬ telligence, et il a même fait au texte défectueux des rectifications ingénieuses 6. Ses annotations sont précieuses et rendent encore d’utiles services.
Une seconde édition a été donnée en i84a par le comte Beugnot7
1 . Nouveau commentaire sur la Coustumc de la ville, prevoslê et vicomté de Paris, éd. ifii3, f° 19 v°.
’j. Mémoires des pays, villes, comté et comtes... de Beauvais et Bcauvaisis, éd. 1617, p -jo\ .
3. La Thaumassière, Introduction.
\ , Assises et bons usages du royaume de Jérusalem, tirés d'un manuscrit de la Biblio¬ thèque Vaticane, par messire Jean d’Ibelin... ensemble les Coutumes de Beauvoisis par messire Pbilippes de Beaumanoir, bail h de Clermont en Beauvoisis, et autres anciennes coutumes..., par Gaspard Thaumas de la Thaumassière, Ecuyer, seigneur de Puy- Ferrand, bailly du marquisat de Chasteauneuf-sur-Cher, avocat en Parlement, im¬ primé à Bourges, se vend à Paris, chez J. Morel, 1G90, un vol. in-fol.
5. Celte assertion contredit l’opinion courante, mais elle repose sur une compa¬ raison attentive de La Thaumassière avec ces deux mss., comparaison que le manque de place m’empêche de donner ici.
G. Ainsi au $ 1039, il a beaucoup mieux compris le passage que l’un de ses suc¬ cesseurs, et il a comblé la lacune en insérant « pluriex » entre « de » et « maniè¬ res ». Ma note au t. II, p. 1 ’>. doit être rectifiée en ce sens. Le ms. Chuppé ne pou¬ vait avoir que « plusieurs » d’après son original K, et il n’est pas improbable que « pluriex » qui n’est dans aucun ms. soit de l’invention de La Thaumassière. Il pou¬ vait connaître cette forme archaïque fréquente dans C.
7. Les Coutumes du Beauvoisis par Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte français da xur siècle, nouvelle édition publiée d’après les manuscrits do la Bibliothèque Royal©
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LES ÉDITIONS DES COUTUMES. - CONCLUSION. XLV
qui eut surtout le tort de se servir d’un manuscrit secondaire et très défectueux.
Cette troisième édition avait été entamée sur les conseils de M. Ro¬ dolphe Dareste, membre de l'Institut, conseiller honoraire à la Cour de Cassation, par M. César Boser, élève de l’École des Hautes Études, qui s’était déjà fait connaître par quelques travaux estima¬ bles. Enlevé par la phtisie à l’âge de a5 ans, le malheureux jeune homme laissa en portefeuille la copie d’à peu près la moitié du ms. B. N. ii 65a, avec un plan de l’ouvrage. Il serait aujourd’hui sans intérêt d’expliquer par le détail les raisons qui rn’ont engagé à aban¬ donner ce plan et à en proposer au Comité de publication, qui l’a adopté, un autre plus conforme aux méthodes de la critique scien¬ tifique, mais je me fais un devoir de dire le soin et la conscience avec lesquels M. Boser s’était préparé et de rendre un hommage ému à la mémoire d’un confrère que j’avais appris à estimer pendant la trop courte durée de nos relations.
Ce m’est aussi un devoir, et bien agréable à remplir, que d’adres¬ ser le témoignage de ma sincère reconnaissance à ceux qui ont bien voulu s’intéresser à mon travail et me prodiguer leurs conseils : mon cher et vénéré maître, M. Gaston Paris, le savant juriste, M. U. Da¬ reste, et mes commissaires responsables si attentifs et si empressés, M. Ant. Thomas, professeur à la Faculté des Lettres, et M. Maur. Prou, professeur à l’École des Chartes.
J’aurais été heureux de joindre ici un savant dont la bienveil¬ lance, qui m’avait été acquise dès le début avec une spontanéité tou¬ chante, ne me fit jamais défaut lorsque j’eus à y faire appel. C’est avec joie qu’Arthur Giry aurait vu entrer définitivement cette édition dans la Collection de textes qu’il avait contribué à fonder et qu’il dirigeait avec une science et une activité inépuisables et inlassables. Hélas ! c’est à une tombe trop tôt ouverte que vont nos souvenirs et nos regrets.
Paris, mars 1900.
par le comte Bcognot, collection de la Société de rHittoLre de Franco, Paris, Rc- nouard, »8Vi, 2 vol. in-8°.
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ERRATA ET ADDENDA
Tome I
P. 3, I. 1, lis. enscigniés.
P. 6, litre, lis. divisions.
P. 7, 1. 25, lis. tan.
P. 10, 1. 20, lis. lot. «
P. 18, 1. 4, lis. gens.
P. 22, I. 7, lis. bons.
P. 23, I. 22, lis. queus.
P. 27, 1. 11, lis. fors.
— 1. 2, lis. loial.
P. 30, I. 1, lis. fet.
— I. 16, lis. marchissans.
P. 35, 1. 3, lis. fors.
— S 39, mettez en note : Cf. Ch.-V. Langlois , le Règne de Phi¬ lippe III le Hardi, p. 234.
— 1. 12, lis. mu.
P. 36, I. 10, lis. si juge.
P. 48, I. 7, lis. arrierefiés.
P. 50, 1. 16, lis. valeurs.
P. 52, 1. 16, lis. des membres.
P. 53, 1. 9, lis. fct.
, P. 55, S 87, mettez en note : Cf. Guil¬ laume le Maréchal, éd. P. Meyer, Glossaire, v° Chacier.
P. 62, 1. H, lis. Pluseur.
P. 66, var. m, lis. dans BEF.
P. 67, noie 1, lis. S 1 17.
P. 75, 1. 15, lis. embesoignies.
P. 80, I. 13, après apeaus, mettez *.
P. 85, 1. 2, lis. paiés.
— 1. 5, lis. mencions.
— 1. 25, lis. dis.
P. 90, 1. 8, lis. grans.
P. 103, note 1, ajoutez : Cf. t. II, p. 485, note t.a
P. 115, 1. 23, lis. essleutés.
P. 116, note 2, Supprimez celte note et lis. : Règlement relatif au Ch⬠telet de Paris, vers 1254. Cf. P. Viollet, Etablissements de saint Louis, I, 337 et 482 ; ce règle¬ ment a été publié à nouveau
par Ch.-V. Langlois, Textes re¬ latifs d l’histoire du Parlement, XXV, p. 40.
P. 133, 1. 1, virgule après dire.
P. 137, var. e, ajoutez : M requeroit qu’il fust contrains par justiche a ches .x. lb. paier.
P. 140, dern. L, lis. paies
P. 141, 1. 14 et 17, lis. envoie.
P. 149, 1. 5, lis. prendre.
P. 171, av.-dern. L, lis. pros.
P. 181, 1. H, lis. chatel.
P. 184, 1. 2, lis l'amonroit.
P 215, L 1 8, lis. apers.
P. 219, 1. 25, lis. tuit.
P. 232, 1. antépénult., lis. assemblé.
P. 233, 1. G, lis, que.
P. 238, 1. pénult., supprimez le trait d’u¬ nion.
P. 245, var./, lis. dans f}' et dans M.
P. 249, 1. 1 , lis. essieutés.
P. 253, var. v , supprimez M ; var. x, sup¬ primez M après H J K, et ajou¬ tez : M et chiex qui tient le bail.
P. 256, 1. 1, lis. liquel.
P. 262, 1. 17-18, lis. et li.
P. 272, 1. 24, lis. avuegle.'
P. 279, 1. 5, lis. loial oir.
P. 284, 1. pénult., lis. comperage.
P. 290, not. 1, lis. comprendre.
P. 295, 1. 10, reporte: la virgule après veve.
— note 1 , lis. p. 218.
P. 314, 1. 18, lis. restor.
P. 323, 1. 2, lis. fres ; var. e, supprimez G H J K des fres de, et lis. : A B C E F des fies.
P. 325, 1. 6, lis. restor.
P. 361, 1. 14, lis. friés.
— 1. 23, lis. mon eauier, et d la
var. m, ajoutez EF lavoir.
P. 370, note 1, dern. 1., supprimez ii,
P. 380, 1. IG, lis. pouoir.
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XLVII1
ERRATA ET ADDENDA
P. 408. ï. 22, lis. je.
P. 413, 1. pénult., lis. menestreus.
P. 414, I. 7, lis. menestreus.
P. 415, 1. an té pénult., point et virgule après meurs.
P. 422, 1. 23, lis. fries.
P. 437, 1. 10, lis. au lieu resaisir et rec¬ tifiez aussi la var. d : A B G E F a li (lui) resaisir [E F le lieuj.
— 1. 18, lis. tenus au lieu resaisir.
et var. o ajoute: : A B CEF a lui resaisir.
P. 443, 1. 20, lis. nant.
P. 479, var. t, lis. GllJM.
P. 493, 1. pénult., lis. nrer, et instituez une var. rr) ACII areor.
P. 494, 1. 6, lis. aree.
P. 505, 1. 1, lis. l'amende.
Tome II
P. 15, 1. 8, lis. contens.
— note 1, supprimez il en a été...
La Thaumassière.
P. 25, dern. 1., lis. detés ou ploges.
P. 39, 1. 25, lis. garan*.
P. 44, dern. 1., supprimez de.
P. 49, note 2, lis. confondu par les co¬ pistes de a et
P. 104, note 1, lis. de sept. 1258 et ajou¬ tez : cf. ci-dessous p. 379.
P. 119, 1. 21, lis. S’il.
P. 185, 1. 20, lis banereç.
P. 194, var. n, lis. ataint et 1635.
P 218, 1. 25, lis. d'homme.
P. 225, 1. 22, lis. comment.
P. 275, 1. 2, lis. resors.
P. 282, note 2, lis. les comtes do Dam- marlin étaient alliés aux comtes de Saint-Pol qui possédèrent. P. 299, 1. 4, lis. baillier.
P. 306, 1. 24, lis. defauto.
P. 332, 1. 18, lis. crueus.
P. 349, titre courant, lis. LVI1I.
P. 371, note 1, lis. publiée en fragment. P. 4 21, note 2, lis. droit.
P. 454, 1. pénult , lis. qui ne s’assenti- rent, et d la var. q: ABCEF omettent ne.
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CI COMMENCE
LI LIVRES DES COUSTUMES ET DES USAGES DE BEAUVOISINS
SBLONC CB Qu’lL COUROIT OU TANS QUE CBST LIVRES FU FES,
c’bst assavoir en l’an de l’Incarnacion Nostre Seigneur
.M.CC.IIIl” ET TROIS.
C’est li prologues.
1. La grant esperance que nous avons de l’aide a celui® par qui toutes choses sont fetes et sans qui riens b ne pour- roitr estre fet, — c’est li Peres et li Fius et li Sains Esperis, lesqueles trois très saintes et très précieuses choses*1 sont uns seus Dieus en Trinité0 — nous donneraient de métré nostre cuer et nostre entendement8 en estude et en pensee de trouver un livre par lequel cil qui désirent vivre en pesh soient enseignié briement comment il se défendront de ceus qui a tort et par1 mauvese cause les assaudront de pletJ,
Titre) Il manque dans EGJKL; C coustumes de Biauvoisis et des usages sclonc che que on usoit... en l'an de grâce N. S. ; M li livre qui pa¬ role des usages et des coust... l’an de grâce N. S.; BM qui couroit. — Rubrique) E Chi commcnche li prologues des coustumes de la chastelerie de Clermont en Biauv. ; le prologue manque dans J Kl.. — a) G II 1 aide celui ( H celi) ; M av. d avoir l’aide de chelui. — b) C nulle bonne cuvre. — c) G puest; li pot ; M toutes bonnes œuvres peuent estre parfaites et sans qui nulle bonne ne pueent estre f. — d) GH très saintes choses et très précieuses ; M choses saintes et très prec. — e) M et Trin. et une meisme cose. — f) Tous les mss. ont donnent au lieu de donne. — g) M nostre entendem. et nostre cueur. — h) // ou pais. — i) B a mauv. — j) D omet de plct.
1
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2
COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
et comment il connoistront le droit du tort, usé et acoustumé en la conteé® de Clermont en Beauvoisins. Et pour ce que nous sommes de celui b pais et que nous nous sommes en¬ tremis de garder et de fere garder les drois et les coustumes de ladite conteé par la volonté duc très haut homme et très nobled Robert1, fil du roie de France2, contef de Clermont*, devons nous avoir plus grant volenté de trouver selonc les coustumes dudit païs que11 * * d’autre1 *; et si regardons .ni. resons principaus qui a ce nous doivent mouvoir.
2. La première reson, c’est assavoir que Dieus commanda que l’en amast son proisme comme soik meisme, et cil dudit1 païs sont nostre proisme par reson de voisinage et de nacion, etm teus i a de lignage. Si nous semble grans pourfis se nous, par nostre travail, a l’aide de Dieun, leur pouons parfere cest livre par lequel il puissent estre0 enseignié de pourchacier leur1* droit et de lessier leurq tort.
3. La seconde reson r si est pour ce que nous puissons fere, a l’aide de Dieu8, aucune chose qui plese a nostre seigneur le conte et a ceus de son conseil, car1, se Dieu plest, par
a ) B G conté. — b) B ichelui ; C iccli. — c) C G M de. — d) M noble mon seigneur Rob. — e) AM fil de roi de France; CD fieus jadis dou saint roy Loys, roi de France. — f) C et conte. — g) M Clermont on Biau- voisis en devons. — h) G dudit pais pour en user que. — i) C de . i. autre. — j) A donnent; C doiv. esmouvoir. — k) M rcs., est la remembrance que Diex quémanda que on ama son prochain conme li meisme. — 1) GHM du pais. — m) M et de tieus. — n) M Dex nostre perc. — o) B il feussent enseignié. — p) H le droit. — q) H le tort. — r) H omet reson ; M omet si. — s) M omet a l’aide de Dieu. — t) GH que se Dex.
1. Robert, sixième fils de Louis IX, né en 1256, fut apanagé par son père du comté de Clermont en mars 1269, et mourut à Paris le 7 février 1318. 11 est l’auteur de la branche capétienne de Bourbon. Cf. Lépinois. Recherches historiques et critiques sur L'ancien comté et les comtes de Clermont en Bcauvaisis , Beauvais, 1877.
2. Fils du roi , plus ordinairement fils de roi ou fils de roi de France ,
ont été fort usités au moyen âge avec le sens de prince du sang. La leçon
de CD , qui provient sans doute de ce que les copistes de ces mss. ne con¬
naissaient pas cette signification, constitue un anachronisme. Beauinanoir,
écrivant quatorze ans avant la canonisation de Louis IX, ne pouvait le qualifier
de saint: c’eût été contraire à toutes les habitudes du temps. Cf. le § 294
où la même expression est répétée.
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LI PROLOGUES.
3
cest livre pourra il estre enseignié comment il devera garder® et fere garder1* les coustumes de sa terre de la conteé de Clermont, si que si homme et li menus pueples puissent0 vivre en pes dessous lui, et que par cest enseignement li tricheeurd et li bareteeur soient tuit conneu en leurbaratet0 en leur tricherie et bouté arriérés par le droit et par la justice' le conte.
4. La tierce reson si est pour ce que nous devons mieus avoir en mémoire ce que nous avons veu user et jugier de nostre enfance en nostre pais que d’autre R païs dont nous n’avons pas aprises les coustumes ne les usages11.
5. Et ne pourquant nous n’esperons pas en nous le sens1 par lequel nous puissons fournirj cest livre et ceste emprise. Mes l’en a souvent veu k avenir que maint homme ont com- mencié1 bonnes euvres qui n’avoient pas le sens en aus de parfournirm, mes Dieus qui connoissoit leur cuers et leur entendemens n, leur envoioit sa grâce, si qu’il parfesoient legierement0 ce qui leur sembloit grief au commencierp. Et en la Sainte Escripture dist ilq : « Commence et je par¬ ferai. »
6. Et en la fiance qu’il parface et que nous puissons aquerre son gré par la peine et par le travail que nous i métrons r, avons nous commencié en tel maniéré* que nous entendons a confermer1 grant partie de cest livre par les jugemens qui ont esté fet en nosu tans en ladite conteé de Clermont; et l’autre partie par clers usages' et par cleres coustumes usees et acoustumees de lonc tans* pesiblement;
a) C garder il devera. — b) C et garder fera ; G omet et fere garder. — c) A li H puisse. — d) G li traitour et li bareteur — c) A B ou en leur tri¬ cherie. — f) C et par la coustume le c. — g) G que en autre pais. — h) C in¬ tervertit usages et coustumes. — i) C le sens en nous; G omet en nous. — j) C parfournir ; J/finer. — k) C on a veu souvent ; G souvent on a veu. — I) C encommenchies. — m) // de furnir; M de parfiner. — n) J/congnout lescuer et lors entendemens. — o) G omet legierement. — p) M trop grief au commencement. — q) M dist Dieus. — r) M entendons a y métré ; // melons. — s) M omet en tel maniéré; commcncié che que. — t) // flner grant partie. — u) CGM nostre. — v) A B de clers usages; M usagiers. — x) B Si clou tans.
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4
COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
et l’autre partie, des cas douteus en ladite conteé, par le jugement des® chasteleries voisines; et l’autre partie par le droit qui est communs a tous ou roiaume b de France1. Et s'aucuns a faimc de savoir qui cil fu qui commença cest livre, nous ne nousd voulons nommer devant la fin du livre, se Dieus® donne1 que nous le metons a fin. Car aucune fois est li bons vins* refusés quant ôn nomme le terroir11 la* ou il crutJ, pour ce que l’on ne croit pas que teusk terroirs puist tel vin porter1, et aussi® nous doutons nous, se l’en savoit si tost nostre non, que, pour le petit sens qui est en nous, nostre euvren n’en° fust meins prisiee.
7. Mesp pour ce que nous veons user selonc les coustumes des terres et lessier les anciennes loisq pour les coustumes r, il m’est avis, et as* autres aussi, que teus1 coustumes qui maintenant sont usées11 sont bonnes et pourfitables a escrire et a enregistrer' si qu’eles soient maintenues sans changier des ore en avant, que*, par les mémoires qui sont escoulour- jansy et par les vies as gens qui sont courtes, ce qui n’est
a) // de chastcl. ~ b) E par tout le roi. ; G H M tous es coustumes de Fr.
— c) Ça grand desirrier; M a volonté. — d) C H nous ne le voul. ; G nous ne vous voul. — e) C Nostre Sires Dieus. — f) M se Dex nous veut preste grasse. — g) A B II sont li bons vins; C avient que li bons vins est; M il avient souvent que on mesprisc le boin vin. — h) G refusé pour le terroir ; M on set le terroir. — i) GII omettent la. — j) EF il crurent ; H il ont crut ; M la ou il croit. — k) B omet teus. — 1) A porter tel vin ; M puest aporter si boin vin. — m) C ainsint nous. — ri) G H nous que nostre euvre.
— o) C M ne fust. — p) M Et pour. — q) C les aucun ne fois. — r) M cous¬ tumes tenir. — s) A a autres. — t) C elles coustumes ; B les coustumes. — u) G ausces. — v) A et a escrire; C a faire metre en escript et en livre; M pour escrire et pour enregistrer ; B et enregistrer ; H registrer. — x) M car. — y) C remuans et escoulans.
1. La Thaumassière, estimant que Beaumanoir admet le droit romain comme quatrième autorité, donne roiaume; Beugnot. croyant au contraire qu'il veut s appuyer sur les « règles générales du droit coutumier ». préfère coutumes. 11 nous semble que Beaumanoir vise simplement ici ceux des establissemcnts le lioi qui étaient obligatoires dans tout le royaume et qu’il cite en plusieurs passages, entre autres $51. Comme les familles a et jl ont ici chacune sa leçon propre, sans pénétration de l une dans l'autre, c’est 1 intelligence de la pensée de hauteur des Coutumes qui seule peut guider pour le rétablissement de son texte authentique.
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LI PROLOGUES.
5
escrit est tosta oublié. Et bien i pert a ce que les coustumesb sont si diverses que l’enc ne pourroit pas trouver ou roiaume de France deus chasteleries qui de tous cas usas¬ sent d’une meisme coustumed. Mes pour ce ne doit on pas lessier a aprendre et a retenir® les coustumes du païsr ou l’en est estans et demourans, car plus legierement en aprent on et retient on les autres*, et meismement de pluseurscas eles s’entresievent1* en pluseurs chasteleries.
8. Et tout aussi* comme cil qui a unej besogne a ferek, laquele il ne puet1 fere sans l’aide du roi de France, et n’a pas'11 tant0 deservi vers le roi qu’il ne doutast a faillir0 s’il le requeroit sans aide, quiert volentiers l’aide1* et la begnivo- lenceqde ceusde son conseil r pour li aidier a prier envers le roi, tout aussi* nous est il mestiers et plus sans comparoison que nous appelons en nostre* aide ceus et celes qui sont en la compaignie le Roiu de paradis pour nous aidier a prier le Seigneur du ciel et de la terre. Si en apelons la benoite Yirge Marie, qui mieus et plus hardiement veut prier son Fil v que nus autres, et apres tous sains et toutes saintes
a) C molt tost. — b) G H pert coque les personnes sont; M a cheus qui les personnes sont. — c) M sont de vers ensement si que on. — d) M omet deux chasteleries ; France qui usast do cas semblables par une meisme coiistumc.
— c) fi et retenir. — f) G du pais la ou on ; M coustumes ne aprendre de son pais; il omet ou l’en est... aprent. — g) G aprent on les autres et re¬ tient on : CH et retient les. — h) C s’entresemblent; G et les s’entresievent; M car on en retient les autres mieus et plus legierement et meesmement on use de cas semblables en plusieurs chasteleries par une meisme cous- tume. — i) M Autant est comme. — j) M aucune besogne. — k) A besogne fere. — 1) G porroit. — m) M omet fere sans... n’a pas. — n) G omet tant; devers le roi. — o) B envers le roi qu’il ne se doutast a défaillir; M re¬ doutas! aflaillir. — p) C D il quiert vol. aide ; G omet il quiert vol. l’aide.
— q) C la bonne veuillance ; M la volenté. — r) H l’aiae de son conseil et la benivolenlé d’eus pour. — s) G donc ainsy ; H tout ainsi. — t) G M a nostre. — u) M le benoit roy. — v) C son chier fils; M termine ainsi le prologue: le benoite vierge Marie qui miex et plus hastieument veellc de prier (sic) pour nous son chier fil, et que elle, qui est estoillc de mer, pouresclairier nous veille en chcste œuvre, et que elle nous doint grasse de puichicr a le fontaine de science de droiture. Et pour che que elle est mere de miséricorde et nus ne porroit estre miscricors sans scienche. Car qui est misericors lau (ms. lan)misericordc atliert, il est saigeet pour cheu peut on en¬ tendre que elle est mere sapience ( sic ) et de grâce de tous biens et fontaine de sagesse S y li prions qu’elle nous prest grâce de trouver et de avoir sapience de parfaire cheu que nous avons empris. Et il nous y vellc esclairier envers
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6
COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
tous ensemble et chascun par soi8, en laquele priere nous avonsb fiance que Dieus nousc aït en ceste euvre et en toutes nos autres euvres. Si commencerons des ore mes nostre livred en la maniéré qui ensuit.
Ci faut li prologues de ce livre.
Ci commence la division de cest livre .
9. Pour ce que ce seroit anieuse0 chose a ceus qui vour- ront regarder en cest livre1 en aucun lieu qui leur soit con¬ venables a ce qu’il avront a faire pour aus ou pour leur amis, de cherchier cest livre de chief en chief, nous, en ceste partie, deviserons briement et nommerons tous les cha¬ pitres g qui en cest livre seront11 contenu1 et tout en ordre si comme J il cherront, et les seingnerons par lek nombre en ceste division et de ce meisme seing nous seingnerons chascun chapitre la ounl il cherra n, si que parce pourra l'en trouver legierement0 la matière11 seurq laquele l’en vourra estudier.
Jhesucrist qu’il nous prest pooir de parfaire chcste enprise. Et apres nous en requérons tous sains et toutes saintes einsable ( sic ) et cascum par soy qu’il voillent pour nous deprier le Seigneur duchiel qu'il nous croisse nostre engicn et prest grâce de parfaire che que nous avons empris. En laquelle proiere nous avons fianche grant que Dieus nous aist en cheste œuvre et en toutes autres bonnes œuvres. Si conmencherons de sor(.s<c) mes nostre livre en la mengniere qui s'ensuit. Explicit prologus. — Chi conmenche la devision de chest livre.
— a) C a par soi. — b) C aions. — c) C omet nous. — d) G nostre livre des ore mais. — Expi.) A omet livre; B G n'ont j >as d'ex pliait ; //explicit.
— Rubr.) C omet de cest livre; B n’a pas de rubrir/ue ; dans K la table est à la fin du volume et sans préambule ; elle contient l’indication du folio du ms. — e) M tropanieuse. — f) A regarder cest livre. — g) M chapitres par ordre qui. — h) C // sont. — i) H continu; G nonmé et con¬ tenu. — j ) M omet et tout en ordre si comme. — k) Ii omet le. — 1) ABC de meisme ce seing. — in) C omet ou et H la; G chapitre si comme il. — ri) E F omettent et de ce ... il cherra. — o) G transpose legierement après estudier. — p) M la partie. — q) G en laquele; C dessus laquele.
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DIVISION DE CEST LIVRE.
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10. Sachent tait qu’en cest livre sont contenu .lxx. cha¬ pitre qui parolent des matières qui ensievent :
.i.a cap[itulum]. Parole de l’office as baillis b, quel il doi¬ vent estre et comment il se doivent maintenir en leur office®.
.11. cap. Parole des semonses et des semoneeurs, et de ceus qui n’obeïssent pasd aus semonses6, et comment l’en doit semonre.
.m. cap. Parole des essoines et des contremans que l’en puet fere par coustumef.
.nu. cap. Parole des procureeurs et des establis pour autrui, et qui puetg fere procureeur, et lesqueles h procu- racions valent1 et lesqueles non, et comment li procureeur doivent ouvrer en leur officeJ.
.v. cap. Parole des avocas, comment il doivent estre receu et comment il se doivent maintenir en leur office, et liquel pueent estre débouté.
.vi. cap. Parole des demandes, comment l’en doit for¬ mer sa demande par devant justice, et des requestes et des denonciacions ; et en quel cas ivrece ou ignorance k puet escuser ; et de serement de vérité.
.vu. cap. Parole des defenses que li defenderes puet1 métré avant contre111 les demandes qui li ” sont fetes, que li clerc apelent excepcions; et des replicacions et des niances.
.viii. cap. Parole de ceus qui vienent trop tard a leur demande fere, et de quel tans teneure pesible soufist en de¬ mande de mueble, et de quel0 tans en eritage.
.ix. cap. Parole des cas ou jours dep veue apartient, et comment l’en doitq barroier en court laie et veue doit estre
a) G met toujours li devant le numéro du chapitre. — b) M au baillif. — c) B offices. — d) B omet pas. — e) M sem. qui leur sont faites. — f ) M des lessoinc comment on puet essuinier et contremander et par coustume. — g) C pueent. — h) A omet qucles. — i) M pour aucun qui puent faire pro¬ curations esquelles valent; omet et lesq. non. — j) B offices. — k) M q. cas vvresthes et yvranche. — 1) M defendeur pueuent — m) C avant en¬ contre. — n) M leur sont. — o) M mueble et de cateus quel; B et eu quel. — p) C omet jours de. — q) // pot barr.
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COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
moustree®, et que les tesmoingb aient jour d’avisement® s’il le requièrent.
.x. cap.d Parole des cas desqueus li cuens de Clermont n’est pas tenus a rendre la court a ses hommes, ainçois l’en demeure la connoissance par reson de souveraineté.
.xi. cap. Parole des cas desqueus la connoissance apar- tient a sainte Eglise et desqueus a la court laie, et en quel cas l’une doit aidier l’autre®, et de la disference qui est entre lieu saint et lieu religieus, et de quel cas sainte Eglise ne doit pas garantir, et de la prise des clercs.
.xii. cap. Parole des testamens, liquel valent et liquel non, et que l’en puet lessier en testament, et comment l'en puet debatre testament ou apeticier ; et que l’en les face tenir pour le pourfit des âmes ; et comment li exécuteur doivent ouvrer des execucions, et laf forme de fere testament R.
.xiu. cap. Parole des douaires, comment il doivent estre délivré as famés, et comment eles lesh doivent tenir1, et comment eles doivent partir après la mort de leur sei¬ gneurs J.
.xmi. cap. Parole k des descendemens et des escheoites1 de costé et de parties d’eritage ; et de raporter1" ; et des n dons qui ne font pas a soufrir ; et de fere hommage.
.xv. cap. Parole des baus 0 et des gardes des enfans sousaagiés, et de la disference qui est entre bail et garde p ; et a quel tansq enfant sont aagié par la coustume de Beau- voisins®.
.xvi. cap. Parole des enfans sousaagiés, comment* et en quel cas il pueent perdre ou1 gaaignier; et comment il
a) M faite et moustree. — b) À R que tesmoing; G quels tesmoins a jour ; H quel tesmoin aient. — c) CM avis. — d) M intervertit les sommaires des chapitres x et xi. — e) A GU a l’autre. — f) C et de le fourme. — g) H M forme du ( M des) test.; G omet de fere test. — h) CH omettent les. — i) GHM a tenir. — j) M de leurs oirs. — k) A omet parole. — 1) A R KF de desccndernent et d’escheoite (fl cscheance). — m) A rapporter. — n) A RE F de dons. — o) C dou bail. — p) C entre le bail et le garde. — q) M dedens quel temps. — r) M omet de Boauv. — s) B souaag. et comin — t) RC //perdre et gaaig.
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DIVISION DE CEST LIVRE.
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pueent rapeler leur decevance*; et comment leur aages se puetb prouver; et comment partie se puet fere contre® aus.
.xvii. cap. Parole des tuteurs qui sont baillié as enfans sousaagiés pour garder d et pour aministrer leur be- soignes.
.xviii. cap. Parole liquel oir sont loiaus pour tenir eri¬ tages®, et liquel en pueent estre débouté par bastardie, et comment bastardie puet estre prouvée ; et liquel mariage sont bon et liquel non.
.xix. cap. Parole des degrés de lignages, par quoi chas- cuns puistf savoir combien si parent li sont prochien ou loingtien g, car ce puet avoir mestier pour les h guerres ou pour rescousses* d’eritage.
.xx. cap. Parole de ceus qui tienent eritages ou autres choses pour J cause de bonne foi, comment il doivent estre gardé dedomage, et comment cil qui a tort et par mauvese cause tienent l’autrui chose k doivent estre pugni, et com¬ ment certaines parties ne se pueent fere en aucuns cas.
.xxi. cap. Parole de compaignie et comment compaignie sefet1 par coustume, et comment Ten puet perdre etm gaai- gnier en compaignie", et comment compaignie faut0; et comment l’en puet oster enfans hors de bail p.
.xxii. cap. Parole d’autres maniérés de compaignies que l’en apele compaignies d’eritageq, lesqueles se pueent partir et lesqueles non, et comment l’en doit ouvrer en teusr com¬ paignies.
.xxiii. cap.9. Parole queus choses sont1 mueble et queus choses sont eritage selonc la coustume de Beauvoisins.
a) C leur tenanche. — b) C H doit pr. ; M doivent pr. — c) G entre eus ; C encontre; M partie le fait comme aus. — d) C* gardes; H omet cl. — c) M erit. et liquel non. — f) H pot; M peut. — g) M près ou loing. — h) B omet les. — i) G pour les resc. d’er. ; M omet d’eritage. — j) G // par cause. — k) M omet chose. — 1) C se puet faire. — m) A B ou gaai- gnicr. — n) C par compaignie; M omet et comment compaignie... en com¬ paignie. — o) C omet et comment compaignie faut. — p) M enf. de bail. — q) A eritages. — r) G HJ KM en toutes comp. — s) B intervertit les sommaires des chapitres xxm çt xxim. — t) G H omettent sont-
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COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
.xxiiii. cap. Parole quel chose est coustume et quel chose est usage, et de la disference qui est entre coustume et usage, et liquel usage valent et liquel non ; et de lessier la terre® pour le cens b ; et des edefiees.
.xxv. cap. Parole des chemins, de quelc largece il doi¬ vent estre et comment il doivent estre maintenu sans em- pirier et sans estrecier, et a qui la justice en apartient ; et du conduit as pèlerins et as marcheans ; et de ce qui est trouvé esd chemins, et des crois0 et des autres aaisemens communs f.
.xxvi. cap. Parole des mesures et des pois, et comment l’en doit peser et mesurer*, et comment cil doivent estre pugni qui mauvesement mesurent11.
.xxvii. cap. Parole des esplois qui pueent venir as sei¬ gneurs des eritages qui d’aus muevent, si comme de rachas ou1 de ventes, et de pris d’eritageJ.
.xxvm. cap. Parole comment on doit servir son seigneur k de ronci de service par reson 1 de fief, et en quel damage il sont 1,1 s’il ne" servent si comme il doivent.
.xxix. cap. Parole des services qui sont fes par louier ou par mandement ou par volenté, et des contes as serjans0 et des autres services que l’en fet par11 reson de fief; et de re¬ demander arriérés ce que l’en a trop paiéq.
.xxx. cap. Parole des mesfes et quel venjance doit estre prise de chascun mesfet, et queus amendes sont a volenté ; et des bonnagesr ; et des banis et des faus tesmoins ; et com¬ bien8 gage doivent estre gardé; et des aliances et de quel cas* l’en se passe par son serement, et de quoi l’en est tenus
a) G les terres. — b) G H les cens. — c) A B et do quele. — d) C de-
dens les chem. — c) M et destrois. — f) G aisomens qui sont es chemins.
— g) M user et mesurer. — h) M mesurent mauvesement. — i) C omet ou.
— j) C vent, ou de pris d'erit. ; M eril. comment on les doit prisier. — k)
C son seign. serv. — 1) C par le res. — m) M sont de faillir se il. — n)
A B E V nen serv. — o) C aus seigneurs. — p) AB pour. — q) A B HJ K
l’en paie trop. — r) H bornages. — s) G cornent gage. — t) G et de queles ^choses ; H et do quel coze .
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a rendre a autrui son damage*; et de mener sa prise par autruib seignourie, et de ceus qui sont apeléou emprisonné*1 pourd cas de crime, et de ceus qui en mènent la famé ou la fille d'autrui ; des lais dis et des mellees*.
.xxxi. cap. Parole des larrecins apers et de ceus qui sont en doute, et comment larrecins se prueve.
.xxxii. cap. Parole de nouvele dessaisine et de force, et de nouvel tourble, et comment l’en en doit ouvrer ; et de l’obéis- sance que Postes doit a son seigneur.
.xxxiii. cap. Parole quef ce qui est fet par force ou par tricherie ou par trop* grant paour ne fet pas a tenir.
.xxxiiu. cap. Parole des convenances, et lesqueles font a tenir et lesqueles non; et des marchiés et des fermes11; et des choses qui sont obligies sans convenance; et comment paie se prueve sans tesmoing; et quel chose est force; et* des fraudes K
.xxxv. cap. Parole de soi obligier par letres, et comment on les doit fere tenir, et comment l’en puet dire encontre11, et la forme de fere letres.
.xxxvi. cap. Parole des choses qui sont baillies a garder, et1 comment on les doit garder et® rendre a ceus qui les baillierent”.
.xxxvii. cap. Parole des choses qui sont prestees, et com¬ ment cil qui les empruntent0 en pueent user.
.xxxviii. cap. Parole des choses baillies par louier, et des fermes et des engagemens.
.xxxix. cap. Parole des prueves et de fausser tesmoins ; et des espurgemens et du péril qui est enp menacier et de
a) A B a rendre autrui dam. , G H a autrui { G autre] rendre son dam. ; M a autrui a rendre son dam. — h) C omet son damage et ... prise par autrui.
— c) M ou en personnel. — d) G par cas. — e) G H de lais dis et de mctl. : M de mell. cou ment on en doit reogier. — f) B C de ce qui. — g) A omet trop. — h) H des frer.-.ïers. — i) G omet force et. — j) M p r. s. tesmoins et des fraude» e» que le cote force. — k) G dire contre ; M d. contre les lettres; C omet et connu. 1 en p. d. enc. — 1) A B omettent et.
— m) G omet garder et. — a) M baillèrent a garder. — o) M les ont em¬ pruntées. — pj ^ i menacier.
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COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
dire contre tesmoins, et queus cas pueent cheoir en prueve.
.XL. cap. Parole des enquesteurs et des auditeurs; et des aprises® ; et de examiner tesmoins ; et de la disference qui est entre aprise et enqueste, et de debatreb tesmoins.
.xli. cap. Parole des arbitres0 et du pouoir qu’il ontd, et liquel valent et liquel non; et comment arbitrages faut®, et de quel cas l’en se puet métré en arbitrage'.
. xlii . cap. Parole des peines qui sont pramises, en quel cas eles fontapaier et en quel cas8 non, et de la disference qui est entre peine de cors et peine d’argent*1.
.xliii. cap. Parole des plegeries, et1 comment et enJ quel maniéré k l’en doit délivrer ses pleges, et des damages que l’en doit rendre en court laie, et qui puet* plegier ; et queus journées chascuns doit avoir.
. xliiii » cap. Parole des rescousses des eritagesm et des eschanges ; et que li barat ne soient soufert.
,xlv. cap. Parole des aveus et des desavcus", et des servi¬ tudes, et des franchises; et du péril qui est en desavouer0, et comment Ten doit suirp ceus qui se desaveuent.
.xlvi. cap. Parole de la garde des églises, et comment l’en doit pugnir ceus qui leur mesfont ; et des deus espeesq, l’une temporel et l'autre esperituel ; et quel damage egliser puet avoir de8 desavouer son* droit seigneur.
xlvii. cap. Parole comment li fief pueent alongier et ra- prochier leur seigneurs selonc la coustume de Beauvoisins et que li tenant se gardent" de partir contre coustumeT.
a) G H prises. — b) A B de batre tesmoins. — c) A arbitrages. — d) B et de preuve que il sont. — e) C com. si faut arbitres. — f) H arbitre ; M et quel cas on i peut métré arbitro. — g) G H J KM omettent cas. — h) G et en peine d’argent ; M entre paine de cors et d argent. — i) C omet et. — j) B comment ne en. — k) M cornent et en quel cas et en qucle inan. — 1) M et quelles personnes pueent pleg. — m) A B de rescousse d eritage. — n) A omet et des desaveus; C et desavoues; G H J KM des aveuemenset des desaveue- mens. — o) G est a des desavouer. — p) C servir. — q) C cspics. — r) A B l' église; C les églises pueent. — s) M en desavouer. — t) C leur dr. seign. — u) A li tenant si garde. — v) CM contre le coust.
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.XLviu. cap. Parole comment li homme de poosté pueent tenir fief* en foi et en hommage, et comment il leb doivent deservir.
.xlix. cap. Parole des establissemens et du tans ou quel coustume ne doit pas estre gardee pour cause de nécessités qui avienent c.
.l. cap. Parole des gensd des bonnes viles et de leur drois, et comment il doivent estre gardé et justicié® si qu’il puis¬ sent vivre en pes.
.li. cap. Parole pour queus causes il loit as seigneurs a saisir et a tenir f en leur mains * et comment il en doivent ouvrer au pourfit de leur sougiès et en gardant leur droit11.
.lu. cap. Parole des choses desfendues et des prises qui sont fetes pour mesfès ou pour damages1, et comment l’en doit prendre et ouvrer de la prise; et des eritagesj vendus par force et des ventes h.
.liii. cap. Parole des recreances, et1 en quel cas l’en doit fere recreance et en quel non, et comment recreance doit estre requise et comment ele doit estre fete esin cas es queus ele chiet n.
.liv. cap. Parole comment l’en doit fere paier les créan¬ ciers et garder de damage; et la maniéré de prendre es0 me- sons ; et pour quel cas et comment l’en doitp métré garde seur autrui et queus les gardes doivent estre q.
.lv. cap. Parole des reclameurs, lesqueles sont fetes a droit et lesqueles a tort, et comment li seigneur en doivent ouvrer.
. lvi . cap. Parole de ceus qui ne doivent pas tenir eritage, et que l’en doit fere des fous et des forsenésr ; et de la garde
a) M omet fief. — b) A B omettent le ; M les. — c) C qui i viennent. — - d) M des bonnes gens. — e) G gardes en justice. — f) GHM omettent a devant saisir; atenir. — g) C par. cornent lesscign. doivent sais, et ten. en 1. m. asses de plurieus choses et comm. ; K sais, fief et aultres terres et attenir en 1. m. et comm. — h) H M drois. — i) H pour dam. et pour mesfes ; G pour mesfachon pour dommage. — j) //d’erit. — k) C par forene de ventes. — X) A B H omettent et. — m) C dedens les cas. — n) B elles chieent; G enquiet ; Hfele la u ele esquiet. — 6) C dedens les mes. — p) G cas il convient métré. — q) H K omettent et queus les g. d. estre. — r) A soz et forsenez.
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COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
des osteleries et des maladeries, et 0 a qui la garde et la jus¬ tice en apartient.
. lvii . cap. Parole des mautalens qui muevent entre homme et famé qui sont assemblé par mariage, comment11 li seigneur en doivent ouvrer, et pour queus causes® il loit a départir d l’un de l’autre.
.lviii . cap. Parole de haute justice et de basse, et des cas qui apartienent a l’une justice0 et a l’autre; et de ceus qui vont armé par autrui justice ; et que pesf ne soit souferte de vilain cas; et que li souverain pueent prendre8 les forte- reces de leur sougiès.
.lix. cap. Parole des guerres, comment guerre se fet par coustume et comment ele faut, et comment l’en se puet aidier de droit de guerre.
.lx. cap. Parole des trives et des asseuremens1*, et liquel en pueent estre 1 mis hors, etJ du péril de l’enfraindre k.
. lxi. cap. Parole des apeaus, et1 comment l’en doit for¬ mer sonm apel, et de quel cas l’en puet apeler, et de pour- suir son apeln; et des banis; et en0 queus armes l’en se combat p.
.lxii . cap. Parole des apeaus qui sont fes pourq defaute de droit et comment on doitr sommer9 son seigneur avant que l’en1 ait bon apel contre li de defaute11 de droit.
.lxiii. cap. Parole queus defenses pueent valoir a ceus qui sont apelé pour anientir les gages, et des cas des queus gage ne font pas a recevoir.
. lxiiii . cap. Parole des presentacions qui doivent estre fetes en plet de gages en armes et en paroles, et des sere-
a) C omet et. — b) C H et coin. — c) G II J K M quel (ou quelle) cause. — d) C convient a aus départir ; G a les desparlir. — e) C a l’une partie ; M omet just. — f) G just. en quel pais ; M et quel cas. — g) M emprunter. — h) A BC de tr. et d’ass. — i) B omet estre. — j) B omet et. — k) M p. de l’en- frainture et du damage. — 1) B omet et. — m) C omet son. — n) M form. s. apel et furnir et de son apel poursivir. — o) H et de. — p) M s. apel et en ques armes on se combat et des banis. — q) /// de defaute. — r) A B il convient. — s) C araisoncr; M comm. on somme. — t) G omet l’en. — u) H /contre le defaute; ^/contre le droit ; C par defaute.
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mens, et des choses qui ensievent dusques a la fin de la bataille 8.
.lxv. cap. Parole des delais b que coustume donne et des respisc que li homme pueent prendre avant qu’il puissent ne ne doiventd estre contraint® de fere jugement.
.lxvi . cap. Parole de refuser les juges et en quel cas uns seus tesmoins est creus, et quef li seigneur8 facent vigue- reusement tenir et métré a execucion ce qui est jugié eth passé sans apel.
.Lxvii . cap. Parole des jugemens et de la maniéré de fere jugemens *, et comment on doit jugier, et liquel pueentJ jugier, et comment li sires k doit envoier pour savoir le droit que si1 homme font™, et comment l’en puet fausser jugement “ et comment li serjant doivent estre renvoié pour conter®.
.Lxvm. cap. Parole des usures et des termoiemens, et comment l’en se puet defendre par cause d’usure contre les useriersp.
.lxix. cap. Parole des cas d’aventure qui avienent par mescheance, es queusq cas pitiés et miséricorde doivent mieus avoir lieu que rade r justice B.
.lxx. cap. Parole des dons outrageus qui par reson ne doivent pas estre tenu, et de ceus qui font a tenir, que l’en ne puet ne ne doit debatre*.
a) A de bataille ; M ajoute et do tout le court du camp. — b) C de- laicmens. — c) M delais. — d) G H J K omettent ne no doivent. — c) M avant qu il soient contr. — f) // omet que. — g) M li juges. — h) M omet jugié et. — i) Après jugemens M ajoute et qui peut fere jugement. — j) C si pueent. — k) G le seigneur. — 1) G li homme. — m) C que on fit a ses hommes et c. — n) M com. le souverains peut envoier en la court et des hommes pour savoir quel jugement il font et quel droit et commont on peut fonder (sic) jug. — o) G raconter; M pour rendre conte a leur seigneurs. — p) M desfendre et vivre encontre les useries ( sic ). — q) B et quieus. — r) C omet rade ; G qui rendre justice. — s) M pit. et mis. appartiennent mieus que radeur de justiche droite. — t) B par raison debatre ; G H M ajoutent \M explicit] Ci fine (/f finent) la division (// les divisions) de toz les cap. de cest [G présent] livre [M Dieu grasse].
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COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
I.
Ci commence li premiers chapitres qui parole de V office as baillis.
11. Tout soit il ainsi qu’il® n’ait pas en nous toutes les grâces qui doivent estre en homme qui s’entremet de baillie, pour ce ne lerons nous pas a traitier premiers en cest cha¬ pitre de l’estât et de l’office as baillis, et dirons briement une partie des vertus qu’il doivent avoir, et comment il se doivent maintenir, si que cil qui s’entremetront de l’office b i puissent prendre c aucune essample.
12- Il nous est avis que cil qui veut estre loiaus baillis et droituriers doit avoir en soid .x. vertus, es queles e l’une est etf doit estre dame et mestresse de toutes les autres, ne sans lui ne pueent estre les autres vertus g gouvernées. Et cele vertus est appelée sapience, qui vaut autant comme estre sagesh. Donques disons nous que cil qui s’entremet de baillie garder et de justice fere doit estre sages, ne* au¬ trement il ne saroit pas fere ce qui apartient a office J de baillif k.
13. La seconde vertus si est, que li baillis doit avoir1, qu’il doit très durement1” amer Dieu nostre pere et nostre sauveur", et, pour l'amour de Dieu °, sainte Eglise; et non
a) K comme il. — h) A de tel office ; G de l’office de bailliage. — ç) K puis¬ sent aprendre. — d) H en li. — e) C vertus en le quelle. — f) C si est qui d. ; H est qui d. — g) B C pueent les autres vert, estre gouv. — h) A B sap. car autant vaut estre sapiens comme [B estre] sages ; C sap. car autretant vaut a estre sapiens comme sages estre. — i) CG ou autrement. — j) /ICA a l’office. — k) B baillie ; C dou b. — 1) G omet que ... avoir. — m) J très durem. de tout son cœur am. — n) ABGJ K omettent nostre pere et nostre sauveur. — 6) C amour de J. -G. ; J K amour de luy.
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CIIAP. I. — DE L’OFFICE AS BAILLIS.
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pas de l’amour que li aucun 8 des sersb ontc a leur seigneurs, qui ne les aiment fors que pour ce qu’il les criement et doutent, mes d’amour entière, si comme li fius doit amer le pere, car de li amer et servir vienent tuit li bien; ne cil n’a sapience en soi qui par deseur toutes choses n’otroie son cuer a l’amour de Dieu, et moût trouverions de matere de parler des resons d pour quoi on le doit amer®, et des biens qui en vienent. Mes il nous convenroit issir une grant piece de la matere que nous avons emprise r, et meismement sainte Eglise le nous moustre et enseigne tous les jours.
14. La tierce vertus que li baillis8 doit avoir, si est qu’il doit estre dous et debonaires, sans félonie et sans cruauté11; et non pas debonaires entre* les félons, n’envers les crueusj, n’envers ceux qui font les mesfès, car a teus maniérés de gens doit il inoustrerk semblant de1 cruauté etm de félonie et de force de justice, pour leur malice estre mendre. Car tout aussi" comme li mires qui le malade0, pour pitié de sa maladie11, lesseq a ateindre la plaie r des laquele il le doit garir, le met* en péril de mort, tout aussi li baillis, qui est debonaires vers les mesfesans" de sa baillie, met ceus qui vuelent' vivre en pes en péril de mort; ne nus plus grans biens, uns pour un, ne puet estre a baillif que d’essarter les mauves hors des bons par radeur de justice. Donques ee que nous avons dit qu’il doit estre debonaires, nous l’en¬ tendons vers ceus qui bien vuelent et vers le commun pueplc, êtes cas qui avienent plus par mescheance que par malice.
a) A liauquant. — b) J K que aucuns serviteurs. — c) II sers de l’amour ont. — d) B mostrer raison ; G II J K omettent des resons. — e) G H J K doit ■mer Dieu. — f) A commcncic ; C entreprise. — g) H que baillis. — h) B sans orgueilz sans félonie ; G II J K sans vilenie et sans rancune. — i) C en¬ vers les félons. — j) A B et vers les crucus ne vers ceus ; G ne vers les cruels.
— k) G IIJ K doit on monstrer. — 1) G omet semblant de. — m) G omet et.
— n) C tout autresi ; G trestout ainsi. — o) A B E F omettent le malade.
— p) B EF de la mal. ; H de mal. — q) G H J K laisse bien a at. ; C H mires qui por pitié de maladie de cheli qui est entre ses mains lesse. — r) A B C at. bien la plaie. — s) H J K plaie por laq. ; E pl. au navré de leq.
— t) C et le met ; J met a mort en per. de m. ; M li m. q. porte le pit. du malade, laisse le plaie a ataindre de quoy il doit garir, met le malade en p. de m. — u) E F maufaiteurs ; M malfcsteurs. — v) E F vaurroient.
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COUTUMES DE CLERMONT EN BEAUVAISIS.
Et pour ce que nous avons dit que sapience est la souveraine vertus de celes qui doivent estre en baillif, l’en ne doit pas tenir le baillif pour sage qui vers tous est fel et crueus. Et souvent avient que les simples gent, qui ont bonnes quereles et loiaus, lessent perdre leur quereles pour ce qu’il ne les osent maintenir par devant teus baillis pour® leur félonie, pourb doute de plus perdre.
15. La quarte vertus qui doit estre en baillif0, si est qu’il soit soufrans et escoutans, sans soid couroucier ne mouvoir de riens, car li baillis qui est trop hastis de respondre, ou qui se tourmente et courouce de ce qu’il oit, n’a poûoir de bien retenir ce qui est proposé devant lui en jugement. Et puis qu’il ne le® puet bien retenir, il ne lef puet bien re¬ corder g ; et sans bien retenir et sans bien recorder nus 11e se doit cntremetre de baillie 11 garder. Donques li baillis doit estre soufrans et escoutans, en tele maniéré qu’il lest a ccus qui sont devant lui en jugement dire toute leur volonté et ce qu’il leur plera, partie1 contre autre, sans corrompre leur paroles; et s’il le fet ainsi, il les pourra mieus et plus sagement jugier, ou fere jugier se c’est court1 ou l’en juge par hommes. Et aussi comme nous deismes ci dessus que la debonairetés du baillif ne se doit pas estendre k vers les mauves, aussi disons nous que sa soufrance ne se doit pas1 estendre m vers aus, maisescouter les doit dilijanment, que", par bien escouter les0, font il souvent connoistre la niau- vestié qui est en leur cuers, si que li baillis en set mieus ouvrer après que devant. Et aussi n’entendons nous pas que li baillis doic estre trop soufrans en chose qui porte despit 11e damage p a son seigneur 11c a soi. Donques se tors
a) C par leur félonie. — h) G félonie et pour doute. — c) II J K omettent qui doit estre en baill. ; C place celte incidente après si est. — d) G II li cour. — c) GH omettent le. — f) G II J K omettent le. — g) A B et bien rccorder ; G et recorder; C et quant ne la pas bien retenu ... recorder en l estât ne en la maniéré que le fet fu devant dit et conté. — h) G bailliage.
— i) C l'une part, contre autre. — j) G II J K en court. — k) G entendre.
— 1) A omet pas. — rn) G entendre. — n) C car. -- o) B CJK leur. — p) G H SK damage ne despit.
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ou despis est fes a son seigneur ou a lia, il le doit vengier hastivement et sagement1*, en justicant selonc ce que li fes le requiert, si que, par la venjance qu’il en c prendra, li autre id aient essample® de fere ce qu’il doivent vers leur1 sei¬ gneurs et vers leur® baillis, car li baillis, tant comme ilh est en office de baillie, représente la persone son* sei¬ gneur ; et pour ce, qui mesfet au baillif, il mesfet au sei¬ gneur. Et de tant commeJ li baillis est en greigneur estât de l'autorité son* seigneur, de tant se doit il plus garder qu’il ne mesface, et métré peine qu’il ait en lui les vertus qui en cest chapitre1 sont dites.
16. La quinte vertus que cil qui s’entremet de baillie garder doit avoir en soiin, si est" qu’il soit hardis et vigue- reus, sans nule perece. Car baillis qui est pereceus less.e moût besoignes a fere et passer0 qui fussent bonnes a retenir, et si fet fere moût de besoignes par autrui main qui deus- sentp estre fetes par li, et si alonge et met en delai moût de choses par sa perece, lesqucus il deust haster; et de ce puet nestre au baillif qui est pereceus vilenie et disfame et damageq, et pour ce leur louons nous qu’il se gardent du vice de perece. Et ce que nous disons qu’il soit hardis, c’est une vertus sans laquele li baillis ne puet fere ce qui apartient a son office, carr, s’il estoit8 couars, il n’oseroit couroucier le riche homme qui avroit a fere contre le povre, ou il n’oseroit celui qui avroit mort deservie fere justicier, pour paour de son lignage, et si n’oseroit prendre les mes- feteurs ne les mellis, pour paour qu’il ne se rescousissent ; et toutes ces choses qu’il leroit a fere1 par couardise apar-
a) C omet ou a li ; G ou au baillif. — b) G omet et sagement. — c) H J K omettent en. — d) A B omettent i. — e) G puissent penre en essample; G y prengnent exemples. — f) G envers leur ; G v. les seign. — g) H J K les bailli fs. — h) G HJ K tant qu’il. — i) B clou seigneur; C H J K de son seigneur
— j) HJ K tant que. — k) J K l autorité de son seigneur. — 1) G en chcslui premier chapitre ; G H J K qui sont en ce (H cest) chap. dites [G et devisees
— ni) HJ K omettent que cil ... en soi. — n) A G omettent si est. — o) G laisse moût a faire des besongnes son seigneur et passer. — p) G poussent — q) G diflamement et grant damage. — r) G H J K omettent car. — s) G se il est couars. — t) A omet a fere.
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tienent a fere a lui. Donques doit il estre hardis sans couar¬ dise et sans riens® douter, ou autrement il ne fet pas ce qui a lui apartient et a son estât. Et toutes voies quant il fera aucunes choses la ou il apartendra hardement, qu’il le face sagement. Car.n. maniérés de hardemens sont: l’uns sages, ctb l’autres fous c. Li sages hardis si est cil qui sagement et apenseementd moustre son hardement6; li fous hardis si est cil qui ne se prent f garde a quel fin il puet venir de ce qu’il entreprent, et cil qui fet son hardement en point et en tans qu’il n’en est mestiers, si comme se j’aloie tous seus etp dés¬ armés assaillir plusieurs persones la ou mes hardemens neh pourroit riens1 valoir, et ce apele l’en fol hardement.
17. La sizisme vertus qui doit estre en baillif, si est lar- gece 1 ; et de ceste vertu descendent .n. autres qui grant mestier liJ pueent avoir a maintenir son estât et a soih avan- cier et fere amer de Dieu et du siecle : c’est courtoisie et neteés1. Nem largecc ne vaut riens" sans ces .u., ne ces .n. sans largece. Et grans mestiers est que largece soit0 de- menee sagement et atempreement, car .n. maniérés de lar¬ gece sont, dont l’une est gouvernée par la vertu de sapience et l’apelc l’en sage largece ; l’autre maniéré de largece si est si mellee avec sotie que l’une ne se puet départir1* de l’autre. Donques pouons nous entendre que li sages larges si est cil qui seq prent garde r combien il a de patremoine et de bon conquest et de gages, et puis despent et met en bonnes gens ce qu’il puet soufrir sans apeticier et sans aquerre mauvesement ; car li cuers avaricieus aquiert ne li chaut comment, ne ne puet estre assasiés d’avoir8 et en teus
a) C nulle riens. — b) A B K omettent et. — c) G II faus; G dont li uns est sages et li autres faux. — d) B aviscement. — e) B sa hardiece. — f) A G ne prent. — g) C omet seus et. — h) C me porr. — i) C nulle chose val. — j) H omet li. — k) H J K lui avanc. — 1) C et estre neiz et nestoies ; B G J K netteté. — ni) G H J K et largesse. — n) B vaut nient. — o) C la jus¬ tice soit. — p) GH J K partir. — q) A B G J K omettent se. — r) H molt bien garde. — s) G II J K et ne peut ; C omet ne ne puet estre assassiés d'avoir.
1. Beaumanoir avait déjà développé ce thème dans le conte de Foie larguecel Poésies, 11, 255.
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maniérés® de cuersne se puet loiautés hebergier. Et souvent voit on qu’il amassent d’une part avoir et d’autre part ane- mis, si que, quant la roue